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«Centenaire, j’ai consacré ma vie à ma passion»

«Centenaire, j’ai consacré ma vie à ma passion»

«Je me suis toujours démenée pour parler de cette magnifique langue autour de moi, aussi souvent que possible.»

© Corinne Sporrer

Je suis née le 15 août 1919, dans la commune d’Échandens, près de Lausanne. Cet été, j’ai fêté mon 100e anniversaire. Franchement, je n’avais jamais pensé arriver un jour à cet âge-là. Je me souviens que mon mari Jacques disait toujours qu’il n’était pas agréable de vieillir, mais moi je ne suis pas d’accord avec lui. J’ai trouvé cette expérience très intéressante! Et aujourd’hui, je suis surnommée «la centenaire de la Rozavère» (ndlr: l’EMS lausannois où Lucienne est installée)!

Toute ma vie, je l’ai consacrée à l’espéranto. Cette langue m’a plu dès que je l’ai découverte. Elle est belle et elle vous ouvre les portes du monde.

Il ne m’est pas toujours facile de me souvenir de toutes mes histoires – je crois que je deviens un peu brumeuse –, mais je me rappelle bien du jour où j’ai découvert l’espéranto. Je vivais à Corcelles-près-Payerne et j’étais alors mère au foyer. J’avais une jeune cousine qui me rendait souvent visite à la maison en entrant par les portes du jardin. Un jour, elle m’a lancé par la fenêtre un livre usagé, tout biscornu. Elle m’a dit que ça m’intéresserait sûrement. Le bouquin venait de Moscou et avait été écrit en espéranto par un auteur juif. Je n’étais pas particulièrement intéressée par le sujet de l’ouvrage, qui traitait du régime communiste en Russie, mais je me souviens avoir essayé de comprendre l’un des textes figurant au début du livre. Je ne sais pas comment ma cousine a pu deviner que ça me plairait autant! Peut-être que c’était le destin.

Curieuse, je me suis empressée de téléphoner à la Société lausannoise d’espéranto, en leur annonçant que je souhaitais apprendre à parler cette langue. Je n’ai pas hésité à m’inscrire aux leçons et peu de temps après, je me retrouvais dans une salle de cours. J’étais la seule élève! Je me souviens que le président de l’association, à l’époque, était très intéressé par les voyages internationaux que permet l’espéranto. Moi, c’est surtout la langue qui m’intéressait et depuis ce jour-là, je l’ai toujours parlée. Regardez, mon fidèle dictionnaire est posé là, juste à côté de moi! Vous pouvez bien sûr le feuilleter, mais attention, il est un peu lourd.

Naissance d’une passion

J’ai toujours eu de la facilité à apprendre les langues. Je me souviens qu’à l’école déjà, j’aimais beaucoup l’allemand. En plus, j’ai toujours été bavarde! Avant la naissance de mes enfants, j’étais institutrice dans l’école du village, donc une fois l’espéranto appris, j’ai souhaité l’enseigner aux autres. J’ai longtemps donné des cours à la Maison du peuple de Lausanne, qui se trouvait alors à Chauderon. Mes cours et séminaires m’ont aussi portée jusqu’à La Chaux-de-Fonds, capitale de l’espéranto, et dans d’autres villes suisses, ainsi qu’en France. Durant l’été, j’organisais des cours destinés aux enfants avec un autre espérantophone lausannois, dans le cadre du Passeport Vacances. Je me souviens que deux petites filles sont même revenues deux années de suite, tant elles ont aimé!

Les groupes d’élèves que je suivais n’étaient jamais très nombreux, mais j’adorais leur apprendre l’espéranto. Je l’ai enseignée durant près de soixante ans. Les ouvrages de cours, dont le petit rose destiné aux débutants, sont toujours là, rangés dans ma bibliothèque.

Il y a peu, j’ai pu apprendre quelques notions d’espéranto à une dame qui travaillait ici, mais malheureusement, elle a changé de lieu d’emploi avant d’avoir eu le temps de retenir beaucoup de mots. Je crois qu’au final, elle savait dire chat et chien, mais c’est tout. Je peux vous apprendre, si vous le souhaitez! Prenons les familles de chats par exemple. Le chat c’est kato, la chatte c’est katino et le chaton femelle, c’est katinido. C’est comme ça qu’il faut procéder: on apprend les mots par familles. J’adore les chats, je laisse toujours une chaussure dans l’entrebâillement de la porte, afin que le chat de la maison puisse entrer me rendre visite.

De mère en fille

L’espéranto m’a permis de faire de belles rencontres, ainsi que plusieurs voyages, dont un séjour en Tchécoslovaquie, en juillet 1958, accompagnée de mon mari. J’aurais vraiment dû noter tous ces souvenirs, afin de pouvoir me remémorer plus facilement ces moments. Aujourd’hui, je ne parle plus très souvent l’espéranto. L’une de mes amies, Françoise, est également très douée et il nous arrivait souvent de discuter ensemble dans cette langue. Mais nous nous sommes tellement habituées à parler français qu’il n’est pas facile de changer lorsque nous conversons. En revanche, je l’utilise encore pour écrire du courrier. J’ai eu de nombreux correspondants espérantophones, dont un Brésilien, et j’échange toujours des lettres avec un ami Chinois. D’ailleurs, il va falloir que je lui écrive bientôt, car il risque de se demander s’il ne m’est pas arrivé quelque chose!

Auparavant, j’entretenais également une correspondance avec des Tchécoslovaques, alors que leur pays était occupé par les Russes. Je crois que ces lettres se trouvent encore quelque part chez ma fille, Jacqueline.

D’ailleurs, cette dernière parle très bien l’espéranto. Je le lui ai appris, lorsqu’elle était petite. Un jour, nous l’avons inscrite à un camp de ski organisé par l’Ecole de langues espéranto de La Chaux-de-Fonds et lorsqu’elle est rentrée, au bout d’une semaine seulement, elle nous a raconté qu’elle avait même commencé à rêver en espéranto!

Je me suis toujours démenée pour parler de cette magnifique langue autour de moi, aussi souvent que possible. Certaines personnes ne savent même pas qu’elle existe ou pensent qu’elle s’essouffle, alors que c’est tout le contraire. J’aurais bien aimé apprendre davantage de mots en espéranto à la dame qui travaillait ici il y a quelque temps. C’est un peu dommage qu’elle soit partie, car cette langue vaut tellement la peine d’être apprise!

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