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Tous accro à la mode: les chiffres de notre consommation font rougir

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On jette, et on rachète: le tournus dans nos dressings s'est accéléré. La fast fashion s'est-elle emballée?

© Getty

Marie Kondo, à l’aide! On pensait (bêtement?) que la prêtresse du minimalisme et icône du rangement japonaise avait donné des envies de décroissance aux consommateurs effrénés de vêtements que nous sommes; qu’en même temps que nos armoires s’épuraient, on arrêterait de craquer sans arrêt devant ce petit haut à la mode ou cette paire de chaussures dernier cri. Que nenni!

Les chiffres donnent carrément le tournis, et ce à toutes les étapes de vie du vêtement, de sa fabrication à son recyclage – ou sa simple fin de vie dans une usine d’incinération.

Ainsi, en 10 ans, notre consommation de vêtements a augmenté de 50%, pour s’établir à quelque 62 millions de tonnes. Et selon les prédictions du dernier Pulse of the Fashion Industry, bible dans le domaine, ça ne va pas s’arranger. Ce chiffre devrait prendre encore l’ascenseur et se fixer à 102 millions de tonnes d’ici à 2030, si rien n’est fait pour calmer la machine. Des tonnes de vêtements, ça ne vous parle pas? Alors imaginez une pile de… 500 milliards de T-shirts fabriqués. Chaque année.

Les Suisses stagnent

«Globalement, cette consommation devrait continuer à augmenter, principalement en raison de la hausse de la population – et du pouvoir d’achat – dans des pays comme la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde, qui voient se développer toute une classe moyenne, avec de l’argent à disposition et des envies dans ce domaine, explique Katia Vladimirova, chercheuse à l’Université de Genève, spécialisée dans les politiques de développement durable. L’augmentation est aussi palpable sur le marché européen, mais à un rythme moins soutenu.»

Pour la Suisse, les chiffres sont également un chouia moins radicaux. Chez nous, la consommation de prêt-à-porter s’est bien tassée ces dernières années et une légère baisse est même projetée pour les cinq prochaines. Cette tendance est à relier au fait que les enseignes de fast fashion – qui organisent un tournus extrêmement rapide des vêtements – n’ouvrent plus de succursales à tour de bras dans notre pays, comme c’est encore le cas ailleurs, «et aussi au fait que le prix du prêt-à-porter devrait continuer à augmenter», selon l’experte.

Ce qui ne nous empêche pas d’acheter pour près de 16 kilos de fringues par an… que nous jetons de plus en plus rapidement. Car à l’autre bout de la lorgnette aussi, on s’est emballé. De la fast fashion dans toute sa splendeur, en somme.

Direction la benne

Heureusement, le Suisse est relativement bon élève lorsqu’il s’agit de s’occuper de ses déchets. Quand l’heure vient de faire un grand nettoyage dans le dressing, seuls 3% des pièces finissent directement à la poubelle. Le reste passe par une entreprise de collecte des textiles usagés. La plus grande de toutes est Texaid. Réputée pour ses bennes blanc et rouge, l’entreprise connaît peu la crise: en 40 ans d’existence, le volume de vêtements collectés a été multiplié par dix.


Une aubaine, à la nuance près que les vêtements issus de la fast fashion d’aujourd’hui ne sont plus de la même qualité qu’autrefois, comme le confirme Rahel Ziegler, porte-parole de Texaid: «30% des marchandises que nous recevons sont inutilisables, défectueuses ou sales et sont transformées en chiffons de nettoyage ou en matériau isolant (un procédé appelé downcycling dans le jargon, soit la transformation d’un produit en un nouveau de qualité moindre), et 5% sont des matériaux non textiles, ou des textiles très sales qui doivent être recyclés thermiquement.» Lisez envoyés à l’usine d’incinération.

Les prémices d’une accalmie?

Alors docteur, va-t-on droit dans le mur? Heureusement, les prémices d’un réveil des consciences, à la fois chez des fabricants et des consommateurs, se font sentir.

D’un côté, de grosses entreprises, comme Patagonia ou Stella MacCartney, ont commencé à prendre de vraies mesures pour réduire leur impact sur l’environnement, au-delà du simple greenwashing. Par ailleurs, à l’occasion de la dernière réunion du G7, à Biarritz (F), les représentants d’environ 150 marques issues de l’industrie de la mode ont dévoilé un fashion pact, avec des engagements chiffrés en faveur du climat, de la biodiversité et des océans.

Il faut dire que le secteur a de quoi faire, puisqu’il serait responsable à hauteur de 20% des rejets d’eaux usées dans le monde, de 10% des émissions de carbone et de 22,5% d’usage des pesticides. Parmi leurs objectifs: l’élimination complète du plastique à usage unique et le passage à 100% d’énergies renouvelables dans leurs chaînes d’approvisionnement d’ici à 2030.

A l’autre bout du circuit, les consommateurs agissent aussi. «Je pense réellement qu’une prise de conscience émerge, surtout chez les plus jeunes, note Katia Vladimirova. La popularité des vide-greniers, des trocs de vêtements sont un signe. Le phénomène Marie Kondo l’est aussi. Comme je le dis souvent dans mes présentations publiques, le succès de "La magie du rangement" n’est pas accidentel… et ne s’explique définitivement pas par la qualité de son écriture.»

Magasins de fripes sous l’eau

Aux USA, le succès de Marie Kondo aurait même causé… un trop-plein de bonne volonté. Selon le site d’information US Slate, lors de chaque diffusion d’un épisode de l’émission L’art du rangement, sur Netflix, les friperies de tout le pays constatent un pic de dons de vêtements. Or, vu leur qualité, pas mal d’entre eux doivent être éliminés… parfois à la charge des associations qui gèrent ces lieux de collecte.

La tendance est observable, mais dans une moindre mesure, dans notre pays: «L’augmentation du montant collecté ne peut pas être attribuée à un seul phénomène, comme Marie Kondo, mais nous supposons plutôt qu’il y a un certain nombre de facteurs, y compris une augmentation de la sensibilisation des consommateurs face au recyclage», ajoute Rahel Ziegler.

Une robe pour l’année

Mieux et davantage recycler fait partie des solutions pour rendre l’ensemble du secteur moins polluant. Pour les industries, cela passe par le développement de procédés de fabrication et l’utilisation de matériaux moins polluants. Côté client, il s’agit de consommer moins frénétiquement (voir nos pistes en pied d’infographie). Face à son dressing, on perdra déjà l’habitude de dire qu’on n’a «rien à se mettre». Sheena Matheiken, Indienne installée à New York, a prouvé qu’on pouvait vivre toute une année avec une seule robe noire. Son projet, «The uniform project», a donné naissance à toute une génération de minimalistes. Le cauchemar de Marie Kondo, en somme.

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