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Rencontre avec Reveka Papadopoulou, présidente de Médecins sans Frontières Suisse

Reveka Papadopoulos web Sandra pointet

«J’aurai bientôt passé un quart de siècle chez MSF et cette activité est devenue une façon de vivre, résume-t-elle. Je pense qu’au bout d’un certain temps, la possibilité d’améliorer l’existence d’une personne, ne serait-ce qu’un instant, devient presque addictive.»

© Sandra Pointet

Son actu

L’exposition La voix de mes blessures, qui parcourt pour l’heure la Suisse alémanique, éclaire les visages, les trajectoires et les histoires des migrants. En 2016, 40% des missions de MSF leur étaient destinées.

Ce qui la motive

«Le souvenir d’un petit garçon caribéen rencontré dans les années 90 alors que nous nous acharnions à lutter contre le virus du sida. Il s’appelait Ronnie. C’est à son visage que je pense lorsque j’ai besoin de retrouver de l’énergie.»

Son don inattendu

«Je possède une incroyable capacité à rire et à trouver le bon côté des choses, même dans les situations les plus terribles. Le plus souvent, je ris de moi-même!

Sur sa shamelist

«Je ne sais pas cuisiner! Ma fille vous le confirmera. Par contre, je prépare les meilleurs œufs frits au monde!»

«Je construis des écoles au Togo»

Portrait

Elle rentre à peine de Colombie, mais n’a pas le temps d’être fatiguée. Il y a quelques jours, elle était au Mexique, au nord du Nigéria, au Soudan du Sud… à l’écouter, on imagine sans peine que Reveka Papadopoulou a parcouru chaque recoin de la planète. Quand d’autres courent de réunion en réunion, la présidente de la section suisse de Médecins sans frontières (MSF) saute d’avion en avion.

Le terrain constitue le cœur de son métier, l’essence qui fait tourner la machine et donne tout son sens à la profession qu’elle exerce avec passion depuis vingt-quatre ans.

«J’aurai bientôt passé un quart de siècle chez MSF et cette activité est devenue une façon de vivre, résume-t-elle. Je pense qu’au bout d’un certain temps, la possibilité d’améliorer l’existence d’une personne, ne serait-ce qu’un instant, devient presque addictive. C’est un peu comme un virus. Je l’ai attrapé au tout début de ma carrière et il ne m’a plus quittée.»

«J'ai soigné des gens atteints du virus Ebola»

Sur les traces des réfugiés

Cette «maladie chronique», ainsi qu’elle désigne malicieusement sa vocation, l’a saisie dès l’année 1995, au moment où cette infirmière de formation quittait sa Grèce natale pour réaliser ses toutes premières missions humanitaires en Arménie, en Palestine et au Liberia. Bien qu’elle ait progressivement gravi les échelons administratifs de l’association, avant d’être élue présidente de MSF Suisse en mai 2017, Reveka ne s’est jamais éloignée très longtemps du terrain.

Sa connaissance de la géographie est impressionnante: c’est à se demander si elle ne possède pas une carte mentale du monde. Sa mémoire est parsemée d’images, de visages et d’histoires, dont elle parvient à retracer chaque détail. Pourtant vifs et rieurs, ses yeux ont été spectateurs d’une rudesse dévastatrice.

Au sommet de ses préoccupations actuelles, elle cite les millions de réfugiés, auxquels MSF consacre 40% de son action. Ayant secouru ces masses de voyageurs en détresse, sillonnant le Moyen-Orient, l’Afrique ou les Balkans, Reveka évoque surtout une écrasante majorité de femmes et d’enfants, que cette fuite désespérée expose à des risques immenses.

«Mais où sont les hommes?», lui demande-t-on. «Personne ne le sait», répond-elle calmement. La réalité est implacable.

«J'agis sur le terrain pour aider les migrants»

Le pouvoir de l’écoute

«Je me souviens très bien d’une jeune migrante, en Amérique centrale, qui saignait abondamment après avoir tenté de mettre fin à sa grossesse, raconte Reveka. Elle avait été victime d’un viol.» Le défi consiste évidemment à leur fournir des conditions médicales sûres, afin d’éviter que l’avortement, troisième cause de mortalité féminine dans le monde, ne mette leur vie en péril. Mais aux yeux de Reveka, l’action sur le terrain est loin de s’arrêter à l’apport des soins de base:

«Pour moi, prendre soin de ces personnes ne consiste pas seulement à leur fournir l’encadrement médical adéquat. Mes collègues et moi-même essayons de les accompagner et de les écouter. C’est le plus important.»

Pour communiquer avec eux, Reveka se tourne vers ses interprètes. «Je parle un peu toutes les langues sans vraiment les maîtriser, ajoute-t-elle. Mais, vous savez, le langage corporel suffit toujours à faire passer les messages essentiels. Une main sur l’épaule, un sourire… c’est tout ce qu’il faut.»

«L'humanité des réfugiés me bouleverse»

L’importance de la dignité

Ce constat lui rappelle une anecdote, puissante, qui l’a bouleversée. Dans un anglais ensoleillé d’accent grec, elle nous emmène en 2015, sur les petites îles méditerranéennes qui voient affluer des milliers de migrants exténués par le voyage.

«Cette île-là n’était qu’un simple rocher au cœur de l’archipel grec, mais 700 personnes y accostaient chaque jour, se souvient-elle. Une immense file d’attente s’était formée; les gens attendaient d’être enregistrés par les autorités. Il faisait chaud, ils étaient déshydratés. Je portais la veste blanche de MSF. Une femme s’est approchée de moi, apeurée. Elle ne m’a pas demandé de nourriture, ni d’eau, mais m’a suppliée de lui trouver des toilettes. Il n’y avait aucun coin discret, ni même un arbre à côté duquel elle aurait pu soulager ses besoins naturels. A ce moment-là, j’ai réalisé que protéger la dignité de ces personnes était tout aussi important que leur fournir des soins médicaux.»

Le souvenir d’une dame âgée qui, sur la même île, l’avait serrée dans ses bras, l’émeut. «Ce genre d’instant est infiniment précieux, estime-t-elle. Nous parlons de réfugiés en termes de nombre, mais nous oublions l’humanité. Il faut absolument parvenir à rester humains et à faire preuve de compassion; même lors des moments les plus difficiles que l’on puisse imaginer.»

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