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Humeur

«Anna Karénine» comme vous ne l’avez jamais lu

Anna karenine chronique

«Si son universalité et sa capacité à être la vie plutôt qu’à la décrire ont fait de ce roman un classique, il reste une question en suspens: l’émancipation des carcans de classe et de genre rend-elle forcément fou ou folle?» - Benjamin Décosterd

© Sophie Marceau dans «Anna Karénine» (1997) de Bernard Rose / Getty Images

Anna Karénine – une bourge russe et séduisante – quitte son mari (bourge russe et chiant) pour Vronski, un bourge russe moustachu et séduisant. Brûlés par leur passion, Vronski et Anna ne se supportent plus. Elle se suicide en se jetant sous un train. A la fin du livre, et après avoir suivi un autre couple plus équilibré, on apprend que «le bien, c’est bien».

Voilà pour le synopsis qui, résumé de la sorte, ne fait pas rêver. Cela étant, les grands classiques de la littérature ont cela en commun avec les pornos qu’on s’y intéresse rarement pour l’histoire. Mais ne vous emballez pas non plus, Anna Karénine n’a rien d’un livre érotique: les chapitres se terminent avant le premier baiser et recommencent après qu’ils l’ont fait (baiser, donc).

Oui, dans le 1870 de Tolstoï, on rougit pour des mains qui s’effleurent ou des regards en coin, et savoir qui danse avec qui peut devenir l’attraction de la soirée. Changez le bal en boum, et vous voilà replongés en pleine préadolescence. Parce que le livre est une sorte de chanson d’amour grandeur nature de France Gall/Céline Dion/Fauve (suivant à quelle époque vous faisiez des boums): On s’y aime vite, un peu pour tout et beaucoup pour rien. On se fâche, avant de se réaimer et ainsi de suite.

Le personnage d’Anna en est la meilleure illustration, plongée dans une jalousie préventive et rétroactive. Un peu comme quand on était triste que Romaine D. danse sur Pour que tu m’aimes encore avec PAS NOUS à la boum du jeudi soir du camp de La Barboleusaz, même si on a complètement digéré. A la fin du livre, Anna Karénine est devenue complètement insecure.

Elle finit par ressembler moins à une ado paumée qu’à une personne borderline de type «mais pourquoi ne veut-il pas me tromper pour que je puisse me suicider et le faire culpabiliser de m’avoir trompée?».

Le bien, c'est bien

Au fond, c’est la plus grande qualité du roman. Cette capacité à nous renvoyer des réflexions ou des attitudes que – 150 ans plus tard – il nous arrive encore de percevoir. Chez nous ou chez les autres, même si nous ne sommes pas bourges, Russes ou séduisants.

Ce qui est un avantage, puisque nous pouvons aujourd’hui exprimer nos émotions plus librement. Certes, on rate de bons bouquins évacués chez le psy plutôt que sur papier, mais on s’évite des dépressions et quelques trains dans la gueule.

Si son universalité et sa capacité à être la vie plutôt qu’à la décrire ont fait de ce roman un classique, il reste une question en suspens: l’émancipation des carcans de classe et de genre rend-elle forcément fou ou folle?

Oui. Peut-être. Je ne sais pas. Ça demanderait un autre papier.

Et, question subsidiaire, pour les non-intellos comme moi: cela vaut-il la peine de se taper 858 pages?

Oui. Un peu pour dire qu’on l’a fait. Et beaucoup parce que l’essentiel c’est le voyage, pas la destination (je vous rappelle que la morale du livre c’est que le bien, c’est bien. Ce serait dommage que la morale de la chronique qui parle du livre soit moins un cliché).

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