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Bénévolat: Elle fait de la voile un sport inclusif

Elle fait de la voile un sport inclusif GUILLAUME PERRET

«Je m’aperçois que chacun et chacune trouve une forme de liberté, une fois sur le bateau. Puisque tous les voiliers sont identiques, tout le monde est à la même enseigne.» - Pascale Maurissen, bénévole pour Sailability

© GUILLAUME PERRET

J’ai toujours navigué. Mes parents se sont mis à la voile quand j’étais très petite et j’ai commencé vers l’âge de 5 ans, en Optimist sur le lac. Nous passions toutes nos vacances sur l’eau, que ce soit en Corse ou en Floride, voiles dressées et cheveux au vent. Je participais à beaucoup de régates avec mon papa et ce sport est devenu une véritable passion. Une fois adulte, j’ai déménagé à Zurich pour le travail et je ne pouvais plus naviguer autant qu’avant. Grâce à mon père, j’ai tout de même eu l’opportunité d’avoir un petit corsaire sur le lac, réhabilité et mis à neuf par ses soins: bref, la voile n’était jamais bien loin!

Ainsi, lorsque mon ami Jochi [l’athlète paralympique de ski alpin Joachim Röthlisberger, ndlr] m’a proposé de participer ensemble au Championnat de Suisse de Hansa 303-voile handicap, j’ai immédiatement accepté. Nous nous sommes rencontrés sur les pistes de ski et on s’entend vraiment très bien. Grâce à lui, j’ai été sensibilisée au fait qu’une action très simple peut s’avérer compliquée quand on a un handicap. Le voir aussi motivé pour faire de la compétition m’a donné très envie de naviguer avec lui: Jochi serait mon skipper! Il a donc contacté l’équipe de Sailability, validé notre inscription, et nous avons commencé les entraînements. Nous avons participé au championnat de Suisse en 2021, c’était une expérience inoubliable!

Retrouver la liberté

Peu de temps après, je me suis séparée de mon mari et j’ai retrouvé la ville de Neuchâtel, où j’ai grandi et pris tous mes cours de voile. J’avais envie de lancer un nouveau projet, quelque chose qui ait du sens et qui me permette de lier ma passion à un moyen d’aider autrui.

D’une façon ou d’une autre, nous sommes toutes et tous confrontés au handicap, même si on n’est pas directement concernés.

Avec cette idée en tête, je voulais monter un projet de A à Z, créer un réseau et retrouver des gens que j’avais perdus de vue, dans ma ville d’origine. En discutant avec les professionnels de Sailability, en Thurgovie, nous avons eu l’idée de créer une antenne romande. Très vite, nous avons transporté six bateaux de type Hansa 303 jusqu’au Cercle de la voile à Neuchâtel et organisé six week-ends, ainsi qu’une semaine de camp, pour démarrer. Petit à petit, des personnes se sont inscrites et certaines sont revenues plusieurs fois. Cela marche très bien, l’ambiance est très bonne et les rencontres humaines sont incroyables!

J’ai rencontré des personnes dont le handicap ne se voit pas du tout, comme des personnes en chaise roulante électrique. Les situations peuvent être très différentes, mais je m’aperçois que chacun et chacune trouve une forme de liberté, une fois sur le bateau. Puisque tous les voiliers sont identiques, tout le monde est à la même enseigne. C’est très inclusif et les dériveurs sont construits de façon à garantir une sécurité maximale: ils ne peuvent pas se retourner ni couler. Certaines personnes peuvent naviguer seules, d’autres sont toujours accompagnées, mais je crois que cette activité leur permet de trouver une indépendance qu’ils et elles ne vivent pas forcément à terre: car lorsqu’on a un handicap, la plus simple activité quotidienne peut nécessiter de demander de l’aide. Sur l’eau, on ne dépend que du vent et tout le monde en dépend de la même façon.

Le cœur qui parle

Les week-ends se déroulent toujours de cette manière: on se retrouve le matin pour gréer les bateaux, installer le mât et la voile. Les pros de Sailability sont toujours présents, ainsi que deux civilistes et des bénévoles. On met ensuite les bateaux à l’eau, avant de partir naviguer jusqu’au repas de midi. Après le déjeuner, on repart pour une deuxième session!

Lorsqu’il s’agit de travailler avec des personnes en situation de handicap, c’est beaucoup le cœur qui parle. J’ai été très impressionnée par la diversité des corps. Par exemple, quand il faut porter une femme pour l’emmener de son fauteuil jusqu’au bateau, on entre en contact avec un corps peut-être plus maigre, une poitrine, des membres qui ne se plient pas… On entre vite dans l’intimité des gens, mais avec le temps, on apprend à comprendre et à écouter leurs besoins. Je me suis aussi rendu compte que la dynamique de groupe est vraiment identique, peu importent les différences des gens: parmi les personnes participantes, il y en a toujours une qui fait rire tout le monde, un qui se montre timide et une autre qui arrive en retard…

Cela montre juste que ces personnes sont comme vous et moi et que tout le monde a ses différences.

Faire d’une différence une force

Ce week-end par exemple, j’étais sur l’eau avec une jeune femme qui était très embêtée par le vent qui soufflait dans ses oreilles. Cela la dérangeait beaucoup, mais au fur et à mesure, cette sensibilité est devenue un véritable atout: elle sentait incroyablement bien la direction du vent et pouvait dire au degré près d’où il venait. Ce qui la dérange souvent sur la terre ferme est devenu une force sur le bateau.

C’est pour ce genre de moment que j’aime tant cette activité bénévole, que je pratique durant mon temps libre. Je le fais pour le plaisir de partager ma passion, d’expliquer les techniques de la voile à des personnes qui les ressentent différemment que moi. C’est un projet très enrichissant, j’ai appris tellement de choses depuis ce printemps! À l’avenir, en plus de ce que nous avons mis en place cette année, nous espérons pouvoir proposer des cours hebdomadaires et un camp estival pour les enfants. En 2023, l’idée serait aussi d’organiser une Coupe de Suisse. J’aimerais tellement réussir à gagner le pari de l’intégration, de voir des enfants navigant en Laser [un voilier solitaire] s’entraîner avec des enfants en Hansa [les voiliers accessibles]. Ça, ce serait vraiment génial.

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