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«La course à pied, mon médicament»

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«Je pense sincèrement que ma carrière de sportive me permet d’être mieux à l’écoute de mon corps, mais aussi, peut-être, de mieux me relever après des échecs.»

© Raphael Weber @Riffraff

Je suis née à Davos, dans les Grisons. J’y ai grandi, j’y ai fait toute ma scolarité et j’y vis encore. J’ai toujours aimé la nature environnante. Je me souviens de nos dimanches de randonnée en montagne, avec mes parents et ma grande sœur, même quand il faisait mauvais. Je crois que j’ai toujours aimé être dehors pour me ressourcer. Le ski de fond m’est tombé dessus plus tard, à l’école. Vous savez, dans ma région, les mercredis après-midi d’hiver, tous les enfants font soit du ski alpin, soit du ski nordique. C’est comme ça que j’ai commencé. Assez tôt, on a remarqué que j’étais assez douée et que j’aimais me challenger.

Petit à petit, j’ai gravi les échelons. D’abord au niveau régional, puis dans des compétitions nationales, finalement au championnat du monde junior, en 1991. Pour dire que le sport de haut niveau, j’en fais depuis longtemps… je suis arrivée ainsi à être sélectionnée pour les Jeux olympiques de Lillehammer, en 1994. Ce fut une expérience unique, même si je pense que j’étais encore trop jeune pour profiter à fond et pour montrer réellement ce que je valais.

Mais voilà, en 1998, j’ai eu une blessure à un pied, j’étais un peu vidée, mon plaisir de pratiquer le ski de fond s’était émoussé, alors j’ai arrêté, mais impossible pour moi d’arrêter le sport. Comme skieuse de fond, j’ai toujours aimé courir, me balader en montagne, faire de la marche nordique. Il y a vingt ans déjà, on courait en montagne avec des bâtons, mais on n’utilisait pas encore le terme de trail running! Bon, et j’ai aussi connu mon mari, Guy, en 1993. Il était lui-même champion de France de course sur 1500 mètres, alors on a pu partager notre passion et il m’a appris la technique de la course à pied. On a commencé à faire quelques courses ensemble. Comme j’étais encore assez bien entraînée, j’ai rapidement eu de bons résultats, sans avoir trop de pression.

C’est comme ça que j’ai switché du ski de fond à la course à pied. Un sport plus pur, plus honnête. N’importe qui ou presque peut s’acheter une paire de basket et partir courir, en ville, à la campagne. Avec le ski de fond, l’aspect technique, le matériel, les conditions de neige prenaient trop d’importance. Petit à petit, j’ai commencé à me spécialiser dans les longues distances. J’ai fait le Swiss Alpine, mon rêve, le marathon de la Jungfrau, celui de Zermatt, c’est vraiment ce que j’aimais faire.

Coup de massue

En 2011, pourtant, c’est le coup de massue. J’étais partie avec un groupe de joggers au Portugal, car j’organisais déjà des stages de course à pied. Là-bas, après un entraînement, j’ai commencé à avoir des fourmillements dans les pieds. Je ne me suis pas inquiétée tout de suite, j’ai mis ça sur le compte de la chaleur et j’ai couru un peu à pieds nus.

Le soir, toutefois, ces fourmillements étaient montés jusqu’aux genoux avant de finalement atteindre les hanches. J’ai commencé à avoir un peu peur. Je sentais mes jambes, mais comme quand tu as énormément froid, comme s’il y avait une couche entre ma main et la peau des jambes. J’ai téléphoné à la maison, puis à mon médecin, je sentais que quelque chose n’allait pas. Je suis finalement rentrée en Suisse pour procéder à des examens. Après trois jours, on m’annonça le verdict: sclérose en plaques. Un choc.

Je connaissais la maladie, car ma mère l’avait aussi. Elle vit encore aujourd’hui très bien, sans médicaments et elle arrive tout faire. D’autres personnes atteintes ont moins de chance, souffrent de davantage de symptômes. Evidemment, ça a quand même été un moment difficile, tu te poses plein de questions sur ton avenir, ta famille, tes objectifs… et on se demande comment ça va évoluer, si tu pourras simplement marcher…

Au début, je n’arrivais plus à m’entraîner. J’étais tellement fatiguée, sans compter ces problèmes dans les jambes. Ne plus faire de compétition ne m’angoissait pas plus que ça, car j’avais déjà une carrière derrière moi, mais ne plus faire de sport? C’était impossible pour moi. Heureusement, petit à petit, j’ai pu recommencer à bouger. J’accompagnais à vélo mon mari qui courait, puis j’ai repris la course. Trois mois plus tard, je participais à une compétition et je la gagnais!

Jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu besoin de prendre de médicaments. Pas de traitement spécifique. Pour moi, ce n’est pas le moment et je ne suis pas encore prête mentalement. J’ai par contre modifié grandement mon alimentation, sans farine de blé, sans produits laitiers et avec le moins de sucre possible, même si j’aime bien manger un morceau de tarte de temps en temps.

Prendre le départ d'une course, un cadeau

Je pense sincèrement que ma carrière de sportive me permet d’être mieux à l’écoute de mon corps, mais aussi, peut-être, de mieux me relever après des échecs.

Pour le moment, les symptômes ont toujours été les mêmes: de la fatigue, des problèmes sensitifs et c’est tout. J’ai parfois des pics de douleur et c’est dur à accepter, je dors mal. Le plus difficile, c’est qu’à chaque fois que j’ai ces douleurs, je me demande si c’est juste parce que je suis fatiguée et que mon corps réclame du repos, ou si c’est la maladie. On se pose beaucoup de questions. Heureusement, je suis bien entourée. Par ma famille bien sûr, mais j’ai aussi une thérapeute qui m’aide à ne pas tomber dans un trou. Je dois parfois aussi accepter les symptômes et réduire mon entraînement. C’est un sacré défi pour moi. Pour mon mari aussi. Il sait que le sport me fait du bien, mais c’est aussi son job d’entraîneur de me dire de temps en temps de me reposer.

En avril de cette année, j’ai participé au Grand défi des Vosges, un trail de 43 kilomètres. Pour la première fois, je suis arrivée en première position devant tous les concurrents, hommes compris! Quelques kilomètres avant la ligne d’arrivée, quand j’ai appris que la personne devant moi n’était distante que de quelques minutes, je suis entrée en mode compétition, avec une vraie envie de gagner! Mais c’est vrai que depuis mon diagnostic, mon regard sur la compétition a changé. Le simple fait de pouvoir prendre le départ d’une grande course est un cadeau. Ma famille, le travail et le sport, ce sont les trois piliers qui m’aident à trouver mon équilibre.

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