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Le déconfinement vous angoisse? Pas de panique, c'est normal!

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«Le flou, l’incertitude, les nouvelles mesures à respecter... Autant de comportements à adapter. Ces ajustements peuvent susciter de l’angoisse. Nous devons nous familiariser à d’autres façons de vivre, de se déplacer, d’interagir et les intégrer progressivement. Et là il peut valoir la peine de prendre le temps pour s’adapter à toutes ces nouvelles données.» - Paul Jenny, psychologue et psychothérapeute FSP.

© Getty Images

Les portes se sont ouvertes, les rues reprennent vie et, à l'instar des premières fleurs printanières, nous réapparaissons au grand jour, sous une lumière presque aveuglante. Le train se remet en marche, les terrasses accueillent des individus fraîchement déconfinés qu'elles se font un plaisir d'arroser de soleil. Ce moment, nous l'attendions depuis des semaines, persuadés d'emblée qu'il nous ferait l'effet d'une libération. Mais à présent qu'il est arrivé, nous ne le vivons pas tous de la même manière:

«Je sais que je devrais être contente et soulagée, mais je me sens quand même un peu perdue, avoue Sarah, 30 ans. Pendant le confinement, j'étais passée en mode "survie", j'étais concentrée sur le moment présent. Mais maintenant qu'un semblant de "normalité" est revenu, c'est comme si j'avais relâché la pression pour enfin réaliser l'ampleur de la chose. Je me rends compte que la situation est bien différente qu'auparavant, que plein de choses vont encore changer, et j'ai du mal à m'y faire.»

Sarah n'est pas la seule. Depuis quelques jours, on entend sans cesse parler du fameux «syndrome de la cabane», soit la peur de reprendre nos activités extérieures après une longue interruption. Inquiétude, angoisse, stress, doutes, incertitudes... le pèle-mêle d'émotions que certains ressentent depuis le 11 mai peut s'apparenter à un véritable contrecoup. Et il ne se limite pas forcément à la peur d'attraper le virus, en reprenant certaines de nos activités.

Pas tous égaux face à la crise

Rappelons toutefois que nous n'avons pas tous vécu le confinement de la même manière, ainsi que l'indique la psychologue FSP et coach professionnelle Jennifer Picci: «Il faut faire attention avec cette glorification du confinement, analyste-t-elle. Tout dépend évidemment de notre situation psycho-sociale et financière. Certains ont eu la chance d'être confinés dans une maison, avec jardin ou balcon, tandis que d'autres devaient s'agglutiner dans des petits espaces ou gérer des relations très compliquées sans possibilité d'échappatoire. Pensons également aux parents complètement épuisés.»

Cela dit, les spécialistes remarquent tout de même une montée d'angoisse chez certains patients dont le confinement s'est déroulé dans un cadre serein et sûr. Nous leur avons demandé des explications.

Pourquoi je me sens comme ça?

Un peu de désillusion

Si, comme Sarah, vous étiez passée en «mode survie» ces dernières semaines, il peut être pénible de réaliser que la «normalité» ne vous attendait finalement pas au bout du tunnel que vous visualisiez. «Le déconfinement n’est qu’un concept et il n'est pas plus évident à cerner que celui du confinement, dans la mesure où ces dispositions restent très inhabituelles dans nos modes de vie, estime le psychologue et psychothérapeute FSP Paul Jenny.

Pour mieux cerner cette nouvelle réalité et ainsi traverser l’angoisse, nous avons besoin d’agir. Et pour ce faire, nous nous référons à des codes. Mais ceux-ci sont réajustés et modulés en fonction des dispositions de santé publique en vigueur. Rien ne montre un chemin qui soit tout tracé: chacun doit trouver ses repères selon les injonctions transmises. Cette navigation à vue peut nous angoisser, car il est difficile d’anticiper et de prévoir nos modes de vie ces prochains mois.»

United Nations Covid Response / Unsplash

S'adapter... encore une fois!

Qui dit nouvelle réalité dit... nouvelles habitudes! Depuis que nous sommes hauts comme trois pommes, on nous répète que l'être humain est un pro de l'adaptation. Et on va finir par devenir des exemples vivants, à force de réajuster nos routines de cette façon! Or, cela demande tout de même pas mal d'énergie, ainsi que le confirme notre expert:

«Le flou, l’incertitude quant aux modes de contamination, les gestes barrières à adopter, les distances à tenir... Autant de comportements à adapter. Ces ajustements peuvent susciter de l’angoisse. Nous devons nous familiariser à d’autres façons de vivre, de se déplacer, d’interagir et les intégrer progressivement. Et là il peut valoir la peine de prendre le temps pour s’adapter à toutes ces nouvelles données.»

Regretter notre bulle de sérénité

Grâce au télétravail, de nombreuses personnes ont vu leur dose de temps libre augmenter durant le confinement: dispensées des longs trajets jusqu'au bureau, elles pouvaient soudainement s'octroyer des moments de loisirs, des après-midis en famille, des temps de pause. Pas étonnant qu'une reprise du rythme «normal» les effraie, alors qu'elles viennent tout juste de réaliser à quel point leur vie était effrénée avant la crise. «Le confinement m'a épargné trois heures de trajet chaque jour, raconte Lucile, 37 ans. Je pouvais faire ce que je souhaitais de ces débuts de soirée que j'avais l'habitude de passer dans le train. J'aimerais beaucoup ne pas redevenir un zombie qui passe toutes ces heures dans les transports...»

Et Lucile n'est pas la seule: «Certains adultes quittent un temps un peu magique, pour revenir dans une vie plus aride avec plus de contraintes, explique Edith Lévy, psychologue FSP spécialiste en psychothérapie. On réalise qu'il est bon de vivre dans son propre rythme et que la liberté était plus grande. Pour les gens qui n’ont pas été malades et qui ont vécu cette période sans problème majeur, j'ai l'impression que le changement de rythme a été bénéfique.

Je constate une nostalgie de revenir à la vie normale, de quitter cette parenthèse enchantée sans savoir ce qui nous attend.»

Le besoin de changement post-confinement

Nous ne gérons pas tous l'incertitude de la même manière. Ainsi que nous l'a expliqué Paul Jenny plus haut, le cerveau humain a besoin d'agir selon des codes fixes, d'anticiper une bonne stratégie d'action. Mais cela est évidemment difficile, voire impossible, en ce moment.

Pour Jennifer Picci, le confinement a mené beaucoup de personnes à réaliser que quelque chose devait changer dans leur vie: «Que ce soit du côté de l’intensité du rythme professionnel ou au niveau de la vie privée, certains ont perdu leurs repères ces dernières années, remarque-t-elle. Cette période a pu être décisive sur de nombreux points, entre prise de conscience de ce qui est réellement important et sentiment de vulnérabilité ou d'impuissance. Elle nous a confrontés à certains aspects de notre réalité et nous a réconciliés avec d'autres.» Et désormais que la situation de crise est levée, certains se retrouvent face à leurs prises de conscience, ne savent pas s'ils pourront les mettre en pratique ou si la routine d'avant reprendra le dessus. Cela peut nous infliger une pression supplémentaire.

Que faire pour me sentir mieux?

Accepter la situation

«On s’habitue à tout, nous rassure Paul Jenny. Dans l’urgence d’abord, nos comportements se modifient. Puis, dans un deuxième temps c’est notre cerveau qui doit peu à peu intégrer les changements qui ont déjà eu lieu.» Pour le psychologue, dans le cas de figure actuel, il est préférable d'accepter la situation, en cherchant par exemple à en identifier les bénéfices et les inconvénients, en les notant simplement comme des faits.

«Ensuite, on peut se demander comment nous pouvons nous relier à ce qui est significatif pour nous-mêmes, poursuit-il. Comment se relier aux autres? Comment poursuivre mes projets? Il peut s’avérer utile de déterminer ce que l’on peut attendre de notre vie de façon réaliste en ce moment. Faisons des projets, mais rappelons-nous qu'il est toujours mieux que notre anticipation du futur mène à de la satisfaction plutôt qu’à de la déception.»

United Nations Covid Response / Unsplas

Identifier nos marges de manœuvre

Jennifer Picci acquiesce. Pour elle, il est également utile de réaliser que nous avons du contrôle sur très peu de choses (et cela valait aussi avant l'apparition du virus!):

«Le sentiment de contrôle est une illusion rassurante, indique-t-elle. Et nous pouvons en exercer sur trois choses seulement: nos pensées, nos actions et les éléments sur lesquels nous choisissons de placer notre attention.» Bien sûr, ces trois points peuvent être difficiles à maîtriser: «Naturellement, nous préférons toujours éviter l'inconfort en fuyant ou en nous tournant vers une activité simple, comme regarder une série, poursuit la psychologue. Mais même en faisant cela, une partie de notre cerveau continuera de ruminer et l'anxiété se manifestera quand même. Dès qu'on laisse le mental explorer des pensées tournées vers un futur qu'on ne peut anticiper ni contrôler, ou ressasser des événements du passé qu'on ne peut changer, c'est là qu'on laisse la porte ouverte à l'angoisse.»

Pour éviter cela, l'experte conseille de s'entraîner à pratiquer la pleine conscience et de se répéter cette phrase importante: «Je ne suis pas obligée de croire tout ce que mon cerveau me dit.» À méditer (littéralement)!

Cultiver la sérénité au quotidien

Edith Lévy ajoute qu'il est important de conserver certaines habitudes acquises durant le confinement: «Si possible, je conseillerais de continuer à pratiquer de la cohérence cardiaque, à prendre le temps de vivre, à préparer un bon petit-déjeuner le matin, souligne-t-elle. Ces choses que nous pouvons être tristes de lâcher. J'ai aussi entendu certains patients me dire qu'ils prévoyaient d'organiser des "weekends de confinement" durant lesquels ils resteraient simplement à la maison.»

Qu'on soit heureux ou non de sortir de notre cabane, les experts concluent: il faut s'accorder le temps de s'acclimater à cette nouvelle situation, ne pas être trop sévère avec soi-même et accueillir nos émotions telles qu'elles viennent. Courage!

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