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D’Odessa à Lausanne: une mère et sa fille créent leur école de danse

La passion du ballet dodessa a lausanne

«Tamara, ma petite-fille, a le sens du rythme. On lui passait beaucoup de musique et à peine a-t-elle commencé à marcher qu’elle pointait déjà avec ses pieds comme une ballerine!»

© DR

Quand je suis arrivée en Suisse, en l’an 2000, j’ai eu l’impression de retrouver un peu l’ex-URSS à l’époque où tout fonctionnait à la perfection. Bien sûr, le contexte économique n’était pas du tout pareil mais je retrouvais la même stabilité, des bus qui arrivent à l’heure, les salaires qui tombent à date fixe, le peu de criminalité… Cela m’a plu!

Je suis originaire de Dniepr, en Ukraine, et diplômée de l’Université du génie de la flotte marine d’Odessa, ingénieur en construction navale. Avec mon mari rencontré durant mes études, nous nous sommes installés en Asie centrale, au Turkménistan, car à l’époque nous pouvions travailler où nous voulions, l’URSS était un grand et unique pays. J’ai d’abord enseigné avant de créer une entreprise dans le commerce. Après l’explosion de l’URSS, cela a été le chaos. Je suis retournée en Ukraine où j’ai pu monter une nouvelle entreprise. En 1996, je me suis retrouvée veuve. J’avais une amie d’enfance qui vivait en Suisse, que nous visitions souvent pour les vacances. En 2000, j’ai décidé de venir m’installer ici, avec ma fille Irina qui avait 12 ans et qui ne parlait pas un mot de français. Elle a été scolarisée d’abord en classe d’accueil puis dans le cursus normal. Elle a suivi une voie artistique, comme décoratrice, puis comme graphiste. Aujourd’hui, nous sommes Suissesses et Vaudoises.

Le sens du rythme

J’ai toujours été amatrice d’art, et ma première activité en Suisse a été galeriste à Montreux, où j’exposais des artistes suisses, russes et ukrainiens. J’ai aussi toujours été fascinée par le ballet, que j’ai pratiqué enfant mais pas au niveau professionnel. Pour cela, j’aurais dû aller en internat, mais j’étais très attachée à ma famille, mes frères et sœurs, et je n’ai pas pu m’y résoudre.

Certains trouvent les spectacles de danse ennuyeux, moi je peux regarder du ballet pendant des heures sans me lasser!

Ma fille Irina aussi en a fait, mais sa carrière s’est arrêtée au moment des premiers spectacles, paralysée par la peur à l’idée de monter sur une scène, sous les projecteurs. Elle s’est tournée vers d’autres sports, notamment le trot. Sa fille Tamara, ma petite-fille, a le sens du rythme. On lui passait beaucoup de musique et à peine a-t-elle commencé à marcher qu’elle pointait déjà avec ses pieds comme une ballerine! Nous avons monté ce projet d’école de danse avec ma fille pour qu’elle puisse avoir un travail indépendant et s’occuper de sa petite. C’est elle qui est aux commandes, moi je suis là en soutien, mais je travaille à côté, comme traductrice pour Appartenances, une association qui aide les femmes migrantes.

La méthode russe Vaganova

Nous avons planché plus d’un an sur ce projet, j’ai fait un business plan, Irina a conçu la déco, le graphisme, nous avons beaucoup, beaucoup travaillé. Il y a eu des retards à cause du Covid et nous avons finalement inauguré notre école de ballet Excellence en mai dernier, dans le quartier de Montelly à Lausanne, dans le flambant neuf complexe immobilier Hill Valley. Les cours se mettent en place gentiment, ce n’est pas facile de trouver des professeurs, surtout que nous avons ouvert l’enseignement aux tout-petits, dès 2 ans. Selon la méthode russe Vaganova, réputée pour sa rigueur et son exigence, plus on commence tôt, plus on a des résultats. On met les petites filles très tôt sur les pointes.

Nous avons monté un collectif de profs aux parcours atypiques, à notre image, issu tant de Rudra Béjart que de la Royal Academy of Dance de Londres ou d’une école de cirque, que nous mettons en avant sur notre compte Instagram. Nous proposons donc des classes de ballet, mais aussi de danse du monde, modern jazz, danse contemporaine et classique selon plusieurs méthodes car nous croyons en la diversité: tous les corps peuvent faire de la danse. Nous surfons aussi sur la mode de la barre work-out, un entraînement qui promet d’obtenir un corps de ballerine, qui fait fureur notamment aux États-Unis.

Avec cette école, nous concilions nos rêves de petites filles, notre amour de l’art, l’envie de transmettre, y compris à ceux qui n’en ont pas les moyens.

L’éclatement de la guerre en Ukraine a été un choc pour nous, durant deux mois, je n’ai rien pu faire.

J’ai encore de la famille là-bas et c’est très angoissant. Je me suis mise à disposition comme interprète et cet été, nous avons offert des stages de danse aux enfants réfugiés, des filles mais également quelques garçons, grâce à l’aide de l’EVAM et de sponsors privés. À terme, nous aimerions aussi pouvoir accueillir des enfants d’ici issus de milieux défavorisés.

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