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Madeleine Rossi, l’anti-mafieuse

Madeleine Rossi journaliste mafia Silvia Mazzei

«Certains clans ont souffert de la lutte anti-mafia, mais d’autres demeurent une menace, pour la Suisse aussi.» - Madeleine Rossi

© SILVIA MAZZEI

Pour comprendre Madeleine Rossi, il y a, dans son CV, un chapitre discret qui est peut-être le plus révélateur sur sa personnalité: pilote d’avion et d’hélicoptère. «Je n’avais pas encore 20 ans et je rêvais d’en faire mon métier. J’ai suivi la formation en Suisse, avant de finir mon brevet en France. Même si j’ai changé de voie puis passé quinze ans comme technicienne radio à la RSR, c’est une expérience qui, encore aujourd’hui, me sert dans mon parcours.»

Une certaine idée de la liberté, alliée à la rigueur la plus stricte. Le goût pour la hauteur de vue. Un sang-froid à toute épreuve pour gérer le danger, aussi. Comme ce jour où, de passage dans un petit village de Calabre pour une enquête, des boss mafieux ont suivi puis entouré son véhicule avec une attitude qui n’avait rien d’amicale.

«L’officier qui m’accompagnait lors de mes interviews a dû porter ostensiblement la main à son pistolet pour montrer que nous étions armés.»

«La tension était palpable, ils nous provoquaient en tapant sur la voiture et nous intimidaient du regard. Je pense que ces quelques années où j’ai piloté m’ont beaucoup aidé à faire face à de telles situations d’urgence. Quand votre rotor s’arrête soudain de tourner en plein ciel, il faut malgré tout garder toute sa présence d’esprit pour réagir de façon appropriée.»

Morts suspectes

Même si Madeleine Rossi confie n’avoir jamais reçu de menaces explicites, c’est peu dire que son nom est bien connu dans les arcanes du crime organisé, d’un côté comme de l’autre des Alpes. Depuis de nombreuses années, elle est en effet l’une des plus grandes spécialistes sur les activités de la mafia dans notre pays. Après de nombreuses investigations rédigées pour divers médias et un rapport sur le sujet publié en 2019 faisant autorité même dans les milieux judiciaires, cette native de Lausanne a fait paraître deux ans plus tard la somme de son travail dans un livre qui a fait date, La mafia en Suisse (Ed. Attinger). Emmenant le lecteur sur des pistes qu’on pensait ne pas exister: cellules mafieuses dans les grandes villes comme dans les bourgades, commerces de couverture servant au blanchiment d’argent, morts suspectes…

Une montagne de cash

«Même si une prise de conscience s’est opérée ces dernières années sur le plan médiatique comme judiciaire, on continue à minimiser les agissements de la mafia dans certains cantons, où des personnes ont pourtant des liens avec des clans criminels de diverses régions de l’Italie. Un certain angélisme et la faiblesse des peines encourues font de la Suisse un pays attractif pour y développer ces activités.»

Reste que la menace n’est pas visible au quotidien, les membres de la mafia préférant évoluer sous les radars et éviter les scandales. «Vous croisez des gens tout à fait banals dans la rue et ce sont peut-être des mafieux. Mais il faut se rendre compte que ces personnes sont à la tête de fortunes d’une taille difficile à imaginer, à l’image de Pablo Escobar qui stockait son cash sur des palettes car il ne savait même plus quoi en faire. Derrière cette quête d’argent via toutes les activités lucratives illégales possibles, ils cherchent surtout le pouvoir.»

Dans la violence pure

Loin d’être fascinée par ce milieu, Madeleine Rossi est tombée par hasard dans la marmite quand elle était toute jeune. Petite, alors en vacances en Italie, elle demandait à ses parents, intriguée, pourquoi certains villages possédaient tant de maisons inachevées ou décrépies. Suivront deux années de droit à l’université, mais rester trop longtemps enfermée dans une salle de cours la fait vite se sentir comme «une panthère en cage».

C’est ensuite son tropisme pour les thématiques légales, judiciaires, qui l’a conduite, en tant que journaliste indépendante, à enquêter sur ces terrains délicats. Elle met d’ailleurs en garde contre tout regard un tantinet romantisant.

«Beaucoup fantasment l’univers de la mafia, notamment avec certains films qui peuvent faire percevoir ses membres comme des hommes d’honneur. Mais les mafieux, c’est surtout de la violence pure. Il n’y a vraiment rien d’admirable ou de respectable chez ces gens-là. Ils sont élevés depuis l’enfance à se comporter comme des psychopathes et des brutes épaisses sans états d’âme, prêts à tout endurer voire à se sacrifier pour le clan.»

Le retour des boss au pays

Et de rappeler les méthodes terribles toujours utilisées pour éliminer les ennemis ou les traîtres: jeter la victime vivante aux porcs, la couler dans du béton frais ou dans l’acide, tortures gratuites, balle dans l’œil ou dans la bouche selon que la victime a vu ce qu’elle ne devait pas voir ou dit ce qu’elle aurait dû taire…

Ce qui n’est pas près de s’arrêter, prévient-elle. «De grands pontes de la mafia italo-américaine sont en train de rentrer en Sicile. Certains clans ont souffert de la lutte anti-mafia en Italie, mais d’autres sont toujours vigoureux et demeurent une menace.» Un avertissement qui vaut également pour la Suisse, précise la journaliste.

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