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L'édito de Sonia Arnal: des repas qui en GIEC

Arnal Sonia edito 17 novembre 2019

C’est qu’entre l’influence des influenceuses qui photographient uniquement des avocado toasts et des bowls de légumes healthy saupoudrés de chia, et celle des copains qui défilent pour le climat en prônant les cardons locaux, la barbaque n’est plus en odeur de sainteté chez les jeunes urbains branchés.

© Ludovic Andral

«J’ai dû me battre toute leur enfance pour leur faire avaler un mini bouquet de brocoli et trois carottes, les légumes c’était un vrai combat. Et maintenant elles viennent me dire qu’elles sont végétariennes et que mes chipolatas en grillades, elles n’en veulent plus. Je les hais.» Ce copain légèrement excédé par le virage à 180° de ses deux ados et qui, on se rassure, ne les déteste pas vraiment, est loin d’être le seul parent un peu largué. C’est qu’entre l’influence des influenceuses qui photographient uniquement des avocado toasts et des bowls de légumes healthy saupoudrés de chia, et celle des copains qui défilent pour le climat en prônant les cardons locaux, la barbaque n’est plus en odeur de sainteté chez les jeunes urbains branchés. Maintenant que ses filles ont, en plus, une caution scientifique avec le dernier rapport du GIEC, qui recommande de se calmer un peu avec les steaks, le pauvre va devoir revisiter tous ses classiques. Sa traditionnelle fondue chinoise de Noël, par exemple, me semble sérieusement compromise.

C'était mieux avant ?

On rigole, mais s’adapter aux modes alimentaires du moment, pour le parent qui assume les repas au quotidien, c’est une vraie remise en question. Autrefois, tu achetais ta viande hachée au sortir du boulot, tu en faisais des hamburgers que tu accompagnais de haricots (pour te donner bonne conscience) et de purée lyophilisée, tout ça te prenait 15 minutes, tout le monde était ravi et le ketchup coulait à flots. Maintenant que tes ados sauvent en un même mouvement la planète et leur ligne, ta vie est un enfer.

Car tu as toujours une conscience, donc tu essaies de compenser leur apport journalier de protéines, et tu découvres à l’heure de réaliser la recette nord-africaine que tu as dégottée sur internet, soit 20 minutes avant de passer à table, que les pois chiches supposés le faire question protéines, ben fallait les laisser tremper toute la nuit pour pouvoir les utiliser, là, maintenant.

Oups. La maîtrise des légumineuses et des recettes végétariennes indiennes, thaïes ou que sais-je, c’est un peu l’ultime signe de distinction sociale aujourd’hui, le truc qui fait que tu en es. Ou pas. Bourdieu, qui relevait qu’aux pauvres allaient les morceaux de bidoche à cuisson longue, très longue, genre bouilli, et aux bourgeois les filets de bœuf grillés à la minute, doit bien rigoler en nous voyant laisser goger nos haricots rouges pour demain.

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