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Politique italienne

Qui sont les femmes qui s'opposent à Giorgia Meloni?

Les féministes contre Giorgia Meloni

La patriarcat se porte bien en Italie, mais face à l'urgence que représente Giorgia Meloni, la convergence des luttes féministes pourrait montrer une nouvelle fois sa force, d'après la sociologue Martina Avanza.

© GETTY IMAGES/PIERO CRUCIATTI

Sa bio tirée d'un discours de 2019, «je suis une femme, je suis une mère, je suis Italienne, je suis chrétienne», sonne comme un slogan. Giorgia Meloni, 45 ans, est en passe de devenir la première femme à la tête du gouvernement italien et son identité de genre semble avoir pesé dans la balance.

Mais rembobinons: le 25 septembre 2022, l'alliance de droite, composée des partis Fratelli d'Italia mené par la politicienne romaine, la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi a remporté les élections législatives avec plus de 43% des voix. Ce qui représente une large majorité au Parlement et ainsi le pouvoir de bâtir un nouveau gouvernement, avec une potentielle Première Ministre à sa tête. Le parti aux racines néo-fasciste, cofondé en 2012 par Meloni (elle a déclaré son admiration pour Mussolini en 1996 mais le renie aujourd'hui), parvient à rafler 26% des voix, une hausse spectaculaire depuis les 4% de 2018. «Giorgia Meloni représente l'opposition, car elle n’a jamais été au gouvernement, contrairement à d'autres partis de l'aile droite: ainsi, elle a pu incarner le vote protestataire», explique Martina Avanza, maîtresse d'enseignement et de recherche en sociologie politique à l'Université de Lausanne et experte en mouvements féministes.

«Elle a ainsi bénéficié du mécontentement de la population suite à la violente pandémie de Covid-19 et la crise économique qui a suivi.»

«Les voix de la Ligue, présente au gouvernement, sont donc passées chez Fratelli d'Italia.»

Des droits humains en danger?

Le monde découvre ainsi le visage de ces élections italiennes: celui d'une femme propulsée sur le devant de la scène, jeune, blonde et au discours mordant. D'après la sociologue, le fait qu'elle soit une femme a contribué à adoucir l'idéologie ultraconservatrice qu'elle véhicule. «Lors de sa campagne, Giorgia Meloni a joué la carte du genre, de la femme moins dangereuse que les hommes de son parti, poursuit Martina Avanza. L'extrême droite serait plus acceptable aux yeux de l'électorat si c'est elle qui l'incarne.»

Meloni, première Première Ministre de l'Italie? L'idée ne séduit pas les féministes, au contraire. Elle préoccupe même de nombreux observateurs et observatrices, des célébrités et des mouvements militants. La raison? Les droits des femmes et des minorités sexuelles et affectives, de genre, religieuses et ethniques, pourraient être réduits dans un pays où l'égalité et l'inclusivité ne sont déjà pas forcément la priorité du gouvernement, de l'Église et de la société civile.

Le programme politique de la vainqueure des législatives a de quoi alarmer. Pourtant, lors de sa campagne, Meloni s'est montrée rassurante, un discours visant à dédiaboliser l'extrême droite: elle ne touchera pas à la loi 194, qui légalise l'IVG depuis 1978. Elle ne touchera pas non plus à l'union civile entre les personnes de même sexe, adoptée en 2016. «Elle n'est pas assez bête pour s'attaquer à ces droits acquis, note Martina Avanza. Meloni sait que le Parti républicain est en difficulté électoralement aux États-Unis suite à la révocation du droit constitutionnel à l'avortement. Elle va plutôt détricoter ces droits de l'intérieur, rendre les choses plus compliquées.»

En Italie, le recours à l'IVG est déjà difficile, puisque les gynécologues peuvent invoquer la «clause de conscience» pour refuser de la pratiquer (67% des médecins étaient concerné-e-s en 2019). De fait, dans les zones où Fratelli d'Italia est présent au gouvernement régional, l'État finance des centres d'aide à la vie, qui offrent un soutien économique ou psychologique aux femmes tentées par une IVG afin de les faire changer d'avis.

Meloni ne cache pas son objectif de booster la courbe des naissances, au plus bas depuis plus d'un siècle. «Elle revendique le ministère «de la famille et de la natalité»: l'idéologie conservatrice est à peine voilée, puisque pour elle, la famille c'est un papa, une maman et des enfants, poursuit l'experte. Meloni s'est d'ailleurs prononcée contre l'adoption homoparentale.» Martina Avanza entrevoit un autre terrain de bataille pour la droite radicale: l'éducation.

«Fratelli d'Italia s'oppose à «l'idéologie du genre», qui serait une menace pour les enfants.»

«Déjà que l'éducation à la diversité, aux luttes contre les stéréotypes et au sexisme n'est pas prégnante, son inexistence aurait de terribles conséquences à long terme, puisque ces notions ne seraient pas intégrées et cultivées dans la société. Ainsi, les attaques contre les personnes LGBTIQ pourraient augmenter», craint la sociologue.

Qui osera s'opposer à Meloni?

«Aujourd'hui commence la résistance», a tweeté la chanteuse Francesca Michielin. Sur les réseaux sociaux, des célébrités italiennes ont promu le vote démocratique, informé leur audience des risques induits par une victoire de la coalition de droite menée par Meloni, comme l'avocate Cathy La Torre, ou se sont opposées directement la politicienne de Fratelli d'Italia, comme les artistes Giorgia, Elodie, Levante et Sabrina Ferilli. Même l'influenceuse superstar Chiara Ferragni a partagé son inquiétude en stories sur Instagram concernant le vacillement du droit à l'avortement. Pour Martina Avanza, cet engagement féministe pop sert la cause par son écho auprès de larges communautés non politisées.

C'est que le féminisme italien ne s'est pas vraiment renouvelé suite à #MeToo. Le mouvement n'a eu que très peu de reprises dans la péninsule et des stars, comme Asia Argento, ont subi un backlash cuisant. «Le féminisme italien rassemble des femmes de la 2ème vague et des femmes très jeunes. Entre ces deux générations, le contexte des années 80 - où l'on pensait nos droits acquis - n'était pas propice à l'engagement féministe», explique l'experte.

«Aujourd'hui, le mouvement connaît des fractures notamment à propos de l'identité de genre, avec des féministes anti-trans, les TERF (acronyme de Trans-exclusionary radical feminist, ndlr). Des arguments repris par l'extrême droite et qui légitiment son discours.»

Le rebond féministe italien du XXIème siècle semble plutôt avoir jailli du mouvement d'origine espagnole Non Una Di Meno, dont la lutte principale est les féminicides.

D'après Martina Avanza, le patriarcat se porte bien en Italie, notamment grâce aux bastions conservateurs de la droite radicale et de l'Église. Une nouvelle révolution féministe est-elle possible en réponse à la victoire de Giorgia Meloni? L'experte veut rester optimiste, mais craint qu'un mouvement citoyen ne suffise pas à contrer une politique gouvernementale visant à restreindre les droits des femmes et des minorités. Cependant, elle croit qu'une lutte contre Meloni pourrait faire taire les conflits internes au sein des mouvements féministes.

La sociologue rappelle d'ailleurs la contre-manifestation qui s'est déroulée à Vérone en 2019 pour protester contre les conservateur-trice-s présent-e-s au congrès mondial des familles. Des dizaines de milliers de personnes, féministes, syndicats, militant-e-s LGBTIQ, étaient réunies. Du jamais vu depuis 50 ans. «Face à cette urgence, la convergence des luttes a su montrer sa force», conclut Martina Avanza.

Dans le contexte actuel d'invisibilisation des violences sexistes et sexuelles, de la faible indépendance financière des femmes et des fragmentations au sein même du féminisme italien, des figures prennent tout de même la parole. Et peut-être bien qu'une nouvelle démonstration de solidarité féminine renaîtra de ses cendres.

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