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Pourquoi les femmes regardent-elles du porno gay?

Scène du manga Yaoi Private Tutor.

Scène du manga érotique yaoi Private Tutor.

© Private Tutor

Un rebelle, un ange gardien, un dealer. Piégés dans un triangle amoureux. C’est le sulfureux trio auquel invite K-Love, de Sky Muglach, paru ce mois chez Payot & Rivages. Le livre de cette native de Besançon est le premier récit yaoi publié par un grand éditeur francophone. Yaoi? Le terme, japonais, qualifie une œuvre dépeignant une passion dévorante entre hommes.

Là où la chose devient particulièrement intrigante, c’est que les histoires d’amour – et aussi, beaucoup, de fesses – du yaoi sont lues à 98% par des dames. Le concept, de prime abord curieux, est déjà très populaire chez les lectrices du Japon et de Corée. Notamment décliné en mangas, le phénomène s’est récemment exporté en Europe avec un succès grandissant.

Entre «lesbiennes» et «Big Dick»

Des femmes émoustillées devant un corps-à-corps 100% masculin, cela nous fait penser à une scène de la série Sense8, diffusée par Netflix, où l’une des protagonistes passe illico en mode onanisme à la vue de ses deux amis homos faisant l’amour. «C’est un fantasme plus répandu qu’on veut l’admettre, avance la sexologue genevoise Marie-Hélène Stauffacher. Comme les hommes qui sont de grands amateurs des scènes lesbiennes, les femmes, également, se trouvent souvent excitées par un duo de beaux mecs en pleine action.»

Il suffit de checker les très sérieuses statistiques du site PornHub pour s’en convaincre. Les vidéos taggées Gay constituent la seconde catégorie de contenus classés X les plus visionnés par les filles, juste après le porno lesbien et loin devant Big Dick, médaille de bronze. Quant au porno dit Pour femmes, il ne figure qu’à la huitième place. Faut-il y voir un message sur ce que veulent les femmes?

Planquée sous des lunettes noires

«La pornographie hétéro me semble trop destinée à un public mâle: le corps de la femme y est surexposé, alors que les corps masculins sont invisibles, note Mona, 37 ans. Cela m’ennuie de (re)voir des seins, des fesses et des bouches de fille. C’est juste une version plus hard des images que je peux retrouver au quotidien: dans un magazine féminin, dans ma salle de bains, dans la publicité… je préfère regarder les hommes.»

D’autant plus qu’il y a bien peu d’occasions permettant aux nanas de mater ces messieurs à travers leurs vêtements: «Une fois par année avec le calendrier des Dieux du stade; environ tous les 2 ans quand on a droit à un spectacle des Chippendales en Suisse; tous les 4-5 ans avec le cinéma classique, type Shame ou Magic Mike; et en été, à la plage, planquée sous des lunettes noires», résume Mona.

«Les consommatrices de contenus gays, érotiques ou carrément pornos, sont aussi à la recherche d’une sorte de sexualité pleinement physique, d’une animalité plus assumée, où l’envie de se lâcher n’est pas mise en danger par les risques liés au masculin», analyse Marie-Hélène Stauffacher.

En effet, «nombre de scènes X hétéros montrent des situations où l’actrice est dominée, parfois brutalisée, ce qui reste difficilement supportable pour des yeux féminins. Or, avec deux homosexuels, ce rapport patriarcal à la partenaire sexuelle s’efface. On peut désirer et s’abandonner sans le spectre de cette peur d’être jugée, dégradée. On peut imaginer ce fantasme très féminin de la domination sans aller jusqu’à le vivre en direct.»

Des hommes qui jouissent

Une sorte d’ultravirilité à risque zéro. Et sans les codes monotones du porno plus classique. Pour Aurélie, 24 ans, qui a commencé à regarder du X homo au début de la vingtaine, les scènes hétéros sonnent faux. «L’actrice souvent surjoue, on voit que les vagues de plaisir ne sont pas là, et l’acteur, lui aussi, joue un rôle, celui du mâle dominant, qui doit prendre son pied tout en restant dans le contrôle, sans montrer qu’il s’abandonne trop. C’est trop fake. Je préfère voir des mecs qui jouent avec la montée du désir et expriment leur jouissance.»

Amatrices de yaoi, de pornos ou de Chippendales, au fond, la motivation est souvent la même, constate Marie-Hélène Stauffacher. «Chercher à voir comment on peut vraiment désirer soi-même et comment l’autre désire. Ce qui est une sorte de curiosité saine.» Et il faudrait être tordu pour y voir quelque chose d’alambiqué.


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