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Interview

Cate Blanchett: «Mon idéal est d’expérimenter, pas de plaire»

Cate Blanchett: «Mon idéal est d’expérimenter, pas de plaire»

«Beaucoup d’hommes à Hollywood veulent être la star du film. Moi, je suis tout aussi heureuse dans un rôle secondaire.»

© GETTY IMAGES/JEFF SPICER

L’actrice australienne surdouée est, cette année encore, dans la course aux Oscars avec Tár, après avoir été nommée sept fois par le passé et avoir remporté la célèbre statuette à deux reprises.

FEMINA Qu’est-ce qui vous a attirée vers ce rôle plutôt sombre?
Cate Blanchett
Le réalisateur et auteur Todd Field, tout simplement! Je choisis toujours mes projets en fonction du metteur en scène et j’ai ainsi eu la chance de collaborer, au fil des ans, avec des créateurs qui ont une vision unique. Todd m’a offert le rôle d’une musicienne qui dirige l’un des plus grands orchestres symphoniques en Allemagne. Elle est au sommet de son art, mais sa vie va prendre un tournant inattendu en l’espace de quelques semaines.

Todd Field est tout aussi complexe que les rôles qu’il imagine. C’est formidable de collaborer avec un artiste qui injecte autant de complexité dans les personnages.

Il comprend à merveille toutes les nuances de l’humanité. S’il n’a rien réalisé depuis seize ans, cela n’est pas par hasard. Il ne quitte pas sa maison pour un plateau de cinéma s’il n’a rien d’original à dire et à filmer. Il ne faut pas chercher le bien ou le mal dans Tár, car la réponse n’est pas aussi simple que blanc et noir.

Qui est Lydia Tár, cette cheffe d’orchestre qui prépare un concerto de la célèbre «Symphonie numéro 5» de Mahler?
Elle est l’une des rares femmes dans le monde très masculin des chef-fe-s d’orchestres. C’est une personne extrêmement complexe. très critique envers elle-même, dans une quête de l’excellence qui la dévore. Quand on la rencontre au début du film, elle est dans un instant de transition. C’est toujours merveilleux de raconter une histoire lorsqu’un enchaînement d’événements peut tout changer…

Cate Blanchett: «Mon idéal est d’expérimenter, pas de plaire»
© DR

Est-ce qu’un tel rôle vous pousse vers une réflexion sur vous-même?
C’est difficile, car je ne pense pas que nous ayons des opinions sincères sur nous-mêmes. Nous sommes toujours les héros ou héroïnes de nos propres récits, non? Nous pensons toujours que nous sommes incompris, que nos actions sont nobles, que nous sommes de bonnes personnes. Mais la réalité peut être très différente, et c’est cette approche qui me fascine au cinéma.

Lydia peut apparaître pour certains comme une personne répugnante du fait de ses agissements…
Mon opinion et mon jugement sur elle sont tout à fait hors de propos. Ce qui est vraiment important à mes yeux, c’est de permettre au public de voir les nuances de sa personnalité.

La question dans ma préparation était: comment poussez-vous les personnes avec lesquelles vous travaillez, de manière créative, au-delà de leur zone de confort?

Comment peut-on être exigeant, mais le faire avec respect? Je pense que le film ne permet pas de juger facilement Lydia. Je tenais à montrer à quel point son monde peut être compliqué dans certaines situations. C’était important que je ne porte pas de jugement sur elle car, sinon, j’aurais influencé le public dans leur perception de Lydia. À chacun de se faire une opinion à la fin du film.

N’est-ce pas difficile d’incarner une femme que l’on peut détester?
Pas pour moi. Il y a un truc dans le showbiz qu’on appelle la vanité. Un artiste aime être désiré et aimé du public. Moi, j’ai toujours voulu aller dans la direction opposée. Mon idéal est d’expérimenter des choses nouvelles, pas de plaire. Et je ne cherche jamais à être au cœur du narratif.

Beaucoup d’hommes à Hollywood veulent être la star du film. Moi, je suis tout aussi heureuse dans un rôle secondaire.

Même si Tár se déroule autour de mon personnage, je vois ça comme une expérience collective qui n’aurait pas été possible sans les comédiennes extraordinaires qui m’entourent comme Nina Hoss et Noémie Merlant.

Espérez-vous décrocher un nouvel Oscar de la meilleure actrice pour votre performance?
Ça n’apporte rien à ma vie d’y penser, ni à mon travail! Je préfère m’occuper de mon jardin et de ma famille que de m’inquiéter de ce qu’on peut écrire ou dire sur ma petite personne.

Bad Buzz

Un personnage toxique, manipulateur et narcissique soi-disant fictif mais… problème: la (vraie) cheffe d’orchestre américaine Marin Alsop, dans une interview au Sunday Times début janvier, dit s’être reconnue dans Lydia Tár. «J’ai été offensée en tant que femme, j’ai été offensée en tant que cheffe, j’ai été offensée en tant que lesbienne [...] Il y a tellement d’éléments qui sont alignés sur ma propre vie», y affirmait-elle.

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