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«Le vélo m’a appris à vivre avec presque rien»

«Le vélo m’a appris à vivre avec presque rien»

«Quand le vélo devient notre maison durant plusieurs semaines, on se recentre sur l’essentiel.»

© Corinne Sporrer

Je suis arrivée en Suisse un peu comme un cheveu sur la soupe. Née dans la province de Touraine, en France, j’ai choisi une carrière qui me permettait de beaucoup voyager. Et les périples n’ont pas manqué! Après mes études d’hôtellerie, je me suis envolée pour l’Angleterre, puis jusqu’aux Caraïbes où m’attendait un poste de manager en restauration au sein d’un grand palace. La vie m’a ensuite portée jusqu’à Bora-Bora, en Polynésie française, où j’ai occupé une place similaire. J’adore découvrir de nouveaux endroits et cette vie-là me plaisait énormément… jusqu’au moment où l’ouverture du restaurant dont je devais reprendre les rênes a été subitement annulée. Ma carrière stagnait et, frustrée, j’ai choisi de rompre mon contrat. À ce moment-là, j’ai senti qu’il était temps de boucler de nouveau mes valises.

Persuadée que l’air frais et la montagne me feraient un bien fou, une amie m’a vivement encouragée à venir en Suisse. C’est ainsi que j’ai atterri à Verbier, en 2013.

J’ai commencé à faire du vélo avec mon copain de l’époque, qui m’a d’abord emmenée sur les hauteurs de Bruson. Nous roulions beaucoup et j’ai rapidement pris goût à cette activité. Lorsque le wanderlust est réapparu, j’ai décidé de parcourir, seule, une partie de la Nouvelle-Zélande à vélo. Je ne me doutais pas encore que cette activité allait devenir une véritable passion. Arrivée à Christchurch, j’ai déniché un vélo de voyage sur un site de vente en ligne local. Il ne me restait plus qu’à y accrocher mes sacoches, à enfourcher mon nouveau trésor et à m’élancer dans la nature. J’ai ainsi traversé toute la région des lacs, ses pentes et ses collines, durant un mois d’aventure extraordinaire.

Naissance d’une passion

Après un crochet par l’Australie et la Tasmanie, j’ai repris l’avion pour retrouver la Suisse. Cette fois-ci, j’étais décidée à quitter l’univers de l’hôtellerie pour de bon. J’ai décroché un emploi dans une grande enseigne d’équipements sportifs, à Verbier, ce qui m’a plongée dans un univers complètement nouveau. Toutefois, je n’arrêtais pas de parler de vélo! Au bout d’un certain temps, ma patronne – qui est devenue une amie – a déclaré qu’il fallait que j’en fasse mon métier.

Motivée, j’ai tenté ma chance en appelant plusieurs magasins de vélos valaisans, mais à chaque fois on me riait au nez parce que j’étais une femme. Le milieu est très masculin, mais il serait chouette qu’on nous fasse un peu plus confiance! Face à cette difficulté, je me suis lancée dans une formation de deux mois, afin de combler mes lacunes et d’apprendre les secrets de la mécanique. J’ai réussi mon examen haut la main, avec d’excellents résultats. Une fois ces connaissances acquises, je suis parvenue à obtenir un emploi dans un magasin à Vevey, puis dans un établissement plus grand, à Lausanne. Grâce à d’excellents mentors, qui m’ont rapidement transmis leur passion, j’ai appris à communiquer avec les clients et à consolider mon savoir-faire. Souvent, les gens entrent dans un magasin en étant convaincus de déjà tout connaître du vélo. Réussir à s’infiltrer dans la conversation de façon diplomatique, en leur prouvant qu’il leur reste beaucoup de choses à découvrir, c’est vraiment un art!

Liberté chérie

Comme il fallait s’y attendre, j’ai souhaité reprendre la route. Installée sur ma selle, j’ai pédalé de Perpignan jusqu’au sud de l’Espagne, en longeant la côte. La nuit, je séjournais chez d’autres amateurs de vélo de voyage, contactés via des applications telles que Warm Showers, par exemple. Il existe une grande solidarité parmi les adeptes de ce sport.

Quand on croise un autre voyageur à vélo, on s’arrête toujours pour discuter. Ces courts instants sont précieux, car on sait qu’il s’agira sans doute du seul contact humain avant plusieurs heures.

Alors que j’arrivais au bout de mon itinéraire, une de ces personnes m’a expliqué qu’elle avait parcouru huit fois le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, tant cet itinéraire lui plaisait. Le lendemain matin, je prenais un bus jusqu’à la célèbre cathédrale, avant de sillonner le chemin à vélo, en sens inverse, durant deux semaines. À ce jour, il s’agit de mon plus beau voyage.

Un vent de minimalisme

Voyager seule ne me dérange pas. Je pense que mes parents m’ont transmis le goût de l’aventure. J’ai été élevée par un papa qui exigeait de moi une grande autonomie. Je ne dirais pas que je n’ai besoin de personne, car aucun être humain ne peut vivre totalement isolé, mais c’est vrai que je suis très à l’aise en ma propre compagnie. Sans doute ce tempérament me prédestinait-il au vélo de voyage. D’ailleurs, je me repère presque uniquement grâce à des cartes, plutôt que de suivre le GPS de mon téléphone. De cette manière, je ne suis pas dépendante d’une batterie.

J’ai régulièrement besoin de casser ma routine. Pendant mes voyages, ne pas pouvoir me doucher pendant plusieurs jours ne pose aucun souci. J’aime me détacher de tout le côté matériel, de toutes ces choses dont nous nous encombrons. On comprend alors qu’on n’a pas besoin de grand-chose pour vivre. On s’entoure d’objets qui ne nous servent à rien! Quand le vélo représente notre maison durant plusieurs semaines, on comprend que les événements qui nous stressent au quotidien ne sont pas importants. C’est une pensée très libératrice.

Aujourd’hui, je travaille dans un magasin à Gland. Mon copain actuel pratique le vélo de piste depuis onze ans et nous prévoyons d’organiser ensemble un voyage en tandem. Il s’agit d’un exercice psychologique très intéressant pour moi! Je dois encore m’habituer au fait d’être assise derrière, alors que je roule toujours seule. Mais c’est une nouvelle aventure et je m’en réjouis beaucoup.

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