santé

    Le sport, notre allié anti cancer

    Une activité physique régulière fait baisser le risque de cancer du sein et en diminue la mortalité. En prévention, mais aussi en traitement adjuvant pendant la maladie et contre les récidives. Explications avec le Dr Didier Jallut, oncologue.

    Publié le 
    11 Septembre 2016
     par 
    Fabienne Rosset

    Le sport, c’est la santé. Le dicton est bien connu. Mais paradoxe de nos sociétés modernes, on bouge de moins en moins. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise 150 minutes d’activité physique par semaine pour rester en forme, les sédentaires que nous sommes devenus font moins de 3 MET/heure par semaine.

    1 MET (Metabolic Equivalent of Task during 1 hour) = 1 équivalent métabolique
    1 MET/heure correspond à la dépense d’énergie assis pendant 1 heure, soit le métabolisme de base.
    Shopping = 2 MET
    Passer l’aspirateur = 2 à 3 MET
    Marcher à 4 km/h = 3 MET
    Yoga = 3 MET
    Natation = 4 à 11 MET
    Course à pied = 6 à 18 MET
    Squash = 12 MET
    Ski alpin = 5 à 8 MET
    Regarder la télévision ou dormir = 0,9 MET

    Du coup, notre inactivité est devenue le quatrième facteur de risque de mortalité au niveau mondial. Et elle est impliquée dans de nombreuses pathologies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’obésité. Il est aujourd’hui également prouvé que cette relative immobilité est la cause de 10 à 12% des cas de cancer du sein. En Suisse, une femme sur huit est touchée chaque année. Et si bouger était la clé?

    Des résultats positifs

    Une étude menée sur 1,4 million de participants de 11 à 98 ans et publiée en juin 2016 dans le JAMA (The Journal of the American Medical Association) révèle que marcher, courir, nager ou faire du vélo à raison de 150 minutes par semaine réduit significativement le risque de treize cancers, dont celui de l’œsophage, du foie, du rein ou de l’endomètre, entre autres. Pour le cancer du sein, l’activité physique diminue de 20 à 50% les risques de mortalité. Mêmes résultats probants dans l’étude du «British Medical Journal» du 10 août 2016, basée sur 174 études publiées entre 1980 et 2016 portant sur le mouvement et cinq pathologies, dont les cancers du côlon et du sein, le diabète, les AVC et les maladies cardiaques.

    Des chiffres positifs et encourageants qui interpellent mais ne font pas pour autant bouger le monde médical. Oncologue et directeur médical du Réseau lausannois du sein, le Dr Didier Jallut le regrette: «Ce genre d’études prônant les bienfaits du sport pour combattre les cancers existe depuis 1997, et les chiffres sont toujours plus encourageants. Malgré cela, je déplore encore que, dans nos pratiques médicales et lors de nos colloques pluridisciplinaires de médecine et d’oncologie, la place du sport et de ses bénéfices sur la prévention, l’amélioration des effets secondaires lors du traitement et la diminution du risque de récidive et de mortalité soit si peu prise en compte.» 

     

     

    La bonne posologie

    Si les bienfaits du sport sont prouvés en matière de prévention, qu’en est-il quand la maladie est déclarée? Dès le diagnostic, une activité physique devrait être proposée aux patientes. Notamment pour diminuer les effets secondaires liés aux traitements adjuvants que sont la chimiothérapie, la radiothérapie et l’hormonothérapie. Dans ses consultations, le Dr Jallut en parle ouvertement: «Je commence par dire aux patientes que le taux de guérison atteint 98,5% dans les cas de cancer du sein au stade localisé, sans ganglions atteints. Et que l’activité physique peut les aider à contrecarrer la fatigue causée par nos traitements adjuvants.» Dans les faits, bien dosé, le sport est tout bénéfice pour lutter contre la fatigue. Les études montrent que les malades qui en font durant leur traitement ont 20% de fatigue en moins, et 40% s’ils continuent après. Au même titre qu’une ordonnance, il y a toutefois une posologie particulière à respecter pour être efficace. L’exercice commence à avoir une influence à partir de 9 MET/heure, ce qui équivaut à une heure de marche soutenue trois fois par semaine. Un objectif réalisable qui peut être proposé à toutes les phases de la maladie, quels que soient le stade, les antécédents sportifs et l’âge. 


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    Quels effets?

    En complément peu coûteux et inoffensif aux soins thérapeutiques existants, l’exercice physique est donc à intégrer dès le diagnostic, durant les traitements et en phase de rémission. Mais quels effets a-t-il concrètement? D’abord, il diminue l’asthénie, soit un état de faiblesse général caractérisé par une diminution du pouvoir fonctionnel de l’organisme. En gros, un épuisement qui se manifeste avant même que la maladie soit diagnostiquée, et qui se renforce sous l’effet des traitements anti-cancéreux. Se dépenser réduit la sécrétion de cytokines, responsables de cette asthénie, et diminue donc cette sensation. Même effet sur le taux d’insuline qui en baissant réduit la croissance de la tumeur. Pour résumer, en plus d’une amélioration des taux de guérison, c’est la qualité de vie du patient qui s’en trouve améliorée. Le malade dort mieux, est moins fatigué, a moins de douleurs et un meilleur moral. 

    Zéro danger pour la patiente

    Pour intégrer l’activité physique dans le traitement du cancer du sein, d’abord faut-il changer les mentalités. Le premier réflexe, tant du point de vue du patient que de l’entourage ou du médecin, serait en effet de préconiser le repos pour mieux guérir. «Quand on dit à une patiente: «Reposez-vous», on met cette femme à qui on a enlevé la tumeur dans la peau d’une cancéreuse! Alors qu’en se prenant en charge et en encourageant le mouvement, cela augmente les chances de guérison et diminue les risques de récidive.» La peur d’une trop grande agitation, d’en faire trop est à combattre absolument. Au contraire, au même titre que le Nordic Walking avec ses mouvements de bras; même l’haltérophilie n’est pas dangereuse après un curage ganglionnaire, puisque ces activités diminuent le risque d’apparition et d’aggravation d’un lymphœdème. Les études ont même prouvé que plus on en fait, plus le rythme est soutenu, mieux c’est. Reste à espérer que, bientôt, ces multiples bienfaits «petit budget et grands effets» soient un jour pleinement reconnus, et que leur prise en charge par des équipes spécialisées soit remboursée.

    Le cancer du sein en Suisse

    • 1 femme sur 8 est touchée. 
    • 15 femmes sont atteintes par jour.
    • 6000 nouveaux cas par an.
    • 1400 décès par an.
    • Le cancer du sein représente 30% des nouveaux cas de cancer.

    Femina s’engage: on se bouge pour Octobre rose!

    Une journée, 3 rendez-vous
    Le 29 octobre 2016, à Lausanne, trois événements organisés par l’Association COOKIE et le Réseau Lausannois du Sein ont lieu pour s’unir contre le cancer du sein. Le Pink Challenge, une marche de solidarité dans le cadre du Lausanne Marathon au Parc de Milan à 14 h 30, inscriptions lausanne.marathon.com (20 fr.). Une partie du montant sera reversée à l’ASAP (nombre de participants limités). Une conférence publique autour de la thématique des effets bénéfiques de l’activité physique adaptée aux femmes souffrant du cancer du sein au Musée olympique. Et une soirée de gala.

    Femina s’engage
    La rédaction de Femina s’associe à la journée du 29 octobre et vous invite à venir participer au Marathon de Lausanne le 30 octobre. Femina, Cookie et le RLS vous offrent un maillot de course «Je cours, je m’engage». A réserver sur redaction@femina.ch. En plus, vous pourrez faire un don directement lors de votre inscription sur lausanne-marathon.com, jusqu’au 17 octobre 2016.

    De la terre à la lune
    En octobre, on s’engage à bouger et à verser 1 fr. par km parcouru, soi-même ou en parrainant quelqu’un, dans le cadre de l’opération Décrochons la lune.

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