témoignages

    Greffe du poumon: je suis née une seconde fois

    En décembre 2015, notre rubrique «Vécu» publiait le récit de Natalia, en attente d’une greffe de poumons. Qui a eu lieu quelques jours plus tard. La pétillante quadragénaire évoque aujourd’hui les débuts de sa nouvelle vie.

    Publié le 
    27 Décembre 2016
     par 
    Caroline Stevens

    Le 30 décembre 2015 aux alentours des 22 heures, retentissait l’appel que j’attendais depuis longtemps: un poumon neuf m’attendait à Lausanne. J’avais juste le temps de faire ma valise avant que l’ambulance me récupère au pied de mon immeuble, à Genève. Je m’efforçais de garder la tête froide, ayant vécu une fausse alerte quelques semaines plus tôt: une fois arrivée sur place, les examens avaient révélé que je n’étais pas compatible avec le donneur. Et j’étais rentrée chez moi, un peu dépitée, d’autant que j’avais prévenu tous mes amis… Mais cette seconde fois s’est révélée être la bonne! Durant le trajet jusqu’au CHUV, j’ai tenté de rassurer ma mère, qui m’accompagnait. Elle était encore très angoissée lorsque nous sommes arrivées à Lausanne, peu après minuit. Moi, je me sentais calme, je laissais les choses suivre leur cours.

    Comme un delirium tremens

    Une fois sur place, tout s’est enchaîné très vite. Préparation pour l’intervention, derniers tests de compatibilité, accueil en salle d’opération... Le travail des chirurgiens, lui, a duré longtemps: près de sept heures. Et je me suis réveillée dans un état proche du délire: je voyais des araignées gigantesques se promener au plafond, comme dans un «delirium tremens». L’infirmière qui veillait sur moi a dû m’empêcher de retirer la sonde nasale qui m’alimentait. Je me rappelle ses réprimandes, mes mains nouées pour m’éviter d’arracher le tube. Ces premières heures de semi-conscience ont été difficiles. Heureusement, le chirurgien qui m’avait opérée s’est montré très attentionné. Chaque jour, j’avais droit à sa visite. Vu mon état, ma mère était la seule personne à venir me voir. C’était mieux ainsi, car je n’étais vraiment pas dans mon assiette…

    Après deux semaines passées au CHUV, j’ai été transférée aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), où je connaissais déjà une partie du personnel. Me retrouver dans l’unité où j’avais été soignée avant la greffe a boosté mon moral. Petit à petit, je suis revenue à la vie. J’y suis restée une dizaine de jours, pour qu’on puisse surveiller mon évolution et vérifier qu’il n’y avait pas de rejet. Heureusement, tout s’est bien passé. Je n’avais pas de crainte particulière, je profitais des visites de mes amis. Et c’est une fois de retour à la maison qu’est venu le temps des interrogations: comment allais-je me débrouiller seule avec ce nouveau corps barré d’une cicatrice? Je me sentais coupée en deux, déconnectée de moi-même. Une nouvelle vie s’offrait à moi, faite d’espoir mais aussi d’inconnu...

    Quelques semaines plus tard, c’est en discutant avec un ami greffé du foie que j’ai compris que cette sensation était normale, qu’elle s’estomperait avec le temps. Accepter physiologiquement un nouvel organe est une chose, vivre avec en est une autre! Près d’une année après la greffe, je peux sentir la forme de mes nouveaux poumons lorsque je tousse. C’est quelque chose d’étrange qui me rappelle à quel point je suis une miraculée. Mon corps a changé, mon esprit aussi.

    Une gratitude infinie

    Avant l’opération, je m’étais préparée au pire: mourir était une possibilité, je ne me voilais pas la face. J’avais même réussi à me convaincre que cela ne changerait pas grand-chose si je devais quitter la terre. Mais à présent, ma gratitude pour la personne qui m’a donné ses organes est infinie. Je ne connais pas son identité, mais l’unité qui s’occupe des transplantations m’a dit que je pouvais adresser une lettre à sa famille et qu’elle lui serait transmise. J’ai l’intention de le faire dans quelque temps, lorsque j’aurai trouvé les mots.

    Aujourd’hui, je ne vis plus de la même manière. Il y a un avant et un après. Les barrières qui existaient avant la greffe ont volé en éclats, car j’ai conscience que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain. Désormais, je suis davantage dans l’action, dans le concret. Ma passion pour la photographie ne cesse de croître et j’y consacre beaucoup d’énergie. J’assiste régulièrement à des workshops, des rencontres, et partage mes goûts avec des gens dont je me sens proche. Je rêve de devenir l’aventurière que je n’ai jamais osé être: partir pour de longs séjours à l’étranger et braquer mon objectif sur les merveilles de la nature, la faune et la flore. L’instant présent m’apparaît plus important que tout le reste. J’ai hâte de voir arriver le printemps et d’en profiter à 100%! Mais il me faut rester patiente car je suis encore en convalescence. Si les visites médicales se sont espacées ces derniers mois, je reste néanmoins en étroit contact avec l’hôpital pour des bilans réguliers.

    Le rire d’un enfant, le passage d’un chien

    Sur le passeport, j’ai 42 ans. Moi, j’ai l’impression d’être née une seconde fois le 31 décembre 2015. Je me sens différente des autres, certainement pas supérieure ou meilleure, mais différente, du fait de cette expérience. Lorsque je vais rendre visite à mes parents au Portugal, je constate que j’ai gagné en sagesse et en patience. Les angoisses de ma mère concernant ma santé m’atteignent moins, je suis plus douce, plus ouverte aux autres. Les petites choses du quotidien telles que le rire d’un enfant ou le passage d’un chien attirent mon attention, comme me touchent celles et ceux que je croise sur ma route. Evidemment, depuis l’annonce de la maladie, entre la période d’attente de mes nouveaux poumons et l’actuelle rémission, mon rythme de vie est un peu particulier. Etre à l’AI me laisse du temps pour récupérer et faire des activités enrichissantes, mais la présence des autres me manque parfois. Il m’arrive aussi de culpabiliser, en me disant que certains travaillent dur alors que moi je peux me reposer…

    Dernièrement, je suis partie quelques jours avec une amie dans un village portugais que j’aime beaucoup. Un soir, alors que nous sortions, nous avons constaté qu’une fenêtre ne fermait pas bien. Ni une ni deux, j’ai calé un jerrican d’eau pour coincer la vitre et donner ainsi l’impression depuis l’extérieur qu’elle était bien fermée. J’avais l’esprit tranquille et n’y ai plus repensé. Mon amie, elle, n’a pu s’empêcher d’évoquer son inquiétude à un moment de notre soirée: elle craignait un cambriolage. C’est à cet instant, à ce détail, que j’ai réalisé combien j’étais déconnectée des petits soucis matériels. J’aurais sans doute réagi différemment il y a encore un an…


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