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Véronique Polito: «La prise de conscience des inégalités entre les sexes est contagieuse»

Veronique polito la prise de conscience des inegalites entre les sexes est contagieuse MARTIAL TREZZINI KEYSTONE

«Il y a un changement d’attitude chez les femmes qui s’est renforcé avec la grève des femmes en 2019, un mouvement de masse qui a contribué à une prise de conscience pour défendre et obtenir des droits.» - Véronique Polito

© MARTIAL TREZZINI/KEYSTONE

FEMINA Le Forum de Caritas qui s’est tenu début avril à Berne a souligné le fait que les femmes étaient plus exposées que les hommes à la pauvreté en Suisse. Quels sont les moyens d’y remédier selon vous?
Véronique Polito
Si on pouvait déjà éradiquer les discriminations salariales, ça serait déjà un pas énorme. Mais on n’en fait pas assez en la matière. Nous demandons des contrôles obligatoires dans toutes les entreprises, et surtout une obligation de correction des inégalités salariales et des sanctions en cas d’abus. On a fait quelques avancées en matière de contrôle avec la nouvelle loi sur l’égalité, mais c’est une loi provisoire et qui n’implique aucune obligation de correction, ce qui est une aberration. On pourrait aussi revaloriser les professions féminines et travailler sur une meilleure répartition du travail non rémunéré, notamment la prise en charge des enfants et celle des parents âgés, qui va devenir de plus en plus importante.

Qu’est-ce qui a changé dans la prise en compte des particularités du salariat féminin aujourd’hui?
Il y a un changement d’attitude chez les femmes qui s’est renforcé avec la grève des femmes en 2019, un mouvement de masse qui a contribué à une prise de conscience pour défendre et obtenir des droits. D’ailleurs toujours plus de femmes adhèrent au syndicat. Du fait de savoir qu’on les soutient de manière compétente, elles se sentent moins à la merci de leurs chefs. Le harcèlement sexuel est par exemple une thématique mise sur la table et les femmes revendiquent des mesures notamment dans l’hôtellerie et la restauration.

La prise de conscience des inégalités entre les sexes semble être plus forte chez les jeunes générations, mais c’est contagieux. Les plus mûres sont aussi plus revendicatrices.

Comment améliorer la prévoyance vieillesse des femmes?
Le gros problème de la prévoyance vieillesse, c’est le 2e pilier, qui est discriminant pour les femmes car il a été conçu pour des personnes – des hommes principalement – qui travaillent toute leur vie à 100% et ont un seul emploi. Ce n’est pas un modèle qui correspond à la réalité des femmes. Les rentes du 2e pilier chez les femmes sont bien moins élevées que pour les hommes, et on compte un tiers de femmes sans 2e pilier. Pour améliorer la prévoyance vieillesse des femmes, le meilleur outil est de renforcer l’AVS pour compenser ce déséquilibre du 2e pilier.

En matière de retraite, le référendum est lancé. Pourquoi?
On a lancé le référendum contre AVS 21, car le problème est qu’au lieu de renforcer l’AVS à l’avantage des femmes, on a plutôt tendance à la démanteler, avec une première étape qui consiste à relever l’âge de la retraite des femmes. Cette réforme va se faire sur leur dos: elle signifie en moyenne 1200 fr. de retraite en moins pour les femmes.

En automne, vous demandiez une augmentation des salaires au vu des bons résultats des entreprises à la suite de la reprise économique post-pandémie. Où en êtes-vous?
Dans le commerce de détail, nous avons eu une adaptation des salaires minimaux dans les shops de stations-service et chez les grands distributeurs. Pour les femmes, c’est une bonne chose car ça les concerne. Mais ça ne suffit pas, surtout avec l’inflation qui prend l’ascenseur. On a déjà une baisse du pouvoir d’achat importante et on sait qu’on aura une augmentation massive des primes d’assurance maladie. Donc nous demandons une augmentation des salaires réels, pas seulement des salaires minimaux pour compenser le renchérissement. Sinon, ça va plomber la reprise post-pandémie. Actuellement, on est en négociations pour les salaires dans l’hôtellerie et la restauration. On espère que ça va bouger.

Ne faudrait-il pas imaginer d’autres solutions comme la semaine de quatre jours, par exemple?
Je suis fan de la semaine de quatre jours, je pense que ça serait un super-projet politique, pour les femmes notamment. Elles travaillent déjà à temps partiel avec une perte financière.

Mais on attend d’elles qu’elles travaillent 42 heures par semaine plus qu’elles assurent les tâches familiales. Et si elles ont des diplômes, qu’elles fassent une carrière. Tout ça en même temps, ce n’est pas réaliste. On est des femmes, pas des super women.

Dans le secteur de la restauration, de plus en plus de patrons y pensent car ils ont de la peine à trouver du personnel. J’espère que ça pourra être un jour un projet entre partenaires sociaux, voire un projet politique.

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