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Plein les ongles

Menicure: sur les ongles des hommes

Actu Manicure Karina Malikova

Il suffit de taper #menicure sur les réseaux pour découvrir des styles de nail art spécialement dédiés à la gent masculine.

© Karina Malikova

Motif léopard, en version fluo, mat ou brillant, avec un smiley, un arc-en-ciel ou, plus sage, un simple noir, voire un gris clair… les hommes, très gentiment, se mettent au vernis à ongles. Même plus que ça, parfois, au nail art, le stade au-dessus, véritable maquillage du bout des doigts.

Vous n’y croyez pas? Tout a commencé par les stars, forcément. Harry Styles tout d’abord, premier homme à s’afficher en couverture du magazine Vogue américain, avec son look androgyne ultra-maîtrisé. Ex-chanteur du boys band One Direction, il est carrément devenu l’icône de la mode non-binaire. Des acteurs ensuite, d’Ansel Elgort (Nos étoiles contraires, la saga Divergente) au plus âgé Brad Pitt.

Plus inattendu, le monde du rap s’y est mis aussi, avec des artistes comme Asap Rocky ou Bad Bunny. Sans compter le footballeur Cristiano Ronaldo, qui ne rechigne pas à donner un coup de pinceau sombre sur ses cuticules.

Kurt, Lou, David

Et, petit à petit, l’idée a fait son nid: pourquoi, en somme, les hommes n’auraient-ils pas le droit de se peinturlurer le bout des doigts? «En réalité, ce n’est pas nouveau, les hommes se peignent les ongles depuis des années. Prenez Kurt Cobain ou, plus vieux encore, Lou Reed, explique David Fernandez, influenceur romand présent sur Instagram (@notanitboy, c’est lui). C’était, certes, réservé à une minorité, mais c’était un moyen de sortir du lot et de montrer sa personnalité, comme aujourd’hui.» Il suffit de taper un hashtag comme #menicure pour s’assurer du trend, bien plus vivace outre-Atlantique ou ailleurs en Europe qu’en Suisse, mais qui s’installe tout de même doucement ici aussi.

Même les rappeurs se sont mis au nail art, comme Asap Rocky. © Getty Images

D’ailleurs, il n’est plus du tout inhabituel d’apercevoir des adolescents aux ongles savamment décorés sur les quais de gare ou aux arrêts de bus, à Lausanne comme à Zurich. Ou des hommes un peu plus âgés, à l’aise avec leur identité, travaillant souvent dans des milieux traditionnellement plus ouverts que – au hasard – le secteur bancaire, offrir au regard des ongles avec un léger motif graphique. «De manière générale, la manicure n’est pas du tout une affaire de femmes. Dans différents métiers, il est important d’avoir de belles mains pour un homme, argumente David Fernandez. Un bijoutier aux mains peu soignées ne mettra pas en valeur un produit, de même pour un chef d’entreprise aux ongles rongés, pour ne citer que quelques exemples.»

Aux Etats-Unis, notamment, ça fait d’ailleurs bien longtemps que la clientèle des nail bars est composée autant de femmes que d’hommes, tandis que des panneaux faisant la promotion des menicure mondays apparaissent désormais à leur devanture. Et si, par le passé, le nail art pour hommes était clairement l’apanage de la communauté LGBT+ – et, en version noire, des adeptes de la culture gothique – ce n’est plus le cas aujourd’hui.

La fin du kitsch

Déborah Moser, qui travaille pour Akyado, une marque suisse spécialisée dans les produits professionnels pour les ongles, a déjà eu l’occasion de s’occuper des mains de quelques hommes. Pour cette véritable artiste, qui a déjà participé à des concours internationaux, «les mecs sont encore peu nombreux, mais j’espère que c’est une tendance qui va prendre».

Les hommes pourraient même redorer le blason du nail art, considéré par beaucoup comme kitsch, ongles roses ultra-longs et faux diamant incrusté inclus. «Je pense que cette nouvelle génération de stylistes ongulaires est plus ouverte, plus moderne et créative. Elle profite de cette tendance pour cibler un autre marché et avoir une clientèle plus large», analyse David Fernandez.

Direction Barcelone

Et ce n’est pas Karima Malikova, une jeune Russe ayant travaillé à Moscou, Paris puis finalement installée à Barcelone, qui dira le contraire. Nouvelle star du nail art, elle s’est un peu malgré elle spécialisée dans la menicure. En 2008, elle ouvrait son salon pour femmes, Get nailed.

«Rapidement, j’ai vu que la manucure pour hommes commençait à être très trendy parmi les célébrités. Alors j’ai commencé, il y a un an, à en faire pour des amis hommes. Et quand les amis d’amis ont vu le résultat, j’ai commencé à recevoir des SMS me demandant des rendez-vous.»

Encore surprise par l’engouement suscité, elle enregistre des messages et des réservations tous les jours. Barcelone n’est pas Genève, mais la jeune femme est persuadée que nous ne sommes qu’au début d’une tendance faite pour durer. «La plupart de mes clients sont jeunes, mais j’en ai aussi de 50 ans et de tout profil, explique Karima. Il y a des personnes queer, des coiffeurs, des tatoueurs, des gens qui bossent dans la mode, certains viennent avec leur petite amie…»

En tout cas, un nouveau créneau émerge. Toutefois, il n’est pas forcément facile, aujourd’hui, de dénicher un styliste ongulaire prêt à s’attaquer à des ongles d’hommes. Antoine, 33 ans, en a fait l’expérience: «Pour une occasion particulière, j’ai voulu me faire les ongles en noir, simple, mais quand j’ai appelé un de ces studios, à Lausanne, la dame m’a dit qu’elle ne s’occupait pas des hommes, sans vouloir m’expliquer pourquoi.» D’après Déborah Moser, certaines collègues sont encore peu à l’aise avec des mains d’hommes. «Souvent, ils n’ont jamais fait de soin ou de traitement pour leurs ongles avant. Ca nécessite parfois un vrai travail en profondeur, qui peut bien prendre une heure, avant de passer au nail art en lui-même.»

Et si, après l’essor des barbiers, on assistait au revival des salons de manucure, version unisexe?

Et j'ai testé pour vous...

En toute honnêteté, je suis allé une seule fois dans un nail bar, pour un soin des ongles, et j’ai essayé, à quelques reprises et de manière très imparfaite, de me mettre du vernis, noir ou doré. Cette fois, je passe à l’étape au-dessus, après avoir découvert le hashtag #menicure. Dans la région, le travail de la Morgienne Déborah Moser m’a tapé dans l’œil, alors c’est elle, hyper-enthousiaste, qui m’accueille pour cette première session de nail art. Surprise, elle passe d’abord plus d’une heure à soigner mes ongles, poncer mes cuticules, limer… je n’ai jamais eu des mains aussi belles. Comme je lui ai dit aimer les motifs d’inspiration berbère, elle se renseigne sur Pinterest et – à main levée – crée de minuscules symboles graphiques sur mes ongles. Mais elle ne recule devant rien: effet marbré, petit émoji, flammes... le plus dur est de faire son choix, en sachant que le résultat tiendra entre 2 et 3 semaines, si tout va bien. Les remarques? très positives jusqu’ici, mais entre le télétravail et la distanciation sociale, pas sûr que beaucoup de monde ait pu apprécier le travail.

© Naila Maiorana

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