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Interview

Linda Bourget: «Ces femmes donnent du courage, de l’espoir et de la force»

Linda Bourget: «Ces femmes donnent du courage, de l’espoir et de la force»

«L’idée est d'offrir aux femmes la possibilité de s’identifier, de se projeter et de voir que tout est possible, que nous pouvons tout accomplir.» - Linda Bourget

© GUILLAUME MEGEVAND

FEMINA Comment est né le projet de cet ouvrage, Engagées! 21 portraits inspirants de femmes politiques suisses?
Linda Bourget Il a vu le jour dans le sillage de 2019 et de la grande grève des femmes du 14 juin. On ressentait que l’on était en train de vivre un moment significatif de l’histoire. En tant que journaliste, Nathalie Christen, Simona Cereghetti et moi-même avions envie de documenter la place des femmes dans le monde politique, car c’est quelque chose qui interpelle beaucoup, qui a pris de la place dans les discussions et dans les débats depuis les élections de 2019. Cet élan nous a conduites à réaliser ce projet.

À qui s’adresse-t-il?
À toutes les personnes qui s’intéressent à la place des femmes dans la société, et en particulier dans les sphères de pouvoir. Plus largement, il parlera à toutes les femmes qui se demandent comment surmonter certains obstacles qu’elles peuvent rencontrer dans leurs parcours en vue d’atteindre leurs objectifs. La majorité des difficultés auxquelles on fait face en tant que femme sont construites socialement, on se retrouve toutes confrontées plus ou moins aux mêmes épreuves. Nous avons souvent les mêmes doutes, les mêmes failles, les mêmes interrogations, quel que soit le domaine dans lequel on évolue.

À titre personnel, je trouve que ces 21 femmes donnent du courage, de l’espoir et de la force. Le livre aborde aussi des questions très pratiques: certaines détaillent leur organisation familiale et montrent comme il est possible de tout concilier.

Comment avez-vous sélectionné les femmes politiques dont vous dressez les portraits?
Il fallait que ce soit des femmes actuellement en fonction, qu’elles proviennent des différentes régions linguistiques de la Suisse et de tous les principaux partis. Nous tenions absolument à ce que le livre ne soit pas connoté politiquement, car la réalité des femmes est un enjeu qui transcende les clivages gauche-droite. Et puis surtout, nous voulions des «super-nanas», des femmes aux parcours variés et très intéressants. On avait l’embarras du choix, car des femmes engagées et intéressantes, il y en a plein dans notre pays!

Ont-elles tout de suite été partantes?
On avait des doutes en se lançant, mais nous avons eu la chance de recevoir spontanément beaucoup de réponses positives. Elles ont instantanément compris l’enjeu du livre, mêlant politique et aspects très personnels. Les deux s’imbriquent: qu’on le veuille ou non, la vie de famille ne pèse par exemple pas le même poids sur un parcours de femme que sur un parcours d’homme. Elles se sont ouvertes sur des expériences intimes qui éclairent sous un autre jour les enjeux auxquels elles sont confrontées quotidiennement.

Qu’est-ce que cela signifie, pour vous, être engagée en 2022?
J’ai l’impression qu’elles ont toutes l’ambition d’agir et de s’investir pour que le monde et la vie de leurs concitoyens soient un peu meilleurs. Les hommes politiques ont la même ambition, cela n’est pas spécifique aux femmes.

Vous écrivez: «Les femmes restent furieusement sous-représentées dans les sphères du pouvoir politique». Selon vous, que manque-t-il à la Suisse pour arriver à la parité?
L’accession des femmes aux droits civiques et au monde politique a été lente en Suisse, on a un train de retard par rapport à beaucoup d’autres pays. Ça ne fait que 51 ans que l’on a le droit de vote, d’éligibilité. L’égalité en droits est acquise, mais le travail doit désormais se faire dans la tête de chacun pour donner aux femmes la place à laquelle elles ont droit. Les choses vont dans le bon sens: les résultats aux élections de 2019 ont été spectaculaires à l’échelle de la politique suisse.

L’un des éléments de notre démarche est également de donner des role models aux femmes. À travers ces 21 histoires, l’idée est de leur offrir la possibilité de s’identifier, de se projeter et de voir que tout est possible, que les femmes peuvent tout accomplir.

J’espère que beaucoup vont le lire et oser se lancer dans le projet qui leur tient à cœur, quel qu’il soit. Je crois que cela ressort des portraits: ce ne sont pas des wonder women, elles ont aussi des failles, des doutes, des défaites. On les a montrées sous un jour accessible pour que l’on se rende compte que nous sommes toutes capables d’atteindre nos objectifs.

Beaucoup se sont lancées en politique comme «bouche-trou», pour combler un trou sur une liste électorale…
Oui c’est vrai, c’est un aspect qui est ressorti assez fort dans les entretiens. Pour différentes raisons, les femmes osent moins se lancer en politique. Il faut aller les chercher! Les formations politiques, à tous les échelons, ont un rôle à jouer à ce niveau. Le premier pas, pour avoir une chance d’être élue, c’est d’être candidate.

Quel prérequis faut-il, selon vous, pour se lancer en politique?
Il faut avoir la passion, aimer cela. C’est ce qui porte toutes ces femmes, car ce ne sont pas des vies évidentes. La politique est un monde exigeant, parfois très gratifiant, d'autres fois terriblement ingrat. Il faut avoir cela dans les tripes. Mais certaines le découvrent sur le tas. Petra Gössi, quand elle s’est engagée, a été d’accord d’être inscrite sur une liste sans y croire, et elle a découvert qu’elle adorait cela. Pareil pour Céline Amaudruz: on l’a motivée à inscrire son nom, car il n’y avait pas assez de femmes, et elle a été passionnée par cet univers qu’elle n’a plus jamais quitté.

Y a-t-il plus de pression sur leurs épaules que sur celles des hommes?
On est encore dans la phase où il y a un devoir d’exemplarité chez les femmes qui arrivent au pouvoir qui pèse assez lourd, effectivement. C’est assez frappant de voir à quel point ce sont des travailleuses acharnées. La préparation des dossiers n’est jamais laissée au hasard. On sent qu’elles vivent cette pression, elles ont peut-être ce sentiment de ne pas être à la hauteur et de devoir davantage se battre pour convaincre.

Prévoyez-vous également de vous engager en politique?
Non, pas du tout. Je pense que notre société a besoin de journalistes qui font leur travail du mieux possible et je m’y efforce, et ça m’occupe bien assez.

Engagées! 21 portraits inspirants de femmes politiques suisses, de Nathalie Christen, Linda Bourget et Simona Cereghetti, 300 pages, Éd. LEP-THEMA. Parution début mai 2022.

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