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Récit

Si les héroïnes de l'histoire vivaient en 2021: le regard de Marie Curie

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«Derrière cette merveilleuse liberté que peuvent revendiquer les femmes aujourd’hui, les reproches sont toujours là vis-à-vis de celles qui ne suivent pas cet invisible chemin que la société tente de leur imposer.» - Paroles de Marie Curie en 2021, selon Charles-André Aymon

© Palm Illustrations

Eh bien, vous m’avez fait quitter le Panthéon, et mon cher Pierre, pour me jeter de nouveau dans le monde! Et non content de ce douteux cadeau, vous voulez encore que je vous dise ce que j’en pense? Vraiment, je ne sais pas si je dois vous remercier ou vous claquer la porte au nez. J’ai été tellement vilipendée par les gazettes que je crains d’en dire trop et que – une fois encore – mes propos soient déformés, que je sois jetée à terre une fois de plus parce que je ne suis pas la femme que la société attend.

On m’a tant reproché d’être une mère froide, de tout sacrifier à ma carrière scientifique, d’avoir – après la mort de Pierre – pris un amant marié, d’être une briseuse de couple, une étrangère dévergondée. J’ai beaucoup lu, vous savez, depuis que je suis de retour sur Terre, regardé votre télévision et parcouru le web.

Derrière cette merveilleuse liberté que peuvent revendiquer les femmes aujourd’hui, les reproches sont toujours là vis-à-vis de celles qui ne suivent pas cet invisible chemin que la société tente de leur imposer.

J’avoue bien volontiers n’avoir tout d’abord rien remarqué. Venue de Pologne étudier à Paris, puis boursière, je me lance à cœur perdu dans la science: mathématiques, physique, chimie… en cette fin du XIXe siècle, c’est l’ébullition. Quelques années plus tôt, Mendeleïev avait conçu le tableau périodique des éléments et Röntgen venait de découvrir les rayons X. Les champs de la chimie et de la physique semblaient infinis de découvertes à venir. Tenez! Si vous voulez, c’est un peu comparable à la physique quantique actuellement: un univers qui semble tellement prometteur que, pour le plus grand nombre, il en devient un peu magique et que ceux qui s’en occupent prennent des allures de prestidigitateurs. Je m’y mettrais bien volontiers d’ailleurs.

Léguer le savoir

La rencontre avec Pierre Curie a été un révélateur. Nous partagions la même passion pour la science, mais aussi les mêmes valeurs morales, estimant tous deux que notre société – où règne un désir âpre de luxe et de richesse – ne comprenait pas la science; qu’elle était à la base de tous les progrès qui allègent la vie humaine et en diminuent la souffrance. D’ailleurs, après la découverte du radium, qui nous valut le Prix Nobel de physique en 1903, nous avons refusé de déposer aucun brevet concernant son extraction ou sa purification, préférant léguer ce savoir à l’humanité. C’était fort rare à l’époque et, d’après ce que je vois, ça l’est encore à présent.

Autour de nous, c’était un engouement fou, toute la société – jusqu’aux Etats-Unis – s’est mise en mode radium. C’était de la folie pure, comme si cette substance était magique: cosmétique, encaustique, laine pour nourrissons, boissons, cafetières… tout était désormais enrichi au radium – prétendument, heureusement, la plupart du temps. C’est dans cette atmosphère surexcitée que meurt Pierre, en 1906, écrasé par une voiture à chevaux. Il ne verra pas nos prochains triomphes.

Promouvoir les femmes

A la tête du premier laboratoire universitaire dirigé par une femme, je deviens aussi la première professeure à la Sorbonne. C’est l’occasion de promouvoir des femmes scientifiques. Si ça a été difficile? Bien sûr! A l’époque, on ne pouvait officiellement pas accueillir de femme sur les bancs de mes propres cours! Du coup, lorsque je regarde la société moderne, je me dis que, tout de même, vous avez une telle liberté! Je me demande bien à quoi vous l’employez pour qu’il en sorte si peu de bien. Ô, je ne vous fais pas la morale, je serais bien mal placée pour ça, moi qui suis d’un temps qui a laissé se produire - que dis-je: qui a provoqué - la terrible boucherie de la Première Guerre mondiale!

En 1911, je reçois le Prix Nobel de chimie, alors que je suis au centre d’un affreux scandale. On me reproche une liaison avec Paul Langevin, un scientifique brillant, marié et père de famille. Vous n’avez pas idée à quel point la presse était puissante alors. Les attaques sont basses, ordurières, les propos plus que crus et insultants. Aucun détail scabreux n’est oublié. Je suis un démon femelle détruisant une famille exemplaire. Et subir un tel bad buzz, à l’époque, comportait le risque d’une mort sociale rapide.

A vous voir sur les réseaux aujourd’hui, je crois que rien n’a vraiment changé à part l’échelle, parfois. Quant à lui? Rien, on ne lui reprochait rien, à lui…

J’ai contre-attaqué en essayant d’être utile. Plus largement, je crois que chacun d’entre nous devrait choisir une voie et la suivre quoi qu’il en coûte. Facile à dire, il est vrai. Tout au long de ma vie, mes peurs et mes doutes ont été si forts. Je croyais ne pas avoir la volonté, ne pas pouvoir y arriver. Toutefois, et c’est là que je veux en venir, puisque vous allez me renvoyer au Panthéon à la fin de cet article: sachez vous entourer de gens – pour moi, ce furent mon mari, ma sœur, des amis proches – qui sauront vous pousser à prendre les grandes décisions.

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