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Martial Vout: «J’enseigne l’autodéfense dans les bidonvilles»

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«Je dors la plupart du temps dans ma petite chambre dans un quartier pauvre, où je suis le seul Blanc, puis je vais donner des cours à de riches Indiens et expats le matin, avant de retourner au bidonville.»

© Corinne Sporrer

Je viens de rentrer d’Inde. J’y ai passé presque 3 mois à enseigner ma méthode d’autodéfense à des femmes défavorisées, qui vivent pour la plupart dans les bidonvilles de Mumbai. Depuis 2008, je vais très régulièrement dans ce pays que j’adore afin de donner des cours.

Ce sont très souvent des moments forts, car on est face à des parcours de vie difficiles. J’ai rencontré des centaines de filles, de mères battues. Des filles violées par leur père. Des pères que, parfois, je rencontrais après mon stage, afin de partager un repas avec la famille, car j’étais invité chez eux, par terre, dans la pièce que toute la famille partage au sein du bidonville. C’est très dur. Tu te retrouves face à quelqu’un qui a violenté ou violé ses deux aînées, elles en portent parfois encore les marques. Et cela se voit dans leurs yeux. Il y a comme quelque chose d’éteint. Ça me rend fou.

Cette violence m’indigne, et je veux pouvoir être utile, agir là-contre, tout simplement. Je ne me pose pas de questions sur mon activité professionnelle, je sais que c’est ce que je ferai jusqu’au bout.

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Grand écart un peu fou

Si je devais schématiser, trois profils de femmes viennent à mes cours en Inde. Il y a celles qui sont un peu naïves, positives, elles viennent en rigolant. Il ne leur est rien arrivé, tant mieux, on peut même plaisanter un peu. Il y a aussi celles qui prennent ces cours très au sérieux, car elles savent ce qu’elles risquent. Et il y a celles qui ont déjà vécu des traumatismes.

Car oui, il y a dans la société indienne beaucoup d’agressions sexuelles. Mais ce n’est pas propre à ce pays, attention. L’Inde, je l’aime, je la défends. Il y a évidemment une immense majorité de mecs bien, ce ne sont pas tous des violeurs en puissance! On a beaucoup stigmatisé ce pays depuis le Delhi case [ndlr: le viol collectif dans un autobus de Jyoti Singh, une jeune étudiante en kinésithérapie, morte 13 jours plus tard de ses blessures] mais c’est partout pareil, en Afrique, au Pakistan comme en Europe.

Mais là-bas, certaines tensions s’expliquent par le fait que les jeunes n’ont aucun accès à la sexualité, ils sont comme des cocottes minutes. Cela peut rendre fou, même si ça n’excuse rien.

Le seul Blanc

La plupart du temps, je donne mes cours dans des baraquements d’ONG, au sein même des bidonvilles. Parfois, des entreprises me demandent de venir dans leurs locaux afin de former leurs employées féminines. Toujours de manière bénévole. Si je touche quelque chose, je reverse tout à mon association (l’AMVAF, martialvout.com). Evidemment, quand je reste longtemps en Inde – j’ai fait des séjours de 11 mois - je dois aussi travailler pour gagner ma vie, alors je fais coach sportif pour des gens plus aisés, genre acteurs de Bollywood et vedettes en devenir.

J’ai parfois l’impression de faire un grand écart un peu fou entre ces deux mondes: je dors la plupart du temps dans ma petite chambre dans un quartier pauvre, où je suis le seul Blanc, puis je vais donner des cours à de riches Indiens et expats le matin, avant de retourner au bidonville.

Il y a le plus souvent entre 20 et 80 participantes à mes cours, que je construis en paliers. Dans un premier temps, je leur apprends à s’affirmer. A crier si nécessaire. On ne pourra pas être fort lors d’une agression si on est soumis au quotidien. C’est peut-être cela le problème numéro un: la société indienne est très patriarcale. Les femmes,¬chez les plus pauvres en tout cas, n’ont pas voix au chapitre. On ne leur demande pas leur avis, et elles ne peuvent pas prendre d’initiative. Je leur demande de renouer avec leur côté sauvage. Il faut se battre pour le bonheur, je le répète souvent.

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Se battre comme des lions

D’abord, je leur rappelle que le premier geste, si c’est possible, est de fuir. Ensuite de parler et, éventuellement, de se battre. J’ai nommé ma méthode défense instinctive. Je n’ai rien inventé, me contentant d’observer ce que les mammifères, dont nous faisons également partie, font dans la nature. Le lion et la lionne se battent de la même manière, il n’y a pas de différences entre les sexes. L’homme est le seul animal à avoir appris des méthodes de défense, alors que mère Nature veut avant tout qu’on survive. Disons que l’on a un instinct de combat, mais on l’a oublié. On domine le monde, mais on a perdu cette rage qui nous permet de faire face en cas d’agression.

Pendant ces cours, je vois une prise de conscience chez certaines femmes. Les membres des ONG qui restent sur place me disent qu’elles sont plus fortes, qu’ils observent un genre de regain, notamment chez les femmes Dalit, que l’on appelait les Intouchables. Ça m’affecte beaucoup.

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La douche froide

Avant de donner ces cours, là-bas comme ici à Lausanne et Vevey, j’ai longtemps travaillé dans la sécurité. D’abord comme videur dans les bals de campagne et les boîtes de nuit. Un métier dangereux et ingrat. Un soir, je me suis fait casser la gueule par un type. Moi qui faisais du kick-boxing, genre le roi du ring, ce fut une douche froide. Et ma meilleure leçon.

Plus tard, j’ai bossé dans la protection rapprochée de VIP, d’hommes d’affaires. J’ai monté ma petite boîte de garde du corps, ça marchait bien. Et en parallèle, j’ai écrit un premier livre, en 2002 (Plus jamais victimes, Ed. Michel Lafon), qui a été préfacé par la chroniqueuse et féministe Isabelle Alonso, avec la participation d’Isabelle Mergaut. Un deuxième livre, en anglais et destiné aux Indiennes, préfacé par Kiran Bedi (très célèbre en Inde, elle a notamment dirigé la prison de Delhi et est aujourd’hui la gouverneure de Pondichéry, ndlr.) I can defend myself (Zen Publications), est sorti en 2014 et va bientôt être édité en hindi. C’est un projet qui me tient à cœur pour toucher les classes les plus défavorisées.

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