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L'édito

Autoportrait d'une philosophe du déni (ou comment j’ai acheté une gourde pour ne pas l’utiliser)

Langueurs de piscine et souvenirs d’enfance

«Avant même de savoir que je m’empoisonnais, je trouvais déjà absurde d’acheter de l’eau en bouteille alors qu’en Suisse on en a, généralement, de la meilleure au robinet.»

© Ludovic Andral

Je mange l’équivalent d’une carte de crédit en plastique par semaine. On serait plus ou moins tous dans ce cas (enfin, dans le mien ça semble plutôt être trois, à vrai dire). La nouvelle tourne sur les réseaux sociaux depuis une quinzaine de jours. Je sentais un peu l’intox, le coup de la carte de crédit trop symbolique pour être vrai.

Je suis donc remontée jusqu’à la source de l’étude et je crains que ce ne soit très sérieux, cette affaire. Le chercheur le plus cité à ce propos a sa page et sa photo (jolie moustache) sur le site d’une université tout ce qu’il y a de plus établie. Il est spécialisé dans la pollution à long terme des sols, et aussi des océans. Bref, ça n’est pas une fake news qui citerait une institution de défense de l’environnement mondialement connue (le WWF en l’occurrence) pour se donner des airs de crédibilité. Au temps pour ma politique de l’autruche.

Empoisonnement lié aux bouteilles en plastique...

Non parce que dans les exemples cités de comportements qui aggravent nos cas, il y a la question des boissons dans les bouteilles en plastique et c’est là que le déni s’avérait une politique assez utile. Avant même de savoir que je m’empoisonnais, je trouvais déjà absurde d’acheter de l’eau en bouteille alors qu’en Suisse on en a, généralement, de la meilleure au robinet. Il y a un peu plus d’une année, j’ai donc fait l’acquisition de deux gourdes en verre dans l’idée qu’à la maison comme au travail, j’irais les remplir régulièrement pour m’abreuver à volonté d’eau fraîche.

Mon problème dans la vie, c’est le suivi. Jour 1, tout va bien, je frétille, ma gourde est magnifique, je suis magnifique.

Jour 2, j’oublie d’en vider le fond en quittant précipitamment mon bureau vendredi soir, quand je reviens lundi matin, c’est limite aquaponie au fond de ma bouteille. Lavage, désinfection, retour à la case départ et, assez vite, aux algues. Bref, à force d’être mise en échec par une gourde, je suis revenue assez vite au plastique jetable – et donc au refus de me confronter à la vérité. Là, j’apprends que boire de l’eau en bouteille, c’est 90 000 microparticules de plus que les 52 000 de base qu’on engloutit par an. Gloups!

Ma question aux neuropsychologues: pourquoi est-ce qu’on continue à faire des choses stupides (boire de l’eau en bouteille), plus chères au demeurant, plutôt que des choses intelligentes? Dans mon cas, la réponse est simple: le quotidien et l’entropie du monde sont plus forts que moi.

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