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Véronique Polito, une vie à la défense des salariées

Véronique Polito, une vie à la défense des salariées

«Il y a des métiers dits masculins qui offrent un quatorzième salaire, et pour les coiffeuses, on n’arrive pas encore à faire accepter l’idée d’un treizième salaire.» - Véronique Polito, vice-présidente d’Unia.

© Jessica Genoud

Quand on la contacte, elle n’a pas le temps pour un entretien. Véronique Polito, vice-présidente du syndicat Unia depuis le mois de juin 2021, cumule la préparation de la grande manifestation nationale contre l’élévation de l’âge de la retraite et les négociations salariales.

On se parle quelques jours plus tard, elle est contente du succès de la mobilisation.

«15 000 personnes sur la place Fédérale, c’était magnifique. Je m’oppose à l’élévation de l’âge de la retraite des femmes et au projet discuté actuellement au Parlement, dit-elle.

«Les femmes restent mal payées, moins bien que leurs collègues masculins, plus de 20% selon les branches, le temps partiel accentue ces différences. En outre, le premier et le deuxième pilier restent insuffisants pour les femmes.»

Véronique Polito travaille dans le syndicalisme depuis plusieurs années. Un parcours naturel, nourri par ses origines. «Mon père était un ouvrier italien, syndiqué FTMH. Ma mère, Française, avait fait des études supérieures en arts décoratifs à Paris, mais en arrivant en Suisse elle n’a pas trouvé de travail correspondant à sa formation et a fait des nettoyages. J’ai compris, déjà enfant, à quel point il était important de se battre collectivement et que c’était en unissant nos forces qu’on pouvait espérer faire bouger les choses.»

Le commerce en ligne qui décolle

Quand on écoute Véronique Polito, on est frappé par son calme et la maîtrise de son argumentation. Pareil quand elle s’exprime dans les médias et s’oppose à ses adversaires. On peut être en désaccord avec elle, mais elle ne méprise jamais les personnes qu’elle cherche à convaincre. Avec elle, revendications salariales et âge de la retraite deviennent des débats à haute valeur ajoutée.

Historiquement négligées par les syndicats, les particularités du salariat féminin ont gagné en importance ces dernières années. La seconde étape, qui consiste à transformer ces salariées en nouveaux membres, reste à franchir. Difficile de convaincre les femmes exerçant les activités les plus précaires de défendre leurs droits. Voilà à quoi s’attelle Véronique Polito en étant responsable du secteur des services: restauration, soins de longue durée, vente, coiffure, logistique.

Actuellement, les négociations battent leur plein. «Après le pic de la crise sanitaire, la reprise économique est très forte, de l’ordre de 3,6%, ce qui est supérieur à ce qu’on a perdu durant ces mois de ralentissement. A l’exception de certains secteurs, comme le tourisme ou la culture, l’économie se porte bien. En particulier le commerce de détail qui, avec le commerce en ligne, a décollé.»

«En outre, les salariées ont beaucoup donné, dans le domaine de la santé par exemple, elles ont travaillé dans un état d’épuisement inégalé. Il me paraît normal qu’on tienne compte de ces réalités en revalorisant les salaires.»

Apparition de nouvelles précarités

On évoque l’état des travaux. Certains partenaires (Coop par exemple) entendent les revendications; avec d’autres, en particulier la coiffure, la partie n’est pas gagnée. «Il y a des métiers dits masculins qui offrent un quatorzième salaire, et pour les coiffeuses, on n’arrive pas encore à faire accepter l’idée d’un treizième salaire.»

La crise sanitaire a précipité la multiplication de nouvelles offres et de nouvelles précarités. Des centres de logistique liés au commerce en ligne se développent. La restauration se numérise avec l’apparition des ghost kitchen (cuisines fantômes), espaces sans tables ni clients qui fournissent des repas à domicile ou pour les take away.

Les plates-formes croissent au même rythme et concurrencent les établissements traditionnels. Les syndicats peinent à repérer tous les nouveaux modèles de travail et à défendre ces salariés.

«Avec certains grands distributeurs, le dialogue est possible et ils sont ouverts à protéger le personnel de leur centre logistique de la même manière que les autres employés. C’est plus difficile quand vous avez à faire à des plates-formes numériques.»

«On analyse la situation, mais il nous manque la visibilité concernant les places de travail; on constate qu’il y a du travail au noir, de la fausse indépendance et des salaires extrêmement bas.»

Véronique Polito n’a pas fini de jongler entre sa vie de famille, ses deux enfants et le temps qu’elle consacre aux autres, à penduler entre le calme de la banlieue fribourgeoise et les tables de négociations bernoises.

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