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Société

L'édito de Géraldine Savary: «Père, mère, parents»

Edito Geraldine Savary redactrice en chef Femina

«Si les autorités politiques souhaitent accompagner les changements de société, qu’elles assurent des places en garderie, la sécurité financière des familles monoparentales ou des primes d’assurance maladie supportables.»

© ELSA GUILLET

On a appris cette semaine que le gouvernement de la Ville de Zurich invitait par une circulaire le personnel enseignant, les élèves ainsi que leurs géniteurs à éviter d’utiliser le mot père et mère. Il faut désormais dire «parents» ou «tuteurs». Non seulement à l’école mais aussi dans les espaces et discussions privés. À table, quand tout le monde fait le récit de sa journée. La conversation se déroulerait comme suit: «Parent, je peux aller dormir chez Peter?» «Oui mon chéri, mais je dois d’abord en discuter avec ses tuteurs et tutrices» (en français, c’est encore plus compliqué). L’objectif du bureau de conseils aux parents zurichois? Ne pas stigmatiser des enfants qui vivent dans d’autres périmètres familiaux.

Eh bien, on peut dire que c’est raté. Nous qui en Suisse romande n’en avons presque rien à cirer de ce qui se passe en Suisse allemande (à tort) nous levons comme un seul tuteur pour condamner l’affaire. La mesure réussit à réunir tout le monde contre elle, celles et ceux qui valorisent les modèles de famille traditionnels triomphent sur le mode «on ne peut plus rien dire, mais on vous l’avait bien dit».

Triste débat qui caricature les vraies questions autour de la parentalité. D’abord, on nomme les parents comme on veut. Certains disent papa-maman à plus de 60 ans, d’autres mon père, ma mère, d’autres encore utilisent dès l’enfance le prénom de leurs géniteurs, sans qu’on sache pourquoi, et les générations qui suivent font pareil.

Un modèle au profit d’un autre

Bien sûr, le modèle familial a changé. La cellule traditionnelle composée d’un père et d’une mère se transforme au fil des trajectoires individuelles, des rencontres ou des coups du destin. Rares sont les enfants qui peuvent se prévaloir, toute leur vie, de parents réunis tous les soirs ensemble sur le même canapé. Est-ce un drame? Les sociétés anciennes et pas si lointaines vivaient sous d’autres écosystèmes et rien ne nous assure qu’ils étaient pires. Il y a aujourd’hui des foyers monoparentaux, des foyers où les beaux-pères et belles-mères jouent un rôle prépondérant, des foyers composés de personnes de même sexe, dans lesquels les personnes s’aiment, se disputent, se séparent.

L’État doit accompagner ces évolutions. Qu’ils écrivent désormais aux parents (plutôt qu’au père et à la mère) pour les informations officielles est une bonne chose. Qu’il décide de jeter un modèle au profit d’un autre et de l’imposer à toutes et tous pose problème. L’enfant de toute manière n’est pas dupe, il sait faire la différence entre les us qui prévalent dans une collectivité et sa propre singularité. De cette manière il se construit, de cette manière il s’en libère. Si les autorités politiques souhaitent accompagner les changements de société, qu’elles assurent des places en garderie, la sécurité financière des familles monoparentales ou des primes d’assurance maladie supportables.

Retrouvez l'édito de Géraldine Savary tous les dimanches dans le magazine Femina.


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