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J’ai gravi un sommet après mon infarctus

Femina 05 Temoin Infarctus Homme

Je me suis promis de profiter désormais de chaque seconde.

© Joëlle Neuenschwander

Mon premier infarctus m’est tombé dessus alors que j’avais 50 ans. Patron d’une petite entreprise dans le bâtiment, je courais à gauche et à droite dès 6 heures du matin. Entre les chantiers, la clientèle, le personnel à gérer et les tâches administratives, ma vie était un véritable tourbillon. Chose plutôt inhabituelle, j’avais remarqué que, depuis quelque temps, j’étais essoufflé en montant les escaliers. Mon médecin avait constaté que ma pression était haute. Mais selon lui, il n’y avait rien d’alarmant.

Il n’empêche, en consultant des sites internet, j’ai vu qu’il existait un lien entre hypertension artérielle et infarctus du myocarde. Inquiet, je me suis dit que j’allais demander à ce qu’on procède à des examens médicaux plus approfondis. Je n’en ai pas eu le temps: j’ai été réveillé à 4 heures du matin par des douleurs dans la poitrine. Celles-ci irradiaient jusque dans mes bras. J’ai bu un verre de lait en espérant que ça se calme. Mais la douleur devenait de plus en plus oppressante. J’ai donc composé le 144. Transféré à l’hôpital en ambulance, j’ai rapidement été pris en charge. Ma condition a nécessité une intervention par coronarographie à Berne. On m’a annoncé que deux autres artères étaient obstruées à 80%, ce qui nécessitait la pose d’un stent, un minuscule ressort métallique, qui allait permettre de maintenir l’artère coronaire suffisamment ouverte pour éviter une nouvelle obstruction. Après une période de réadaptation dans une institution spécialisée, j’ai pu reprendre progressivement mon activité professionnelle. Ayant pris conscience de l’importance d’avoir une bonne condition physique, j’ai continué à pratiquer régulièrement la marche à pied.

Une expédition de trois jours

Ayant une bonne hygiène de vie et étant suivi, j’espérais ne plus connaître de pépin de santé. Ironie du sort, c’est en sortant d’un contrôle annuel chez mon cardiologue que j’ai à nouveau senti une douleur me compresser la cage thoracique. Le médecin, après m’avoir vu pédaler de plus belle sur un vélo, avait déclaré que mes résultats étaient au-dessus de la moyenne et que je n’avais pas plus de risques qu’un autre d’avoir un nouvel infarctus. J’ai donc mis cette sensation sur le compte de l’effort physique que je venais de fournir. Mais arrivé à la maison, j’ai dû me rendre à l’évidence: c’était sérieux. Hospitalisé d’urgence, on m’a appris qu’un caillot de sang s’était logé dans mon stent. Les cardiologues ont réimplanté un stent de nouvelle génération, qui diffuse une substance médicamenteuse.

Après douze semaines de réadaptation en ambulatoire à l’Hôpital neuchâtelois (HNE), un cardiologue responsable du programme de réadaptation cardio-vasculaire m’a proposé de prendre part à un projet initié par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV): gravir un sommet de près de 3000 m, la Quille-du-Diable, avec d’autres patients ayant subi eux aussi un infarctus. Cette expédition de trois jours dans le massif des Diablerets serait encadrée par une équipe médicale et un guide de haute montagne. Etant plus citadin que montagnard, j’ai hésité. Mais mon côté battant l’a emporté. Pourquoi ne pas relever ce défi? Si on m’avait choisi parmi des dizaines de patients pour faire partie des quatre candidats à cette ascension, c’est que j’en étais certainement capable.

Pour se préparer à cette marche en altitude, il fallait suivre un entraînement hebdomadaire pendant trois mois. Lors de la première sortie, j’ai fait connaissance avec les trois autres patients neuchâtelois embarqués eux aussi dans cette folle aventure. Le physiothérapeute chargé de faire travailler notre endurance nous avait préparé un parcours de 500 mètres de dénivelé. Autant dire que nous avons été mis au parfum tout de suite. Heureusement, un bel esprit de solidarité régnait au sein de notre petite équipe de grimpeurs. Nous nous encouragions mutuellement. A coup de barres vitaminées et de côtes de plus en plus abruptes, nous nous sommes peu à peu transformés en véritables alpinistes, prêts à affronter cette fameuse Quille- du-Diable.

Le début d’une nouvelle vie

Le jour J, gonflés à bloc, nous nous sommes joints au groupe d’une vingtaine de personnes, cardiologues, physiothérapeutes, infirmières et patients des HUG, CHUV et HNE, qui participaient à ce projet. Après un «petit» échauffement de deux heures, nous sommes arrivés au col du Sanetsch. La vue était magnifique. Nous avons rallié la cabane où nous allions passer la nuit, à 2000 mètres. La fatigue a vite cédé la place à la bonne humeur avec les «witz» de nos collègues genevois qui n’ont pas failli à leur réputation de joyeux trublions.

Le lendemain, la deuxième étape s’est révélée très physique avec une montée escarpée. Entre deux sauts de cabri, je reprenais mon souffle tout en admirant le paysage qui s’étalait sous mes yeux. Il fallait s’accrocher pour tenir la cadence. Marchant à la queue leu leu, nous nous soutenions les uns les autres. Patients et médecins, nous étions tous dans le même bain et l’ambiance était très conviviale.

Situé une centaine de mètres plus haut, le sommet tant convoité semblait nous narguer. Au lieu de se rapprocher, il paraissait plutôt s’éloigner. Après plusieurs heures d’effort intense – et quelques batailles de boules de neige, avouons-le – nous sommes tout de même parvenus à notre but. Epuisés mais heureux. Nous avons fêté ça en buvant un verre de vin au restaurant de la Quille-du-Diable. Puis nous sommes redescendus pour passer la nuit à l’abri dans un refuge. Après le repas, je suis sorti un instant pour admirer le ciel étoilé. Cette immensité qui s’offrait à moi m’a fait réaliser la chance que j’avais d’être encore en vie. Je me suis promis de profiter désormais de chaque seconde. A 5 h 30 le lendemain matin, j’étais le premier debout afin d’assister au lever du soleil. Ce nouveau jour était, symboliquement parlant, le début d’une nouvelle vie pour moi.

Grâce à cette expérience extraordinaire, j’ai non seulement découvert la beauté de la montagne, mais aussi appris à relativiser et à devenir plus cool. Je compte voyager davantage et passer plus de temps avec les miens. Un joli programme, non?


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