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«Je suis une globe-trotteuse en fauteuil roulant»

«Je suis une globe-trotteuse en fauteuil roulant»

Frédérique peut retrouver la quiétude de son appartement entre deux voyages.

© Corinne Sporrer

J’ai toujours aimé le voyage, la découverte de l’autre, l’aventure, m’ouvrir à des cultures différentes. Il y a seize ans, j’ai quitté les briques rouges de la Belgique où je suis née pour venir m’installer ici, au bord du lac, sur la Riviera vaudoise, et travailler. Je viens d’une famille modeste, déchirée par un divorce houleux. Célibataire sans enfants, je me suis constamment sentie libre. J’ai toujours aimé aller vers les autres. Ici, j’ai eu plusieurs jobs dans l’accueil, la restauration. J’ai aussi travaillé en France, en Angleterre, en Guadeloupe, à Saint-Martin. Je suis plutôt fêtarde, j’aime bien sortir, voir des amis et croquer la vie à pleines dents.

Accident de la vie

Tout a basculé le 1er Août 2004. J’avais trente ans. En pleine nuit, ma voiture a percuté un véhicule venant en sens inverse près de Mézières, pas très loin de Lausanne. Le choc, frontal, a été effroyable. Enfin, c’est ce qu’on m’a dit, car je n’ai plus aucun souvenir de l’accident et je ne cherche pas à en avoir. Ce que je sais, c’est que la personne en face, qui avait une grosse voiture neuve, s’en est sortie presque indemne. Moi, dans ma vieille bagnole. j’étais cassée de partout.

J’avais de multiples fractures et l’aorte partiellement déchirée, ce qui a causé des dommages neurologiques irréversibles au niveau des membres inférieurs. Polytraumatisée, j’ai été transportée au CHUV, inconsciente, puis mise en coma artificiel. On ne donnait pas cher de ma peau. On parlait déjà dons d’organes. Toutefois, j’ai fini par me réveiller et je savais que je ne pouvais plus marcher. Je pense que j’avais dû entendre les gens parler pendant mon coma.

Au bout de quinze jours, j’ai été héliportée au Centre suisse des paraplégiques, à Nottwil, pour entamer ma rééducation. J’avais la haine, je criais ma rage, je n’acceptais pas mon état, j’exécrais cette chaise roulante. J’étais en colère contre tout et surtout contre moi.

J’ai fait le tour du monde sur un petit voilier

Une nouvelle vie

Peu à peu, j’ai réappris les gestes du quotidien.

Un jour, une infirmière m’a demandé ce que j’aimais faire dans la vie. Je lui ai dit: voyager. Elle m’a répondu que ça n’allait pas être possible. C’était mal me connaître.

J’ai laissé passer quelques années pour me réapproprier cette nouvelle vie, trouver un logement adapté à mon handicap, réapprendre à conduire avec une voiture munie de commandes au volant partiellement financée par la Fondation suisse pour paraplégiques*, trouver un job intéressant pour sortir de chez moi et compléter mon assurance invalidité. J’étais passée si près de la mort que j’avais une envie folle de vivre intensément.

En 2010, je suis partie six semaines en Thaïlande, une destination qui comblait parfaitement mon envie d’ailleurs et mon amour pour la bonne nourriture. Ma seule inquiétude était de trouver des logements avec une salle de bains accessible. Prendre l’avion, avec ma chaise, s’est finalement révélé très facile. Tout est prévu pour les personnes en fauteuil. J’ai le luxe d’entrer en premier. Je me dis que j’ai beaucoup de contraintes, donc les avantages, je les accepte sans complexes.

Afin d’éviter d’avoir à me déplacer pour les pauses pipi pendant le vol, je me pose une sonde fixe. Sinon, il y a souvent quelqu’un pour m’aider à porter mon sac, à grimper dans un train, à franchir un obstacle.

De la Thaïlande à l’Inde

J’ai beaucoup de force dans les bras, je fais beaucoup de choses moi-même. J’aime partir en hiver, car avec mes problèmes de circulation sanguine, je supporte mal le froid. Mes pieds se transforment en glaçons. J’économise toute l’année pour mon billet et je choisis des destinations où le niveau de vie est bas, comme en Asie, ce qui me permet de dépenser au final moins que ce que je ferais en Suisse.

Sur place, je laisse un gros sac de matériel médical dans une ville point de chute et j’y fais un passage de temps en temps pour me réapprovisionner en médicaments, sondes et autres produits. Sinon, je rayonne partout, je vis chez l’habitant, seule ou avec des gens rencontrés au hasard de mes pérégrinations. J’ai fait la Thaïlande plusieurs fois, j’aime vraiment ce pays et ses habitants. Je suis allée en Birmanie, au Sri Lanka, au Népal, où j’ai d’ailleurs dû prendre un permis de trek individuel pour circuler, ce qui est quand même très fort.

Je suis également passée par la Colombie, le Maroc, où j’ai dormi dans le désert et même fait du chameau. Mon dernier voyage, c’était l’Inde du Sud et le Kerala. L’organisation des déplacements sur place fut difficile mais là-bas, quel bonheur! En outre, j’ai découvert qu’en Inde, le premier wagon des trains était souvent réservé aux personnes à mobilité réduite. Nulle part je ne me suis sentie plus vulnérable parce que j’étais en fauteuil.

Être ailleurs, c’est ce qui me fait sentir en vie. A ma maman qui s’inquiète toujours de me savoir seule si loin, je dis toujours que s’il m’arrivait quelque chose là-bas, je mourrais heureuse.

* Le Centre suisse des paraplégiques est rattaché à la Fondation suisse pour paraplégiques, qui compte parmi les principales œuvres d’utilité publique du pays. Les soins médicaux, la rééducation intégrale et le suivi des personnes para- et tétraplégiques sont garantis à vie, afin d’accompagner leur réintégration dans la société de la façon la plus harmonieuse possible.

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