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Écouter son corps pour comprendre ses émotions

Psycho EEcouter son corps pour comprendre ses émotions

«Notre culture est profondément ancrée sur la pensée mais insuffisamment sur l’émotion et le corps. Faire une activité physique, même si c’est bon pour la santé, ce n’est pas du tout la même chose que de se laisser éprouver corporellement par des situations», explique Catherine Aimelet-Périssol, psychothérapeute.

© VisualSpectrum / stocksy

«À chaque fois que mes enfants me demandaient ce qu’on mangeait à midi alors qu’ils venaient de sortir du lit, je montais les tours, raconte Amélie, maman de deux fillettes de 4 et 6 ans. L’expérience de la vie confinée ces derniers mois a révélé des comportements que je n’avais pas avant, alors que j’avais tout autant de pressions.» De nouvelles réactions plutôt contre-productives qui ont poussé la jeune femme à se mettre à la méditation. «C’était ça ou je claquais la porte de la maison. Me retrouver seule, assise pendant trente minutes dans le silence complet, ça m’a permis de mieux comprendre pourquoi je réagissais si fortement au niveau émotionnel. Quand je repensais à la situation du matin, je ressentais mon énervement dans la rigidité de mes épaules.» Car il y a bien une logique à nos émotions, et elle passerait par le corps qu’il faut apprendre à écouter. À chacun d’en trouver la grammaire et le vocabulaire. C’est en tout cas ce concept de la «logique émotionnelle» que propose de décoder le livre de Clothilde Marciano et Maïté Pecqueur, La vie secrète des émotions (Ed. Eyrolles). Explications en 4 points.

1. Faire un pas de côté

Préalable à une meilleure écoute de son corps et de ses émotions: lever le pied. «S’il y a une urgence, c’est de ralentir, souligne Clothilde Marciano, maître praticien PNL et coach. Faire un pas de côté permet de se poser la question du besoin à satisfaire qui pousse à la réactivité et de voir ce qui se joue en nous.» Forcément, les derniers mois passés en confinement ont un peu chamboulé nos habitudes, voire nos comportements, et on pourrait se dire qu’on a été plus enclin à s’écouter, corps et âme. Pour la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol, qui travaille sur ce processus depuis plus de trente ans, la situation a donné l’occasion à certains de se rendre compte de leur état émotionnel:

«La consigne de rester à la maison a permis aux gens d’entrer en contact avec la présence de manifestations émotionnelles qui étaient maquillées ou plus ou moins contrôlées par des habitudes comportementales.»

Sans pouvoir forcément savoir que faire de ces manifestations, selon la spécialiste. «Ça raconte à quel point nous ne sommes pas familiarisés du tout avec ce processus émotionnel pourtant indispensable. Il faut porter une attention à ce qu’on sent, à comment le corps entre en relation avec la situation, à quel comportement on adopte ou quelle est la qualité de ses pensées.» Et puisqu’on a été contraints à faire un pas de côté, autant l’optimiser.

2. Entrer en connivence avec son corps

Pour comprendre la grammaire de ses émotions et leur logique, il faut utiliser son corps. Mais pas comme une machine que l’on pousserait à la performance, plutôt comme un outil complice, révélateur de notre état intérieur. On oublie la course pour se déconnecter ou les postures de yoga pour mieux respirer. Le but, c’est de ne rien faire. Et en silence. «Notre culture est profondément ancrée sur la pensée, mais insuffisamment sur l’émotion et le corps. Faire une activité physique, même si c’est bon pour la santé, ce n’est pas du tout la même chose que de se laisser éprouver corporellement par des situations, explique Catherine Aimelet-Périssol. Durant cette période qui pourrait être assimilée à ce qui se passe quand on se pose en méditation, beaucoup ont été étonnés de découvrir à quel point leur silence et leur immobilité leur permettent de rencontrer un état d’agitation ou des pensées qui partent dans tous les sens…»

3. Explorer ses sensations

La bonne nouvelle, c’est qu’avec un peu d’entraînement, et une pointe de motivation, on peut comprendre pourquoi on a telle réaction en fonction d’une phrase qu’on nous dit, comme l’explique Maïté Pecqueur, qui anime des stages d’intelligence émotionnelle et relationnelle depuis quinze ans: «On peut par exemple avoir des petites palpitations, quelque chose qui se serre au niveau du ventre ou de la gorge, ou au contraire se sentir totalement détendu. Il faut utiliser ces sensations pour identifier quel déclencheur correspond à telle situation.» Ce qui permet non pas de contrôler, mais d’optimiser ses émotions et les comportements liés, une fois qu’on est devenu plus agile pour les décoder.

«Si l’on sait repérer les premiers signaux de l’émotion, il devient possible d’agir: identifier la nécessité d’une liberté de mouvement ou de pensée, par exemple, permet d’éviter d’envoyer balader tout le monde. On peut faire une petite pause, expirer et juste dire: excuse-moi, je vais revenir dans 5 minutes mais là je ne suis pas complètement disponible», continue Clothilde Marciano.

Un entraînement qui peut aussi se faire à retardement, à l’instar d’Amélie, qui a attendu plusieurs semaines avant de revenir sur ce qui la poussait à sortir de ses gonds à répétition face à ses deux enfants. «Réfléchir à ce qu’on aurait pu faire même si sur le moment on ne l’a pas fait, c’est se familiariser avec ces informations données par le corps. Cela permet de développer son agilité émotionnelle, d’apprivoiser ses émotions et de savoir les écouter», conclut Maïté Pecqueur.

4. S'entraîner, seul ou accompagné

Si le temps long du confinement a permis de faire un pas de côté nécessaire à plus d’écoute intérieure, voire de donner envie de changement d’habitudes et de comportements plus profonds, la reprise d’un rythme normal pourrait tuer dans l’œuf cette motivation nouvelle. «Je prévois de me réserver mes trente minutes de méditation, que j’ai déjà réduites à quinze, quand je reprendrai le boulot», confie Amélie, un brin pessimiste. Une question de temps, et de ressource, en plus de contexte favorable, selon Robert A. Richardson, psychologue spécialiste en psychothérapie FSP et formé en thérapie centrée sur les émotions (TCE):

«Lorsqu’on replonge dans le quotidien, parfois les désirs de changement peuvent rester bien rangés dans un tiroir. Si on se dit qu’on va essayer d’être plus attentif à ses émotions ou aux besoins essentiels qui sont ressortis durant le confinement, cela demande de se ménager du temps de présence à soi-même.»

Et s’il y a des gens qui sont naturellement doués pour être connectés à leurs émotions primaires, pour d’autres, il faut un petit coup de pouce. «Pour les personnes qui se sentent enlisées dans des états de colère ou de tristesse, la thérapie sert à débloquer ces situations-là, à reconnecter les gens à leurs émotions et besoins primaires, continue le psychologue, consulter un professionnel permet d'instituer un temps pour soi qu'il est parfois difficile d'organiser seul face au flot du quotidien.»

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