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«J’ai adopté mes trois enfants en Indonésie»

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Parmi tous ces enfants, un en particulier a attiré mon attention. C’est celui-ci qui véritablement m’interpellait, je ne saurais dire pourquoi. Il y avait un contact de l’ordre de l’indicible.

© Corinne Sporrer

On m’avait expliqué que jamais je ne pourrais donner la vie. On était à la fin des années 70 et les techniques de procréation assistée voyaient à peine le jour. La seule solution pour avoir un enfant était l’adoption. Mon époux s’est montré ouvert à l’idée. Déjà dans la trentaine, le temps filait et j’ai été rebutée par le délai d’attente en Suisse, de deux à trois ans minimum. Dans mon cercle d’amis, un couple de médecins indonésiens m’a proposé de me rendre dans son pays pour voir ce qu’il était possible de faire. J’ai décidé de me lancer. Je suis partie en compagnie d’une amie qui a accepté de m’épauler dans mes démarches.

Comme si c’était écrit

Sur place, les autorités m’ont orientée vers un orphelinat de Jakarta. Il y faisait très chaud, très humide, des sensations désagréables amplifiées par le décalage horaire. Il y avait dix lits de bébé par chambre et trois enfants par lit, couchés tout nus dans le sens de la largeur à même une sorte de couverture en caoutchouc, plus facile à nettoyer sans doute. L’air tout autour était nauséabond. J’ai hésité, me demandant ce que je faisais là, et puis j’ai accepté d’aller plus avant, de faire leur connaissance. Parmi tous ces enfants, un en particulier a attiré mon attention. C’est celui-ci qui véritablement m’interpellait, je ne saurais dire pourquoi. Il y avait un contact de l’ordre de l’indicible. Sa mère l’avait abandonné à cause d’un remariage, le nouveau mari n’acceptant pas d’élever un enfant né d’un autre lit. J’ai pourtant dû repartir en Suisse. Quelques mois plus tard, je recevais une lettre des autorités indonésiennes m’informant que je pouvais venir chercher l’enfant qu’elles avaient choisi pour moi. C’était un garçon. Et c’était, miraculeusement, celui qui m’avait tant bouleversée.

Il s’appelait Alwi et je n’ai vraiment cru à mon bonheur que lorsque je l’ai tenu dans mes bras, dans l’avion du retour.

Je suis revenue en Indonésie un an plus tard. Je devais adopter une petite fille, avant qu’on m’apprenne qu’elle était décédée. Le coup a été extrêmement rude. On m’a alors orientée vers une autre fille, née sur l’île de Sulawesi. La pauvre ne semblait pas en bonne santé et j’ai insisté pour pouvoir l’emmener chez un médecin. Le mal qui touchait Sabrina n’était pas mortel à court terme mais nécessitait un suivi régulier. Beaucoup de gens là-bas m’ont conseillé de renoncer à cette adoption, mais j’avais un contact si fort avec elle que je ne pouvais m’y résoudre. Son problème, qui touchait le sang, s’est finalement résolu tout seul après deux ans. L’assurance santé, non obligatoire à l’époque, n’a toutefois pas voulu l’assurer à cause de ça.

Des gosses comme les autres

Auprès de Sabrina, Alwi a joué le rôle du grand frère costaud qui défend sa petite sœur. Quatre années sont passées et le bureau d’adoption de Genève a voulu soutenir un orphelinat en Indonésie pour retisser des liens directs avec ce pays où la législation s’était complexifiée et rendait l’adoption plus difficile. J’y suis allée pour voir si cet établissement était sérieux. Les petits sont tous venus vers moi en m’appelant maman. Parmi eux, j’ai repéré un garçon avec un livre sous le bras, qui me considérait de loin. J’ai voulu l’adopter. On m’a, là encore, déconseillé de le faire, à cause de son caractère colérique. Ça ne m’a pas freinée, bien au contraire. Lui s’appellerait Philippe.

Environ quinze ans plus tard, j’ai demandé à mes enfants s’ils avaient envie de rechercher la piste de leurs parents biologiques. Aucun n’a eu d’intérêt pour ça. Ils m’ont dit que leur mère, c’était moi.

J’ai quand même voulu les emmener en Indonésie pour qu’ils voient d’où ils venaient, c’était important à mes yeux. J’ai pu leur montrer les orphelinats. Sabrina, là-bas, a eu comme un choc, un rejet. Elle refusait de manger de la nourriture asiatique et se réfugiait dans les hamburgers et les frites. Elle se sentait totalement étrangère. Les deux autres se sont beaucoup plus intéressés, mais n’ont toujours pas manifesté l’envie de retrouver leurs géniteurs. A voir mes trois enfants aujourd’hui, qui ont déjà 40, 39 et 35 ans, et qui ont chacun trouvé leur voie, je me dis qu’ils ne sont définitivement pas différents des autres.

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