témoignages

    Mon hyperactivité mentale n’est plus un handicap

    Diagnostiquée à la quarantaine, Sabine prend depuis deux ans un dérivé de la Ritaline. ce traitement lui permet de profiter pleinement de ses filles. Et de voir la vie autrement.

    Publié le 
    15 Décembre 2015
     par 
    Jennifer Keller

    Les gens tombent souvent de haut quand ils apprennent que je souffre de TDAH (trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité). C’est que, grâce à la médication, j’ai l’air doux et posé. Mais dans ma tête ça va toujours à 100 à l’heure. J’ai dix idées qui arrivent à la minute. Mon compagnon, qui a été mon «coach organisationnel» pendant des années, peut en témoigner. A chaque fois que je commence une activité, je me laisse distraire en cours de route par une autre, ainsi de suite. Résultat: j’oublie systématiquement mon téléphone portable, mes clés, le café que je me suis fait couler… Je me disperse à tel point qu’il me faut deux heures le matin pour me préparer avant d’aller au travail. Je fonctionne ainsi depuis toute petite. J’ai réussi à m’en accommoder en prenant plus de temps pour faire les choses. Du côté de mon entourage, on ne me l’a jamais reproché. Tout au plus me considérait-on comme l’originale de service, la rigolote toujours pleine d’idées et souvent dans la lune. Bref, je le vivais plutôt bien.

    Faute de temps, les problèmes ont commencés

    Il a fallu que je devienne maman pour que ça se transforme en handicap. Une naissance suivie, deux ans plus tard, d’une deuxième: mon espace-temps s’est réduit comme peau de chagrin et les problèmes ont commencé. J’étais constamment débordée et stressée, dans l’incapacité de m’organiser. Une simple promenade avec mes filles prenait des allures d’expédition. J’ai beaucoup culpabilisé, croyant que je n’étais pas faite pour avoir des enfants. Je me souviens avoir appelé à l’aide d’autres mamans pour leur demander comment elles faisaient. Elles me répondaient: «Ça va aller, tu vas y arriver.» Mais ça empirait. Je devenais de plus en plus nerveuse et fatiguée. Alors que je n’avais jamais eu de problème au niveau professionnel – quand j’évolue dans un domaine qui me passionne, je parviens à canaliser mon énergie – la fatigue a commencé à empiéter sur mon travail. Jusque-là, j’avais toujours trouvé des subterfuges pour m’en sortir, sans m’en rendre compte, à l’image de quelqu’un d’illettré qui ne veut pas que ça se sache. Mais je n’y arrivais plus. Mon cerveau travaillait trop, il n’avait plus d’espace pour souffler.

    A cette époque, une amie s’est fait diagnostiquer TDAH. J’avais déjà entendu parler d’hyperactivité, mais pour moi c’était en lien avec des enfants qui avaient constamment la bougeotte. Elle m’a prêté un livre, «Mon cerveau a encore besoin de lunettes – Le TDAH chez l’adulte», de la Québécoise Annick Vincent. Ça a été un choc: je me suis reconnue à chaque page. Un peu comme si on me tendait un miroir. J’ai eu une réaction de rejet. Je pense, avec le recul, que j’ai eu peur. A mes yeux, je n’étais pas malade. Je n’arrivais pas encore à l’entendre.

    Des «vacances» pour le cerveau

    Un matin, je me suis retrouvée au travail face à deux écrans noirs, ne sachant plus ce que je devais faire. J’étais au bout du rouleau. J’ai pris contact avec une psychiatre spécialisée dans ce trouble neurologique. Une semaine plus tard, j’étais dans son cabinet à lui énumérer tous mes symptômes: l’afflux d’idées, le manque de concentration, ma manie d’additionner tous les chiffres, que ce soit lors des commissions ou dans la rue avec les numéros de plaques d’immatriculation, la capacité d’écouter simultanément plusieurs conversations au restaurant, etc. Après une série de tests, elle m’a annoncé que je souffrais de TDAH. Elle a ajouté: «Sachez que vous n’êtes en rien responsable.» Cette phrase m’a fait un bien fou. J’ai ressenti un énorme soulagement. Lorsqu’elle m’a proposé des «vacances» pour mon cerveau via la médication, j’ai tout de suite accepté. Nous avons commencé avec un médicament dérivé de la Ritaline. Après plusieurs jours d’essai pour trouver le bon dosage, j’étais bien.

    Une nouvelle vie a démarré. Ma relation avec mes filles s’est améliorée du jour au lendemain. Grâce au traitement, mes idées n’ont plus interféré les unes avec les autres. J’ai senti le stress et la pression tomber. Pour la première fois, j’ai pu vivre ce que toutes les mamans vivaient avec leurs enfants. M’amuser, faire les commissions, aller me promener, et tout ça en y prenant du plaisir. Ça n’a pas de prix. J’ai constaté alors qu’une de mes filles fonctionnait comme moi – il y a un aspect héréditaire dans ce trouble qu’il ne faut pas négliger. Nous lui avons fait passer quelques tests chez un psy, mais nous ne sommes pas allés jusqu’au bout. Je veux encore la laisser souffler, éviter qu’elle ne soit trop vite cataloguée. Je suis en revanche beaucoup plus patiente avec elle et essaie d’appliquer les techniques utilisées pour aider les personnes souffrant de TDAH: je lui demande une seule chose à la fois, je lui apprends à morceler les tâches et à les alterner avec des activités agréables.

    Un surcroît d’empathie

    Plus globalement, c’est mon regard sur la vie qui a changé. Avant, j’avais constamment le nez collé contre la vitre. Aujourd’hui, j’arrive à tout voir avec du recul. Les événements, les gens. Je suis devenue plus tolérante. Quand je croise des personnes nerveuses ou désagréables, je suis pleine d’empathie. Je me suis également ouverte au monde, me découvrant une fibre écolo que je ne me connaissais pas. Je suis depuis très regardante sur les produits que j’achète. J’ai même créé des déos bios maison, des démaquillants et des produits de nettoyage dont je fais profiter mon entourage. Ça me détend tout en étant utile pour la planète.

    Je prends enfin soin de moi. J’ai commencé le yoga et la méditation! (Rires.) C’était impensable avant. Aujourd’hui, au terme des séances, je me sens bien et je parviens à avoir la tête «vide», ce qui est un exploit! Oui, je suis heureuse. Je ne regrette pas d’avoir été diagnostiquée si tard. Je me dis au contraire que j’ai de la chance de ne plus me sentir nulle, de ne plus culpabiliser pour tout. Pour la première fois, je suis contente de ce que je suis. Comme mes idées ne se chevauchent plus, ma créativité débordante et mon hypersensibilité ne sont plus un handicap. Elles sont devenues mes meilleurs atouts pour la vie.

     

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