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Le confinement, une occasion de réinventer sa famille

Confinement facon reinventer famille

«Ces circonstances particulières vont permettre aux gens de déployer leur créativité.»

© Getty

L’idée de devoir rester confiné chez soi pour cause de coronavirus fait peur. Et la perspective de rester coincé avec son conjoint et/ou sa progéniture pour une durée indéterminée quand on a l’habitude de sortir, d’avoir des activités extra-familiales et de voir du monde soulève toutes sortes d’angoisses. Ne risque-t-on pas de ne plus avoir grand-chose à se dire au bout de quelques jours? Comment va-t-on pouvoir canaliser sa propre énergie et celle des petits qui tournent comme des lions en cage? Que faire pour gérer les tensions et l’humeur potentiellement massacrante de la maisonnée cantonnée? Bref, on peint volontiers le diable sur la muraille. Pourtant, comme le relève le pédiatre et psychothérapeute des familles, Nahum Frenck, il suffit de changer un tout petit peu de perspective pour transformer cette mise en demeure en nouvelle aventure familiale. Explications…

FEMINA Habitudes et horaires quotidiens chamboulés, impression d'être en permanence les uns sur les autres... même si on aime son conjoint et ses enfants, le confinement n'est pas synonyme de vacances et les choses peuvent vite mal tourner, non?
Nahum Frenck
Ce huis clos nécessite qu’on modifie sa perspective et qu’on invente quelque chose ensemble, sans quoi ça peut en effet vite se transformer en Nef des fous. A vrai dire, le choix est simple: soit on se la joue Sartre et on vit un enfer avec les autres; soit on prend les choses par l’autre côté. A ce propos, je citerai une petite blague qui circulait sur la Toile: «Quand les plombs ont sauté, on est tous sortis de nos chambres et j’ai rencontré des gens supersympas… c’était ma famille!» En d’autres termes, ce confinement peut justement être l’occasion de se (re)découvrir les uns les autres!

Et c’est d’ailleurs là que la co-construction de l’espace familial prend toute sa force: on discute, on dialogue et, en partant de là, on crée un nouvel équilibre.

C'est-à-dire?
Eh bien, ces circonstances particulières vont permettre aux gens de déployer leur créativité. J’ai par exemple reçu par internet une espèce de grille horaire des activités de famille: de 8 h du matin à 20 h, chaque case est remplie, ce qui permet de gérer le temps et les activités, personnelles et communes, en fonction de chaque membre de la tribu.

Ce qui n'empêche pas tensions et dissensions...
Evidemment non, les risques de tensions sont bien réels. Des êtres humains en interaction, c’est comme des silex qu’on frotte l’un contre l’autre, ça fait des étincelles. Reste à savoir ce qu’on en fait! En l’occurrence, comme adulte, il n’est pas interdit de prendre sur soi: ouvrir la fenêtre pour respirer, faire de la méditation pour se calmer ou encore allumer une bougie silence pour faire baisser la pression générale!

Il n’en reste pas moins qu’il peut être compliqué d’avoir à s’occuper de ses enfants en permanence, sans pouvoir déléguer de temps en temps!
C’est vrai que ça peut être horriblement lourd et que ça exige énormément de patience. Et là, je parle en tant que théoricien puisque j’ai passé l’âge d’élever des enfants! Cela dit, étant donné la jeunesse des parents, je dirais qu’ils sont physiologiquement construits pour. A priori, ils ont donc les ressources nécessaires pour pouvoir assumer cette situation. Pour moi, la meilleure chose à faire, c’est vraiment de quadriller et baliser la journée. Déterminer qui fait quoi à quel moment précis permet de mieux s’orienter et, du même coup, de s’organiser.

Par ailleurs, je pense qu’il faut aussi lâcher du lest, se montrer moins strict et moins casse-pieds sur différentes choses.

Comme quoi?
Comme le rangement, par exemple. Les «fais ton lit, range ta chambre et ramasse ton chenit», on peut très bien laisser un peu tomber. Je pense qu’il faut se dire qu’on va passer une période qui n’est pas du temps de famille profane, mais du temps de famille sacré. Donc… faisons Carnaval!

Certes, mais comment faire Carnaval quand on est stressé, voire angoissé par cette maladie et qu’on a des proches âgés et/ou considérés comme fragiles?
Une fois de plus, on parle! Je pense que l’idéal, c’est de pouvoir transmettre nos soucis à nos enfants. Nous devons les partager avec eux. Ça s’appelle la solidarité. Mais attention, j’ai dit partager nos inquiétudes, ce qui n’est bien sûr pas les leur faire porter!

Concrètement, on peut donc expliquer les choses très simplement et dire pourquoi on ne peut par exemple pas aller voir grand-maman et grand-papa, mais qu’on peut les aider autrement.

Grâce aux nouvelles technologies, que de nombreux aînés maîtrisent souvent bien, les enfants peuvent ainsi leur raconter des tas de choses en leur parlant au téléphone, via WhatsApp ou en leur montrant par Skype un dessin fait exprès pour eux, etc. L’idée, c’est de leur expliquer clairement la situation et de leur donner une tâche à la mesure de leurs possibilités afin qu’ils comprennent mieux ce qui se passe.

Et quid des ados? Peut-on leur lâcher un peu la bride avec internet?
C’est une façon moderne de faire les choses, donc oui, pourquoi pas. Mais on peut aussi en profiter pour avoir de grandes discussions avec eux, échanger, se questionner ensemble sur ce qu’on est en train de vivre, sur le sens qu’on peut donner à tout ça…

Ça, ça peut marcher quelques jours… mais que faire si ça se prolonge?
Je le répète à longueur de journée: dans l’évolution des espèces, ceux qui s’en sortent sont ceux qui s’adaptent le mieux aux circonstances! En l’occurrence, je pense qu’il faut avancer et inventer au jour le jour… on ne sait en effet pas combien de temps tout ça va durer ni dans quelle direction on va, mais je pense qu’il est très important de faire tout ce qu’on peut pour s’ajuster avec le plus de souplesse possible à ces nouvelles contingences. Sans oublier qu’il y a tout de même des tas de moyens d’occuper la journée, même si on ne peut pas sortir ou recevoir des gens à la maison. Via des horaires préétablis, on peut décider que de telle heure à telle heure, c’est lecture (à ce propos on peut aussi très bien se lire des histoires à voix haute les uns aux autres, par exemple), ensuite, c’est le temps des cours en ligne, puis celui de la pause, puis celui du travail. On peut aussi proposer des jeux ou encore des activités ludo-éducatives, comme des visites virtuelles de grands monuments historiques ou de musées disponibles en ligne [et généralement accessibles gratuitement, ndlr]. Je le répète: il faut se montrer imaginatif et créatif!

Et les couples sans enfants… ne risquent-ils pas de rapidement tourner en rond et d’avoir vite fait le tour des sujets de conversation?
Il n’y a pas forcément plus de risques d’ennui et d’épuisement des conversations aujourd’hui… surtout pour ceux qui sont déjà dans la routine et co-existent comme des momies! Cela dit, ce confinement peut en effet être comparable à ce que ressentent certains parents quand les enfants devenus grands quittent le foyer et qui sont confrontés à ce qu’on appelle le syndrome du nid vide. C’est donc dans ces moments qu’il devient particulièrement important de méta-communiquer et de se demander à deux ce qu’on veut et ce qu’on va devenir, qu’il faut regarder quelles sont les règles à mettre en place pour pouvoir bien vivre ensemble. Dans certains cas, ça permettra à des conjoints de comprendre qu’ils n’ont en effet plus rien à se dire et pourra précipiter des situations de séparation. Dans d’autres, au contraire, ça favorisera un départ dans une nouvelle direction. En fait, quelles que soient les périodes de la vie familiale et conjugale, il est nécessaire de toujours avoir une relation de couple vivante et créative!

A vous entendre, cette crise est presque une chance pour les familles et les couples qui se retrouvent confinés!
Je le pense, oui! Evidemment, cette maladie est horrible puisque des gens en souffrent et en meurent. Toutefois, si on regarde la situation générale sous un autre angle, on peut y voir des aspects positifs: les mots entraide et solidarité reprennent du sens; on se met à recevoir des courriels de gens qu’on n’avait pas vus depuis des lustres et qui vous proposent leur aide pour aller vous faire des courses ou vous donner des coups de main pour différentes choses… et c’est assez extraordinaire. Et puis, cette crise offre aussi une bonne occasion de se remettre en question, de revoir ses priorités, de repartir dans une autre direction. Il est dommage que la Nouvelle-Zélande ait fermé ses frontières mais, plaisanterie mise à part,

cette situation ouvre vraiment la possibilité de s’embarquer dans une nouvelle aventure personnelle et familiale.

Comment?
En réfléchissant, en remettant les choses en perspective, tout simplement. On peut se demander: Qu’est-ce que nous allons construire à partir de ça? Qui prend la responsabilité de quoi? Ça n’a l’air de rien, mais ça peut faire complètement basculer les choses. Prenons l’exemple d’un papa qui n’est généralement pas très présent, mais qui est maintenant là tout le temps pour cause de confinement et de télétravail. Eh bien, il faut désormais lui donner un rôle, tandis que la maman, parallèlement, doit apprendre à lâcher un peu un certain nombre de trucs et accepter que tout ne va peut-être pas être aussi parfait que quand c’est elle qui fait, mais que c’est quand même acceptable… parce que Monsieur a un cerveau masculin!

Au fond, chacun doit concéder un petit effort… et surtout faire preuve d’humour pour ne pas tomber dans le pathos d’une situation épouvantable. Souvenez-vous du film «La vita e bella». En pleine guerre, dans une situation tragique et épouvantable, Roberto Benigni, qui joue le père, arrive à transcender l’horreur et à la transformer en histoires extraordinaires pour en protéger son fils… c’est justement de la responsabilité des adultes que de dédramatiser les situations. Et puis, injecter un peu d’imaginaire, de rire et de magie, c’est un cadeau qui bénéficie à tout le monde.

Pour en savoir plus, on peut se référer à l'essai: «Défis de familles - 16 histoires de thérapie systémique», Nahum Frenck, Jon Schmidt (Ed. Loisirs et Pédagogie)

Le Dr Nahum Frenck pense que le confinement peut être une belle occasion de réinventer sa famille. ©Yvain Genevay
Le Dr Nahum Frenck pense que le confinement peut être une belle occasion de réinventer sa famille. © Yvain Genevay

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