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Féminisme

L'édito de Géraldine Savary: «Vous exagérez. Oui et alors?»

Edito Geraldine Savary redactrice en chef Femina

«Jamais Genève n’aurait vu arriver quatre femmes au gouvernement, jamais le Conseil d’État vaudois ne serait composé de cinq élues s’il n’y avait eu ces mobilisations féministes massives.»

© ELSA GUILLET

Les féministes crient-elles trop fort? La question monte en puissance, presque aussi vite que le prix du pain et le niveau des océans. Une enquête, organisée dans les pays voisins, montre qu’une partie de la population s’en agace. En Suisse, le débat crépite aussi de quelques flammèches. Cela signifie deux choses: premièrement qu’on les entend, ce qui, somme toute, est le but de toute prise de parole. Ensuite, admettons que le réflexe est naturel: quand on vous marche sur le pied pendant deux mille ans, normal que vous exigiez de l’autre qu’il bredouille quelques excuses.

Depuis cinq ans, des femmes manifestent, se bougent, écrivent, racontent, dénoncent, s’exposent. Et forcément, il y a comme une bousculade de mots, un trop-plein de colère.

Le philosophe allemand Theodor Adorno, qui préconisait une «stratégie de l’exagération», disait que «seule l’exagération est vraie», elle raconte «le genre de vie mutilée qui est la nôtre». Et on parle bien d’une société mutilée quand on prive de destin une partie de ses membres. La radicalité de certains mouvements féministes actuels contribue donc à faire exister toutes les femmes, y compris celles qui ne prennent pas la parole, y compris les plus modérées, y compris celles qui la condamnent. Jamais Genève n’aurait vu arriver quatre femmes au gouvernement, dont trois issues de partis de droite, jamais le Conseil d’État vaudois ne serait composé de cinq élues s’il n’y avait eu ces mobilisations massives. Dans les cantons où les voix les plus virulentes se sont fait entendre, les gouvernements se sont le plus féminisés.

Crier, sans se crier dessus

Cela étant dit, reprenons néanmoins la question. Le danger de radicalité peut surgir à partir du moment où plus on avance et moins on est suivi. La défense des droits des femmes suppose que les mouvements restent populaires, ouverts à toutes les générations. En ce sens, le 14 juin 2023 constituera le premier scrutin qui mesurera le socle des causes et celui des résistances. D’autre part, les mouvements féministes doivent savoir affronter les angles tranchants qui les divisent sans se menacer d’excommunication. Par exemple, et ce n’est pas exhaustif, le (mauvais) rôle des religions dans l’émancipation féminine, les questions de genre versus transidentité ou la face sombre de la prostitution. Crier oui, se crier dessus, non.

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