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J’ai révélé mon identité juste avant la retraite

Zoe jobin

Anouk a fini par trouver naturellement sa voie

© Zoé Jobin

Même si je n’ai pas eu de problèmes particuliers durant mon enfance, j’ai traîné ce boulet avec moi pendant toute ma vie. J’étais un vrai p’tit mec, un peu casse-cou, puis un adolescent dragueur, même, tout en étant emprisonnée par ce penchant obsessionnel. Je voulais mettre les habits de ma mère, je fantasmais sur ce côté femme. Un enfant qui se sent mal et l’exprime est pris en charge. Moi, j’ai dû rester clandestine, je me sentais comme une personne perverse.

J’ai menti par amour, parce que j’avais trop peur d’en parler à ma famille et de la perdre.

Il y a environ dix ans, j’ai commencé à avoir une vie féminine cachée. J’ai rencontré une amie avec un cœur d’or, alors en pleine transition, qui m’a permis de m’ouvrir à ma féminité. Je me lançais des défis: sortir en jupe et en talons. Cela me procurait des angoisses, des bouffées de chaleur, de peur que quelqu’un me reconnaisse et m’identifie en tant que personne transgenre. Je retournais voir cette amie deux ou trois fois par année. Il y avait un côté clandestin, je n’étais pas sûre de moi et très vulnérable.

Puis je me suis rendu compte que cela se passait bien. J’ai eu la chance d’avoir une certaine crédibilité en tant que femme. J’ai alors pris peu à peu de l’assurance. Mais tout était fantasmé. Je vivais dans le mensonge, dans une sorte de double jeu. J’ai menti par amour, parce que j’avais trop peur d’en parler à ma famille et de la perdre. Cela produisait des situations pénibles et c’était usant. J’avais toujours envie de plus car on se sent tellement bien quand on peut être soi-même.

Le voile tombe

Il y a six ans, ma femme a trouvé une photo de moi dissimulée dans mon téléphone portable. Elle s’est tout de suite dit: mon mari est une femme. Cette découverte, je la vois comme une délivrance. Mes filles ont plutôt bien pris la chose, mais elles doivent en quelque sorte faire le deuil d’une personne vivante. Pour mon anniversaire, elles m’ont même offert une séance de relooking. C’est ma femme qui a parlé la première de transsexualité.

Je suis enseignante en arts visuels au Val-de-Travers (NE), à l’école secondaire et au lycée. Il était évident pour moi que j’allais faire la prochaine rentrée en tant que femme, mais je n’étais pas encore apparue dans le village sous ma véritable identité. Mon coming out s’est fait le 24 juillet 2016, sans aucune préméditation. J’étais stressée et en retard chez le coiffeur, j’étais en femme et je suis sortie ainsi, tout naturellement.

Annick Ecuyer: «Changer de genre n'est pas si simple, tout comme la politique»

C’est un parcours qui se fait petit à petit, je ne le regrette vraiment pas. J’ai maintenant 64 ans et j’aime mieux vivre cette expérience tard et bien, plutôt que tôt et mal. J’ai écrit une petite lettre à mes voisins pour leur dire que la femme qui allait promener le chien, c’était moi. Lorsque j’allais faire mes achats au supermarché du village, je saluais beaucoup de personnes qui ne me reconnaissaient pas tout de suite. La plupart discutaient avec moi, quelques-unes étaient tellement mal à l’aise qu’elles m’évitaient, mais les réactions étaient généralement positives. Ce qui revenait souvent, c’était le mot courage. Mais je leur expliquais n’en avoir pas vraiment eu besoin. Les gens ne connaissent pas bien la problématique transgenre alors ils me posent souvent des questions sur l’opération, sur mes attirances sexuelles. Ils s’excusent et sont très sincères, c’est de la bonne curiosité. Comme il s’agit d’un sujet encore tabou, je prends le temps d’en parler; même si les jeunes en discutent déjà plus facilement.

Des élèves compréhensifs

Lorsque j’ai annoncé mon changement d’identité à la direction de l’école secondaire, il y a eu un grand silence. Ils ont informé les parents d’élèves par courrier et ont développé une peur injustifiée que les jeunes soient choqués, ne s’en remettent pas. Alors qu’il était évident que cela allait bien se dérouler.

Valentina Sampaio, mannequin transgenre en une de Vogue Paris

Je trouvais important que mes élèves puissent aussi vivre cette expérience, qu’ils se rendent compte que le droit à la différence n’est pas un concept lointain, que cela se passe aussi dans leur école. Le jour de la rentrée, je leur ai expliqué la situation. Ils m’ont un peu dévisagée, et voilà. Il y a eu de leur part un profond respect. Quelques garçons étaient un peu gênés, mais il n’y a jamais eu de moqueries. Les jeunes sont extraordinaires à cet âge-là. Je peux les remercier de cette acceptation. Je suis aussi instructrice de ski et, l’hiver, je me suis occupée d’un groupe de jeunes de 10-11 ans que je ne connaissais pas. Là aussi, cela s’est passé comme une lettre à la poste et j’ai vécu une super semaine. Pour les élèves, cela va de soi. Ils réfléchissent moins que les adultes.

La transition en peinture

J’ai un parcours un peu euphorique. Jusqu’à maintenant tout se déroule presque trop bien et je n’ai pas eu de mauvaise expérience. Plus le temps avance, plus je deviens normale. Avant, je me serais baladée sur des talons aiguilles, aujourd’hui me maquiller est une corvée. Je me sens à l’aise dans mes ballerines et je m’intègre totalement à ma nouvelle vie. J’ai de nombreux projets pour ma retraite: arrêter de fumer, refaire du vélo, voyager et me consacrer davantage à la peinture. Oui, je suis peintre et j’aime travailler autour du corps, mais à l’époque je dissimulais plein de symboles, comme par exemple un escarpin. Je n’ai plus envie de les cacher, je veux en tirer parti. Je travaille désormais réellement sur ce corps qui change, sur son ambiguïté, sur le féminin et le masculin.

C’est pour moi un véritable privilège de naître garçon et de mourir femme.

L’un des grands défis qui m’attendent – sans doute l’été prochain – est cette opération pour pouvoir être en harmonie avec mon corps. Je ne sais pas ce que peut être le choc psychologique d’une telle aventure. Ma vie pourra alors ressembler à celle que j’aurais pu avoir à ma naissance. Mais, du coup, je n’aurais pas eu cette période de griserie. Je découvre encore plein de choses, je me réjouis. Il n’y a pas de routine, mais un côté très jubilatoire. C’est pour moi un véritable privilège de naître garçon et de mourir femme.

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