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«Je traverse l'Afrique à vélo»

Je traverse afrique a velo

J’imaginais que j’allais évoluer dans des pays dangereux, mais ce voyage m’a prouvé le contraire. J’ai découvert des gens prêts à me venir en aide dans n’importe quelle situation. D’ailleurs, ce voyage m’a permis de dédramatiser des aspects de la vie qu’on prend certainement trop à cœur en Occident.

© DR

J’ai toujours eu envie de partir à l’inconnu. Quand je parlais de mes rêves avec mes amis, souvent autour d’une fondue, je leur disais de ne pas s’inquiéter. Grosso modo, j’imaginais que six mois de voyage me mettraient à sec et que je rentrerais. Après sept ans d’études, de travail à 100%, et mon brevet de spécialiste en finance en poche, je me suis dit que c’était le bon moment de quitter mon petit confort pour explorer le monde. Si on m’avait affirmé que, 14 mois plus tard, je serais toujours en train de voyager… j’aurais bien rigolé!

J’ai quitté la Suisse le 1er novembre 2018 et improvisé un périple en solo, à vélo, dans les montagnes de Thaïlande et du Laos. Deux mois après, j’atterrissais au Cap. Entre océan et montagnes, cette ville multiculturelle s’est révélée être une destination idéale pour perfectionner mon anglais. Je suis arrivée dans le quartier coloré de Bo Kaap avec un petit sac à dos de 7 kg. Mon hôte, Jubeira, surprise devant mon micro-bagage, m’a dit; «Normalement, les étudiants qui logent chez moi arrivent avec une grande valise, tu es sûre que tu as tout?» Dans la foulée, je me suis inscrite à une course de vélo en n’ayant encore ni chaussures ni vélo.

C’est là que j’ai fait deux rencontres importantes. Alors que j’arrêtais des automobilistes afin de trouver quelqu’un pour me conduire au départ de la course, John m’a offert un siège. Quatre mois plus tard, cet inconnu devenait mon coéquipier pour ma première étape en Afrique du Sud. Quant à Max, habitant du township de Gugulethu, il m’a vendu mes chaussures de vélo et est devenu mon meilleur ami pour sillonner les chemins aux alentours du Cap, mais aussi pour promouvoir le vélo chez les jeunes sans occupation. Ce voyage constitue selon moi la suite logique de l’aventure. Je n’avais plus grand-chose sur mon compte en banque, mais j’ai trouvé un vélo à 80 dollars.

Une chose était claire dans ma tête – moins dans celle de mes amis et de mes parents –, j’allais rentrer en Suisse sans prendre l’avion. J’ai alors acheté une tente, un sac de couchage, un matelas et je me suis mise en route, le 28 avril 2019, sans trop savoir à quoi m’attendre. Mon vélo était tellement instable et lourd que mes amis m’aidaient à chaque feu rouge pour éviter que je tombe sous le poids.

Entre inquiétudes et rêve

J’imaginais que j’allais évoluer dans des pays dangereux, mais ce voyage m’a prouvé le contraire. J’ai découvert des gens prêts à me venir en aide dans n’importe quelle situation.

D’ailleurs, ce voyage m’a permis de dédramatiser des aspects de la vie qu’on prend certainement trop à cœur en Occident. Traverser l’Afrique à vélo? Un rêve qui est devenu une réalité.

D’autant plus que, physiquement, j’étais bien entraînée puisque j’ai utilisé le vélo comme moyen de transport quotidiennement ces dernières années. Toutefois, souffrant de naissance d’un important handicap aux pieds, j’ai continuellement été limitée dans les sports que je désirais pratiquer. Il a d’ailleurs toujours été difficile pour moi de l’accepter. Toutefois, il y a quatre ans, j’ai acheté un vélo de course pour participer au camp de triathlon du Red-Fish, le club de natation de Neuchâtel. Une passion était née et je n’ai pas attendu longtemps avant de m’envoler pour Cuba afin d’expérimenter un premier voyage solo à deux-roues.

Côté itinéraire, je décide de mes trajets au jour le jour grâce aux conseils apportés par des cyclistes ou des locaux. Une seule date est inscrite dans mon agenda, celle du mariage de mon frère, le 8 août. J’ai déjà parcouru 12 101 km et découvert 10 pays. Actuellement, je suis en Ethiopie et projette de pédaler près de la frontière érythréenne pour me rendre au Soudan. Mon but est de rejoindre le Liban en passant par l’Egypte, Israël, la Jordanie et la Syrie. A Tripoli, au Liban, on m’a offert une place sur un bateau pour Mersin en Turquie. J’éviterai ainsi la partie syrienne et turque en guerre.

Le goût du jonglage

Un jour, un homme qui m’hébergeait m’a dit: «Ton aventure te donne certainement satisfaction mais dis-moi, as-tu réfléchi à ce que tu apportais aux gens?» Comme j’ai reçu jadis, à La Vegas, le premier prix en catégorie féminine de la Fédération mondiale de jonglerie, j’ai pensé à communiquer mon goût pour cet art aux autres. Depuis, je jongle dans les villages, les écoles et les orphelinats.

Pourtant timide dans ma jeunesse, j’ai déjà partagé ma passion du jonglage et des récits de voyage avec plus de 5000 enfants en Afrique.

Après des mois d’exploration, une plage déserte au bord du lac Malawi et une forêt ougandaise habitée par des gorilles ont été deux des coins que j’ai préférés pour y planter ma tente. Je mange principalement de l’ugali (un plat à base de farine de maïs ou de manioc) et, en faisant attention, je ne dépense pas plus de 1 fr. 50 par jour. Je dois admettre que cette aventure est loin d’être reposante, je parcours en moyenne 100 km par jour. En Afrique, on n’est jamais seul et, de nuit, j’ai déjà brandi mon taser en hurlant pour faire fuir des lions de ma route!

Comme logis, je demande l’hospitalité aux locaux, qui m’accueillent souvent à bras ouverts. Il m’est arrivé de dormir sur un matelas avec toutes les filles d’une famille ou de me faire réveiller par les chèvres qui se soulageaient sur mon sac de couchage. J’ai également admiré le ciel étoilé avec une tribu nomade, découvrant un peu de leurs coutumes. Au Kenya, après avoir vérifié mes papiers, la police s’est exclamée: «Oui, je connais ce type d’explorateur. Elle est comme Alexandre le Grand.»

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