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Equal Pay Day

Inégalité salariale 2021: les Suissesses ont dû travailler deux mois de plus

Inégalité salariale 2021: les Suissesses ont dû travailler deux mois de plus

«La différence de salaires entre femmes et hommes reste énorme en Suisse, observe Cathy Savioz. Pour un salaire médian, on constate environ 600 fr. d'écart par mois.»

© Getty Images

Selon les chiffres de l’OCDE, la différence en Suisse pèse 15,1% (contre, par exemple 4,2% en Belgique ou 32,5% en Corée - chiffres datant de 2019). Pour faire connaître cette différence injustifiable et illégale, la journée d’action nationale Equal Pay Day a eu lieu pour la première fois en 2009 en Suisse. Il s’agit de l’unique campagne de sensibilisation à l’écart de salaire entre les femmes et les hommes, née sous l’impulsion des associations Business and Professional Women (BPW). Depuis, plus de 250 actions ont été menées pour sensibiliser le grand public ainsi que nos représentants à cette problématique qui touche toutes les employées. Si le Covid met à mal les manifestations prévues en 2021, le combat est encore loin d’être terminé, comme nous l’explique Cathy Savioz, ancienne présidente des BPW Genève.

FEMINA Pourquoi cette cause vous tient-elle à coeur?
Cathy Savioz Je travaille, et j’ai toujours ressenti cet écart salarial comme une grande injustice. Le sujet m’intéresse beaucoup, je me suis ainsi investie dans la lutte contre les inégalités salariales. Le problème était méconnu en 2009, il fallait le faire connaître. Ce qui était frappant, c’est qu’aucun parti, aucune association, ne traitait de ce sujet. D’où la création de l’Equal Pay Day en Suisse.

Et malheureusement, le problème n’est pas résolu...
Effectivement, la différence reste énorme, aujourd’hui encore. Pour un salaire médian, on constate environ 600 fr. d’écart par mois. Ça correspond au prix d’une maison à la fin d’une vie! Aujourd’hui, 11 ans après le début de la campagne, les femmes qui terminent leur formation ont déjà 7% d’écart de salaire en entrant dans la vie active. De plus, elles occupent davantage de postes où elles n’ont pas la possibilité de gravir les échelons, d’avoir un salaire qui évolue.

Ce n’est pas un problème du passé, cela concerne pleinement les générations actuelles.

La grève de 2019 a-t-elle joué un rôle?
Oui, beaucoup se sont alors intéressés à la place des femmes dans la société. C’est un élan très positif. Par contre, il y a un angle mort: les associations s’occupent beaucoup de la santé, de la maternité, de la charge mentale, etc. Mais très peu se consacrent aux femmes dans le monde du travail. Sur 70 associations présentes au Parc des Bastions à Genève le 14 juin, seules les BPW réclamaient un salaire égal. C’est un sujet qui n’est pas tellement porté par les groupements féministes, étonnamment.

© Getty Images

Le 1er juillet 2020, la modification de la loi sur l’égalité (LEg) est entrée en vigueur. Elle impose aux employeurs privés et publics occupant plus de 100 collaborateurs à réaliser une analyse de leur politique salariale d’ici un an, sans pour autant fixer de sanctions. N’aurait-elle pas dû être davantage contraignante pour avoir un réel impact?
Au moment de la consultation de la loi, les BPW ont donné leur avis. Effectivement, nous trouvions qu’elle n’était pas assez contraignante. De plus, il est absurde que cette dernière soit limitée à 12 ans. Mais nos remarques n’ont pas été prises en compte. Personnellement, j’estime toutefois qu’il s’agit tout de même d’une avancée positive. Certaines entreprises se sont faites certifier, à l’instar d’UBS. Cela pousse les gens à entreprendre quelque chose pour améliorer la situation. Après, je suis bien consciente que beaucoup de gens ont tout intérêt à ce que cette loi ne soit pas entendue.

Comment agir concrètement pour combattre les inégalités salariales?
A mon sens, il est important que les femmes et les hommes fassent une demande auprès de leur employeur pour connaître la situation du point de vue des écarts de salaire. Car d’ici juin 2021, les entreprises seront obligées de fournir cette information à leurs collaborateurs. De plus, sur un second plan, il faut que les femmes s’engagent pour la cause en général, car beaucoup n’osent pas le faire de peur de perdre leur emploi. Je pense notamment à celles qui travaillent dans les banques et assurances, l’un des secteurs les plus touchés. On parle de 36% d’écart.

J’ai reçu beaucoup de témoignages de ces employées qui se savaient victimes de discrimination, mais qui n’osaient pas en parler. C’est important que d’autres puissent prendre le relais.

Militez-vous pour qu’il y ait davantage de transparence, pour que l’on connaisse les salaires de chacun?
C’est le grand sujet en Allemagne actuellement: les BPW se battent pour obtenir une transparence totale. Culturellement, ce serait très difficile en Suisse. Mais si les entreprises publiaient déjà toutes les écarts de salaire en vigueur, cela suffirait déjà.

La position des hommes a-t-elle évolué depuis 2009?
Oui, je l’ai observée. Les plus jeunes ont vraiment honte de cette situation: ils sont embarrassés à l’idée de gagner plus simplement parce qu’ils sont des hommes, et non pas pour leurs compétences ou leur talent. Par contre, les Centres patronaux sont fondamentalement contre toute égalité. Cela m’a surpris, je ne m’attendais pas à trouver là des foyers du statu quo. Et ce, même si ces derniers sont dirigés par des femmes. De plus, ce sujet n’est absolument pas traité par les syndicats en Suisse, ils ne se sont jamais intéressés aux droits des femmes. Ils considéraient même les femmes comme une concurrence sur le marché du travail. Par contre, c’est un sujet qui, désormais, fédère de nombreux partis politiques.

En 2009, l’Equal Pay Day a eu lieu le 10 mars, cette année il se déroule le 20 février. Quand arriverons-nous enfin au 1er janvier?
Dans 50 ans. Si on regarde les dates Suisse, cela oscille: on avance sur une année, on recule la suivante. On ne va pas toujours dans le bon sens. Cela prend du temps pour faire bouger les choses. Et pour ce faire, il faut que de plus en plus de femmes s’intéressent à cette cause. Car peu importe le salaire que nous touchons, nous sommes toutes concernées par cette injustice.

Cathy Savioz, Equal Pay Day - Elles se sont levées pour l’égalité salariale en Suisse. Livre digital disponible sur kobo.com et orellfüssli.ch.

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