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Mère toxique: comment s'en sortir?

Bardot mere toxique

«Malheureusement, le parent toxique ne changera pas d’un coup de baguette magique. En d’autres termes, c’est à vous de jouer. Cela peut passer par un éloignement physique, mais surtout par un travail sur soi.»

© Jeremy McKnight


Le tabou Sainte Maman commencerait-il à vaciller sérieusement? Une chose est sûre: anonymes ou célèbres, comme Drew Barrymore, Maïwenn, Aure Attika, Brooke Shields ou Christina Crawford, de plus en plus de victimes de mères toxiques brisent la loi du silence et commencent à témoigner publiquement: dans des articles, des interviews ou des reportages; sur des forums et des blogs internet très suivis ou au fil de nombreux essais de psychologie récemment parus à ce sujet – dont «Mère toxique», d’Alexandra Burt, ou «Ces mères qui ne savent pas aimer», de Susan Forward. Des autobiographies livresques et cinématographiques suivent le mouvement, comme «My little Princess», film dans lequel Eva Ionesco raconte les agissements pervers et abusifs de sa génitrice.

Mais au fond, qui sont-elles, ces empoisonneuses? Décryptage en compagnie de thérapeutes et spécialistes des relations familiales.

«J’ai peur d’être une mauvaise mère»

C’est quoi, une «mère toxique»?

Intrusive, autoritaire, négligente, violente physiquement et/ou verbalement, jalouse, dominatrice, abusive, castratrice, on en passe et des pires… quel que soit son profil de base (voir ci-dessous), la mère toxique est fondamentalement «une femme qui n’autorise pas son enfant à exister», note Véronique Moraldi. Julie Arcoulin précise:

«En fait, elle ne donne pas à son petit sa place d’individu à part entière et ne lui offre pas un cadre affectif, émotionnel, psychologique, et parfois matériel, assez sécurisant pour qu’il puisse se construire. En résumant à l’extrême, elle est juste une adulte incapable de répondre aux besoins essentiels de sa progéniture.»

Auteure de l’ouvrage «Les mères qui blessent» (Ed. Eyrolles, 2018), la thérapeute Anne-Laure Buffet ajoute: «Il est aussi important de relever que la toxicité est induite par la récurrence, voire la constance, d’actes et/ou de paroles nuisibles, par le déni du ressenti de son enfant (ce qui implique évidemment une non-reconnaissance de la blessure infligée), ainsi que par une incapacité à demander pardon.» Elle précise:

«Une maman normale peut ponctuellement se montrer impatiente, maladroite, fatiguée ou énervée. En soi, ce n’est pas gravissime, surtout si elle s’explique et présente ses excuses après coup. Or, elle-même en souffrance pour des raisons qui lui sont propres (reproduction de sa propre éducation, immaturité, pathologie mentale de type narcissique, etc.), une mère-poison ne fera jamais cela.»

«Pas plus qu’elle ne se remettra en question. A ses yeux, quoi qu’en disent son conjoint et son entourage, auxquels elle parvient généralement à cacher ses agissements ou qu’elle fait taire rapidement s’ils ont l’audace d’émettre une objection, elle a raison d’agir comme elle le fait ou de dire ce qu’elle dit. Un point c’est tout.»

Les filles de mères «râleuses» réussissent mieux dans la vie

Sous ses dehors glamour et lumineux, la star hollywoodienne Joan Crawford (ci-dessus avec ses enfants) cache une face sombre. Noire, même. Comme le raconte sa fille adoptive Christina dans ses mémoires, «Maman très chère», parues en 1978, l’actrice alcoolique, perverse et totalement paranoïaque, met en scène une jolie petite famille bien propre et bien soignée pour les photographes, mais se déchaîne une fois la séance de clic-clac terminée. Au programme: coups, insultes et sévices en tous genres.

Des futurs adultes mal dans leur peau

Et tant pis pour les gamins sur qui elle reporte ses frustrations comme s’ils en étaient la cause et qui, après avoir subi ses violences, négligences, emportements, sarcasmes et remarques glaçantes, deviendront des adultes mal dans leur peau. Car oui: toute personne élevée dans la maltraitance en porte les stigmates, martèlent nos expertes. Plus ou moins profondément gravés en fonction de la sensibilité, du vécu et des capacités de résilience, mais présents, ils se déclinent en une triste litanie: insécurité, instabilité émotionnelle, mauvaise image de soi, sentiment diffus de honte et de culpabilité pour tout (et souvent pour rien), colère sourde, procrastination, agressivité, tendance fâcheuse à saboter ses relations…

Pour aller plus loin

«Les mères qui blessent», Anne-Laure Buffet, Ed. Eyrolles, 2018.

«Débarrassez-vous des relations toxiques», Julie Arcoulin, Ed. Idéo, 2018.

«La fille de sa mère», Véronique Moraldi, Ed. de l’Homme, 2017

Une mère démissionne auprès de sa fille

Quel est le profil-type d’une empoisonneuse?

Comme le relèvent Anne-Laure Buffet et Julie Arcoulin, la mère mal-aimante peut avoir de nombreux visages. Parmi les plus répandus…

La manipulatrice à la Teri Shields, mère de Brooke Shields. Sa toxicité? Elle joue avec les sentiments de son enfant en soufflant en permanence le chaud et le froid émotionnels. Concrètement, elle lui envoie des messages totalement contradictoires à longueur de journée: «Je t’aime à la folie» ou «tu es la plus belle» et, cinq minutes plus tard: «Fiche le camp, je ne peux plus te voir en peinture (en photo, en l’occurrence…)» ou «Qu’est-ce que j’ai fait au ciel pour avoir une fille aussi grosse et bête?»


© ​Getty Images

La déficiente à la Brigitte Bardot. Sa toxicité? Elle ne s’est jamais voulue ni sentie mère. Du coup, incapable d’établir un lien d’attachement, elle n’aime pas son enfant. Concrètement, elle le lui fait bien sentir en le négligeant à tout point de vue, allant parfois jusqu’à l’abandonner. Purement et simplement.

La narcissique à la Irina Ionesco, mère d’Eva Ionesco. Sa toxicité? Perverse, immature et victime d’une profonde blessure narcissique, elle prend un plaisir malsain à humilier, rabaisser ou isoler ses enfants afin d’en avoir le contrôle total et se sert d’eux pour être regardée et admirée. Concrètement, elle assène aussi souvent que possible des phrases comme: «Fais ça pour moi, ça me rendra fière!»

L’hyper-exigeante à la Bette Davis. Sa toxicité? Sous le vernis rutilant des apparences, elle est un tyran absolu: dans son esprit, tout doit être parfait. C’est dire si sa vie et son enfant ne sont jamais à la hauteur de ses attentes. Concrètement, elle lui envoie donc inlassablement des: «Tu me déçois», «Ah la la, tu ne sauras jamais rien faire correctement!»

Regretter d'être mère, l'ultime tabou

La stigmatisante à la Madame Lepic, mère de Poil de Carotte. Sa toxicité? Elle compare non-stop ses enfants entre eux et établit des préférences (et des détestations). Concrètement, elle ne cesse de valoriser l’un au détriment de l’autre, à coup de: «Ton frère réussit à l’école, lui…», «Ah… si seulement tu étais comme ta sœur!»


© Page Facebook de David Rayner

La culpabilisante à la Nettie Koenigsberg, mère de Woody Allen. Sa toxicité? Elle passe son temps à faire des reproches et des remarques acerbes pour que son enfant se sente totalement redevable… et donc coupable. Concrètement, elle n’en finit pas de geindre: «Tu aurais dû…», «sans toi, j’aurais pu…». Ou le meilleur (!): «Avec tout ce que j’ai fait pour toi!»

L’alcoolique à la Joan Crawford. Sa toxicité? La dépendance, à cause de laquelle elle perd tout sens commun et devient l’enfant de ses enfants. Incapable de gérer ses propres blessures, elle les inflige à ses minots, qui paient les pots cassés. Concrètement: les coups, les insultes et les maltraitances de toutes sortes pleuvent régulièrement.

La castratrice à la Olympias, mère d’Alexandre le Grand. Sa toxicité? Une incapacité à accepter que son enfant soit un être à part entière, capable de réfléchir par lui-même. Concrètement, le minot devient une projection de ses désirs, l’instrument de ses ambitions. Dominatrice, possessive, intrusive et abusive, elle use de menaces et de chantage affectif et tente de contrôler le destin de son rejeton par des injonctions du genre: «Je sais mieux, fais comme je te dis», «Tais-toi et obéis!» et autres joyeusetés.

La frustrée à la Folcoche, surnom de la mère d’Hervé Bazin. Sa toxicité? Un sinistre condensé de toutes les catégories précédentes! Concrètement, elle frappe tous azimuts: psychiquement, physiquement, émotionnellement, rien n’est épargné au rejeton non désiré qui, comme les autres, en gardera des souvenirs… amers!

Comment s’en sortir?

Vous avez décidé de ne plus souffrir d’une emprise maternelle nocive? Tout d’abord, «il vous faut intégrer que, malheureusement, le parent toxique ne changera pas d’un coup de baguette magique», explique la psychothérapeute Béatrice Voirin.

En d’autres termes, c’est à vous de jouer, car «une fois adulte, on est responsable des décisions positives qu’on pourra prendre pour surmonter ces expériences.»

Cela peut passer par un éloignement physique, mais surtout par un travail sur soi. En se faisant aider, si nécessaire, on comprend notamment comment sortir de la posture de victime, ce qui permet de dire: «Je ne suis pas responsable de ce que tu m’as fait subir, mais à partir de maintenant je te pardonne et tu n’auras plus de pouvoir sur ma vie.» Tout simple, mais libérateur.

«Bad Moms», une ode au lâcher-prise maternel

Chez les célébrités

Teri et Brooke Shield

Si l’on en croit son autobiographie, «There was a Little Girl», Brooke Shields, 53 ans, n’a pas eu une enfance de conte de fées. Elle raconte ainsi que sa chère maman était une manipulatrice hors pair, capable de l’idolâtrer un jour et de l’insulter le lendemain, d’oublier Noël mais de faire retarder le départ d’un avion pour retrouver la poupée que la petite avait oublié dans la salle d’embarquement. Vous avez dit déstabilisant?

Jaid et Drew Barrymore

— Jaid, où étiez-vous quand votre fille Drew était dans les bars et les fêtes dès l’âge de 9 ans? — Je l’accompagnais, ça faisait partie du business. Sur place, elle allait de son côté et moi du mien… Voilà, en substance, comment la maman de l’adorable Gertie, de E.T., a profité joyeusement de la célébrité de sa fillotte, en la laissant sombrer dans l’alcool et la drogue. Aujourd’hui sortie d’affaire, Drew, 43 ans, pas rancunière, continue à entretenir sa mère.


© ​Getty Images

Brigitte Bardot et Nicolas Charrier

Honnête et sincère, Brigitte Bardot n’a jamais cherché à se faire passer pour une bonne mère et, dans son autobiographie, a clairement expliqué pourquoi elle n’avait pas voulu élever son fils Nicolas, né en 1960. Au risque de choquer, elle va jusqu’à écrire: «Je suis écœurée à l’idée de porter un fœtus informe, une tumeur.» Depuis, les relations se sont quelque peu apaisées.

Rivalité: ces mères qui jalousent leur fille

Paule et Hervé Bazin

Femme autoritaire, frustrée, sèche, violente physiquement et verbalement, Paule Bazin (ici incarnée par Alice Sapritch) n’a jamais pu s’entendre avec son fils Hervé, comme il le raconte d’ailleurs dans son roman autobiographique «Vipère au poing», dans lequel il la surnomme Folcoche – pour Folle Cochonne.


© ​Getty Images

Irina et Eva Ionesco

Comme elle le raconte dansle film «My Little Princess», Eva Ionesco, née en 1965, joue les mannequins photos dès l’âge de 4 ans. Le problème: Irina la photographie souvent nue, dans des poses équivoques. Et comme s’il ne lui suffisait pas d’érotiser sa fille, elle l’empêche parallèlement de voir son père, la néglige et la manipule.

Ode Atika Bitton et Aure Atika

L’actrice Aure Atika, qui a grandi sans père, raconte avoir passé une enfance «compliquée». En cause: une inversion des rôles parent-enfant. «Je m’occupais de ma mère plus qu’elle ne s’occupait de moi. Comme elle était à moitié défoncée, cela m’a obligée à me montrer très responsable: j’allais à l’école seule, je faisais à manger seule.»

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