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Je souffre d’apnées du sommeil

Femina 14 Temoin Apnee Sommeil

Mes migraines et tous mes autres MAUX ont disparu du jour au lendemain.

© Joelle Neuenschwander

Petite, je partageais ma chambre avec ma sœur aînée. C’est elle la première qui a remarqué mon sommeil agité. A la croire, je ronflais comme un sonneur durant une bonne partie de la nuit. Ce qui l’empêchait de dormir paisiblement. Pour tenter de remédier à ce problème, mes parents m’ont emmenée chez le médecin de famille, qui a conseillé de m’enlever les végétations. J’avais 5 ans. Suite à cette opération, la situation ne s’est pas améliorée. Mon aînée se plaignait toujours de nuisances sonores. On m’a fait une ablation des amygdales quelque temps plus tard. En vain. Bien malgré moi, je restais aussi bruyante la nuit.

Si à la maison j’avais l’étiquette de «la petite qui empêche la grande de dormir», à l’extérieur ce n’était pas mieux. Pendant les camps de ski ou chez les scouts, ces sifflements intempestifs m’ont valu des problèmes avec mes camarades. Je me rappelle de phrases du style «Si quelqu’un ronfle, on va lui vider un tube de dentifrice dans la bouche». Terrifiée, je faisais tout pour ne pas sombrer dans le sommeil, de crainte que les autres mettent leur menace à exécution.

Cette particularité n’a fait que renforcer mon sentiment d’être mise à l’écart. D’autant plus que normalement, une fille, ça ne ronfle pas! J’aurais tellement aimé pouvoir sombrer dans les bras de Morphée en toute quiétude, comme la plupart des gens. Mais la phase d’endormissement était devenue pour moi une source d’angoisse permanente. Car ce qui se passait ensuite, durant mon sommeil, était hors de mon contrôle.

A l’adolescence, j’ai enfin eu ma propre chambre, ce qui signifiait que je ne dérangeais plus personne. Et à 17 ans, j’ai été opérée des sinus maxillaires. Mais malgré tout, mon souci de ronflement persistait. Plus tard, j’ai passé différents tests qui ont révélé que j’étais allergique à toutes les poussières domestiques, aux poils, aux plumes, etc. Cela m’a poussé à entamer une désensibilisation. Mais mes nuits n’étaient pas pour autant plus belles que mes jours, loin de là.

Sensations d’étouffement

Après un apprentissage dans le commerce, je suis entrée dans la vie active et je me suis mariée. Mon époux de l’époque travaillait de nuit, ce qui me permettait de dormir sans avoir la crainte de l’importuner avec mes vrombissements nocturnes.

Je souffrais régulièrement de fortes migraines, avec des douleurs localisées vers les lobes oculaires. Ces coups continuels de marteau dans la tête me pourrissaient la vie. Et m’empêchaient, dans les crises les plus aiguës, de me rendre à mon job. Ce qui n’était pas très bien vu par mon patron et mes collègues. Jeune maman divorcée, je m’efforçais de tenir le coup afin de subvenir aux besoins de ma famille. Mais j’étais continuellement fatiguée, sans raison particulière.

La situation s’est aggravée il y a une quinzaine d’années suite à une série de coups durs sur le plan professionnel et privé. Alors que j’avais toujours fait face courageusement aux événements, j’ai craqué. Je me suis retrouvée en dépression.

L’épuisement total

Epuisée aussi bien physiquement que mentalement, le psychiatre m’a prescrit des antidépresseurs et des somnifères afin que je puisse reprendre des forces. Mais mes nuits étaient cauchemardesques. Je me réveillais brutalement, dans des accès de panique, avec l’horrible sensation d’étouffer. La seule solution pour reprendre des bouffées d’air était de me redresser dans mon lit.

Le matin, je me sentais groggy, comme si je n’avais pas fermé l’œil de la nuit. Mes jambes étaient si douloureuses que j’éprouvais des difficultés à marcher. Tout mon corps était fourbu comme si j’avais 90 ans, alors que je tutoyais à peine les 50. Pulsations au cœur, douleurs dans la poitrine et dans les mâchoires, la «machine» était bien enrayée. Je mettais tous ces symptômes sur le compte de ma dépression.

Un mot sur mes souffrances

Pourtant, j’avais déjà entendu parler d’apnées du sommeil, qui entraînent un manque d’oxygène à cause de l’obstruction des voies respiratoires. Ma sœur avec qui je dormais parfois m’avait signalé que je cessais de respirer durant la période nocturne. Mais quand j’en parlais à mon généraliste, il ne se montrait pas convaincu. Avec mon poids dans la norme, et le fait que je ne consomme ni tabac ni alcool, je n’avais pas vraiment le profil type des personnes atteintes du SAS (syndrome d’apnées du sommeil), généralement des hommes en surpoids de plus de 50 ans. Il m’a tout de même prêté un appareil pour enregistrer mes phases d’endormissement. Au vu du résultat, il m’a aussitôt envoyée chez un pneumologue. Celui-ci a procédé à un examen plus approfondi en plaçant des capteurs sur mon corps, reliés à un appareil pour l’enregistrement détaillé de ma nuit. Le verdict était sans appel: j’avais 40 à 50 apnées par heure, un chiffre très alarmant quand on sait qu’un traitement est déjà nécessaire à partir de 15 arrêts respiratoires par heure.

Paradoxalement, j’étais soulagée d’apprendre qu’il y avait bien une cause à mes souffrances de longue date. En raison d’une morphologie particulière de la mâchoire inférieure en retrait, et un relâchement de la langue et des muscles dans la région du pharynx, le passage de l’oxygène est très limité. Ce qui provoque des microréveils qui empêchent d’atteindre un sommeil profond et réparateur.

Une véritable renaissance

Comme près de 40 000 personnes en Suisse, j’ai été appareillée d’un masque facial relié à un compresseur qui renvoie l’air durant la période nocturne afin que les voies aériennes restent ouvertes. Il a fallu ajuster les réglages de cet appareil, et surtout s’habituer à dormir avec ce «groin» sur le visage, qui laisse des traces peu esthétiques au réveil. Mais cela en valait la peine. Le changement a été radical: mes migraines et tous mes autres maux ont disparu du jour au lendemain.

J’ai initié la création d’un groupe d’entraide pour les patients atteints du SAS afin de pouvoir partager sur ce problème de santé plus répandu qu’on ne l’imagine. En plus d’un état de somnolence qui peut avoir de graves répercussions – notamment des accidents de la route en raison d’un assoupissement au volant – ce trouble non soigné fait planer un risque sur la santé, en augmentant notamment le nombre d’AVC et de maladies cardiovasculaires.


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