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Je vis enfin en accord avec moi-même, mais la route a été longue et semée d’embûches avant d’en arriver là. J’ai vécu une enfance que je ne souhaite à personne: j’ai été abandonnée par mes parents à l’âge de 3 ans et placée dans une famille d’accueil. Ces gens, qui étaient censés prendre soin de moi, m’ont tout de suite mise à l’écart et rejetée. Les week-ends, j’étais confinée à l’isolement dans ma chambre aux volets clos. La femme qui avait ma charge me frappait régulièrement avec une ceinture. Ou une tapette à tapis.

Face à ces mauvais traitements, j’étais démunie et je rêvais de retourner vivre chez l’un de mes parents. J’ai d’ailleurs fugué plusieurs fois pour les retrouver. Mais j’avais beau les supplier de me garder en leur expliquant les sévices que je subissais, ils n’avaient aucune pitié. Ils me répondaient: «Pars, tu n’es pas chez toi ici!»

Une vie semée d’embûches

Durant ces fugues, j’ai fait de mauvaises rencontres. Je faisais de l’auto-stop, et certaines personnes qui acceptaient de me faire monter profitaient de la situation pour abuser de moi. N’ayant jamais eu la moindre considération de la part de qui que ce soit, je pensais que c’était normal, que c’était, en quelque sorte, «le prix à payer». Tous ces rejets et ces maltraitances étaient lourds à porter, d’autant plus que je vivais avec un secret qui me pesait: si pour les autres je m’appelais Pascal et j’étais un garçon, à l’intérieur de moi j’avais une identité féminine.

Petite, je jouais à la poupée et à la dînette avec ma sœur, et en grandissant j’ai commencé à porter des sous-vêtements que je subtilisais à la fille de la famille d’accueil. Ce travestissement n’était pas un choix, il était tout simplement naturel pour moi. Mais je savais qu’il ne serait pas compris par mon entourage. Je vivais constamment avec la peur au ventre d’être découverte et qu’on me dise que j’étais folle. Avant les cours de gym, dans les vestiaires des garçons, je faisais en sorte d’être la dernière à me changer afin que personne ne voie mes dessous féminins. Mais un jour une enseignante m’a surprise dans cette tenue. Heureusement, elle a bien réagi et est restée discrète.

Avec les coups qu’on m’infligeait régulièrement à la maison, j’avais souvent le corps couvert de bleus. Lors d’une visite médicale scolaire, j’ai refusé de me déshabiller car j’avais honte de ces traces sur ma peau. Ils ont dû s’y mettre à quatre pour m’enlever mes vêtements. Quand ils m’ont interrogée sur mes ecchymoses, j’ai menti parce que j’avais peur. Mais l’école a averti les services sociaux qui sont venus voir ma famille d’accueil. Après discussion, il a été convenu que je reste dans cet environnement maltraitant. On m’a expliqué qu’il n’y avait pas d’autre place pour m’héberger. Et après un bref répit, les violences contre moi ont repris.

Une double trahison

A l’adolescence, j’ai eu des relations aussi bien avec des hommes qu’avec des femmes. Je me suis mariée à 23 ans et j’ai fondé une famille. Mais mon passé m’a rattrapée: j’ai fini par découvrir que mon épouse m’avait trompée avec mon père et que mon second enfant, une fille, était aussi ma demi-sœur! Cette trahison m’a abasourdie. J’ai évidemment divorcé.

A 32 ans, j’ai été victime d’un accident vasculaire cérébral. Cet événement m’a fait réaliser que la vie ne tient qu’à un fil. J’ai alors décidé d’assumer pleinement qui j’étais. Car jusque-là je me sentais obligée de tricher en permanence. Je souffrais d’être «déguisée» en homme. J’ai décidé d’exprimer mon identité sexuelle et d’être la femme que je suis. A cette époque j’avais un commerce, une casse de voitures. A la fin de la journée, je troquais ma salopette de travail contre une jupe et des talons aiguilles et je sortais dans les bars à Lausanne. Quelque temps après j’ai rencontré celle avec qui j’allais me remarier et avoir deux enfants. Durant une dizaine d’années, j’ai mené une vie de famille ordinaire, vivant au grand jour le fait d’être dans une peau de femme tout en assumant mon rôle de père. L’équipe de Jean-Luc Delarue m’a contactée pour participer à «Ça se discute» sur le thème de l’identité sexuelle. J’ai accepté de témoigner publiquement afin d’aider les personnes qui se trouvent dans la même situation que moi. Cette émission de télévision était aussi l’occasion de délivrer un message de tolérance. Car si en apparence les habitants de ma petite ville m’acceptaient en tant que Pascale, je sentais bien que beaucoup réprouvaient ma manière de vivre.

A visage découvert

Ce bel équilibre familial s’est écroulé quand j’ai découvert, après 14 ans de mariage, que ma seconde épouse m’avait à son tour trahie. Cela a été le début d’une spirale infernale. Ma mère a soudain resurgi pour remettre en cause mon rôle de père, et les services sociaux ont décidé que je ne pouvais plus voir mes enfants à cause de ma transsexualité. Cela m’a anéantie. J’ai changé radicalement de vie.

J’avais une fourgonnette, et en réaction à tous ces événements, j’ai décidé d’aller me prostituer dans le quartier des Pâquis, à Genève. C’était pour moi une façon de comprendre l’envers du décor de notre société, de voir la face cachée d’un monde qui m’avait broyée. En tant que transsexuelle non opérée, j’ai eu beaucoup de succès. La majorité de mes clients étaient des hommes mariés, souvent d’un bon niveau social. J’ai exercé cette activité à visage découvert durant une année et demie. J’ai évolué dans un milieu très dur, avec des caïds qui usent de la violence, mais aussi avec cette solidarité qui règne entre prostituées. Durant cette période comme belle de nuit, j’ai réussi à tenir le coup sans consommer ni alcool ni drogue, contrairement à nombre de mes collègues. Mais je recevais régulièrement des menaces de mort, ce quartier était mal fréquenté. Le jour où je me suis retrouvée avec un pistolet sur le front, j’ai décidé d’arrêter la prostitution. De revenir à une existence plus calme.

Aujourd’hui je tiens un garage et je me considère comme une femme heureuse grâce à celle qui partage ma vie depuis 8 ans. Nadia m’a choisie comme je suis, avec mon apparence féminine. Elle est toutefois ravie que j’aie gardé mes attributs sexuels masculins. En effet, je n’ai jamais ressenti l’envie de me faire opérer, car passer par la case bistouri me paraît trop lourd et trop risqué. Je ne voudrais pas prendre le risque de perdre la sensation de jouissance pendant les rapports physiques. Après toutes les épreuves que j’ai traversées, je souhaite seulement pouvoir vivre en paix. Et qu’enfin on m’accepte telle que je suis, sans me juger.

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