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«À 20 ans, je suis devenue sapeur-pompier»

Sapeur pompier jehane

Durant mon enfance et mon adolescence, j’ai étanché cette soif grâce au sport, du foot au judo, parfois jusqu’à trois activités par semaine! Il y avait aussi ces parcours en mode commando que je faisais avec mon père vers 9 ou 10 ans. Dès ma majorité, j’ai commencé à me renseigner pour savoir quels chemins je devais suivre pour accéder à un métier comme j’en rêvais.

© Noura Gauper

Je me rappelle parfaitement de cette soirée, lorsqu’on m’a appelée pour mon premier feu; parce que j’allais l’affronter pour la première fois et aussi parce qu’une situation particulièrement tendue m’attendait. Un camion brûlait sous le préau d’un entrepôt abritant des produits potentiellement explosifs. On a appris que le véhicule lui-même en contenait; du coup, d’une seconde à l’autre, tout ça pouvait dégénérer. Je mettais en place le conduit d’intervention pour les pompiers allant au contact du feu.

Le brasier était tellement infernal qu’un collègue a dû être évacué à cause d’un coup de chaud. Je ne pensais pas vivre un baptême aussi impressionnant, mais c’est ça être pompier: chaque intervention est différente de la précédente. Lorsqu’on monte dans le camion, on est tous gorgés d’adrénaline. On sait que quelque chose de spécial nous attend.

Toute petite déjà, je rêvais d’exercer un métier qui me rendrait utile, qui me permettrait de venir quotidiennement en aide aux gens, si possible en uniforme. Je voulais être policière, ou sapeur-pompier, comme mon papa, qui travaillait alors à Paris. J’aimais l’action, le mouvement, l’entraînement, dépasser mes limites. Tandis que ma sœur était plus posée, j’étais clairement à classer dans la catégorie garçon manqué, façon hyperactive.

L'engagement comme idéal

Durant mon enfance et mon adolescence, j’ai étanché cette soif grâce au sport, du foot au judo, parfois jusqu’à trois activités par semaine! Il y avait aussi ces parcours en mode commando que je faisais avec mon père vers 9 ou 10 ans. Dès ma majorité, j’ai commencé à me renseigner pour savoir quels chemins je devais suivre pour accéder à un métier comme j’en rêvais.


La première étape, essentielle pour moi, fut de faire mon service militaire, un passage non obligatoire mais qui me tenait à cœur. Cet univers m’intéressait beaucoup, avec son esprit collectif, sa discipline, son souci de l’autre. Reste que devenir militaire en Suisse semblait offrir des missions limitées en termes d’actions et d’engagements, contrairement à d’autres pays.

La carrière de policière me tentait, sauf qu’avec mon petit gabarit d’à peine 1,60 m et mon visage juvénile, je me disais que je ne serais pas vraiment prise au sérieux dans des situations de confrontation. Ce sont finalement les missions des sapeurs-pompiers qui ont revêtu le plus de sens à mes yeux, d’autant plus que dans ce milieu, me disais-je, mon physique poserait moins problème.

Action et vie de famille

En 2013, je me suis inscrite à l’école de recrues, qui dure une année, avant d’intégrer le DAP, le Détachement d’appui, à Denges, qui est en quelque sorte le premier niveau avant le DPS, le Détachement de premier secours, composé de personnes aguerries, porteuses notamment des appareils respiratoires pesant entre 15 et 20 kilos. Cet engagement n’a pas soulevé d’objection chez mes proches, mais chez d’autres personnes, il y a parfois eu de l’étonnement de voir une femme mener une telle activité.

Il faut reconnaître que l’univers est fortement masculinisé. On était quatre femmes sur environ trente pompiers dans ma caserne. Au sein du Service incendie et secours du Morget, dont je faisais partie et qui est actif sur 29 communes autour de Morges, le ratio féminin est faible. J’imagine que les discours qu’on entend souvent sur ce qu’une femme est capable ou non de faire ont une certaine responsabilité dans ces chiffres. Or, une personne qui a la motivation, femme ou homme, pourra réussir de la même manière.

Sur le terrain en pleine nuit

Évidemment, cet engagement se ressent dans l’agenda. N’étant pas pompier professionnel, il a fallu concilier cette passion, ses horaires, son imprévisibilité, avec mon métier de secrétaire comptable et aussi avec ma vie de famille. J’ai donné naissance à ma fille à 21 ans et, bien sûr, ce n’est pas tous les jours aisé de s’occuper d’un bébé lorsqu’on peut vous appeler en plein milieu de la nuit pour une intervention. Sans oublier les exercices, qui peuvent se cumuler dans la semaine, et la formation continue qui requiert de prendre congé.

Avec quatre semaines de vacances, un job et un enfant, ça devient vite acrobatique à gérer pour toute femme, qui s’occupe en général d’un peu plus de choses à la maison. Mon ex-mari était lui aussi pompier, officier au DPS, et, par chance, il comprenait bien les contraintes inhérentes à mon activité. Il partait un peu plus fréquemment que moi en intervention, du fait de son grade plus élevé. Je ne lui en voulais pas, je l’enviais plutôt. J’aurais souhaité pouvoir être impliquée et aider davantage. Par ailleurs, en cas de mobilisation des deux en soirée ou la nuit, je pouvais confier ma fille à mes parents ou à ma sœur, qui habitent le même village.

Un mari au milieu des flammes

Au fil des ans, elle a d’ailleurs été de plus en plus partie prenante de notre vie de pompier, au point de faire ses premiers pas à la caserne. Elle a toujours vu papa et maman en uniforme et je crois, maintenant qu’elle est en âge de comprendre ce que nous faisons, qu’elle est fière de voir ses parents aider les gens. J’imagine aussi que ça ne doit pas être facile de les voir partir en intervention avec le lot de dangers qui guettent.

Moi-même je connais ce sentiment d’avoir peur pour la personne qu’on aime. Sur le terrain, on se préoccupe les uns des autres mais, évidemment, lorsque c’est votre mari qui est quelque part dans le brasier, on n’en mène pas large. Je me rappelle notamment d’une maison villageoise qui brûlait à Echandens. Le sol s’effondrait et à chaque pas tout pouvait partir sous lui. Moi, j’étais en soutien, dehors, c’était vraiment crispant.

Avec le papa de ma fille, nous sommes aujourd’hui séparés et j’ai envie de suivre de nouveaux chemins. Peut-être que l’engagement en tant que volontaire mené parallèlement à un métier alimentaire ne me convient plus. J’aimerais enfin pouvoir faire un job qui fusionne les deux. Devenir ambulancière, ce pourrait être mon prochain projet.

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