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Le cœur des villes doit se mettre au vert!

Le coeur des villes doit se mettre au vert REGIS COLOMBO

Lancé en 2008, le plantage de la Bourdonnette fait partie des potagers mis à disposition des habitants par la Ville de Lausanne.

© REGIS COLOMBO

Les conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur l’évolution du climat (GIEC) qui viennent de paraître sont catégoriques: il n’est pas encore trop tard pour éviter les effets catastrophiques des dérèglements climatiques. Mais à une condition: réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans les trois ans, afin de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius.

Parmi les pistes proposées par le GIEC, la résilience urbaine. Soit, idéalement, la capacité des cités et de leurs habitants «à s’adapter aux crises et à leurs conséquences mais aussi, et peut-être surtout, à en atténuer parallèlement les causes», résume Johann Recordon, du Centre de compétences en durabilité de l’UNIL. En clair, les villes, qui abritent une grande partie de la population (70% des gens en 2050), ont un rôle importantissime à jouer, comme le confirme Patrick Hofstetter, expert Climat au WWF.

En Suisse, le message semble avoir bien passé dans certains grands centres, qui ont élaboré des plans climat ambitieux – dont certains volets sont parfois compliqués à mettre en place pour des questions légales autant que pratiques et d’autres, déjà effectifs. Ainsi Genève, Bâle, Zurich, Delémont, Saint-Gall, Thoune, Berne. Ou encore Lausanne qui, au niveau national, arrive d’ailleurs en tête du One Planet City Challenge – un concours organisé par le WWF à l’échelle mondiale récompensant les meilleures stratégies et mesures climatiques. Sachant que celles-ci ont pour objectif le zéro carbone, une gestion durable de l’eau ou encore des espaces de vie naturels et variés, entre autres, le défi est énorme. Mais pas insurmontable. Ce que cela implique concrètement?

La piétonnisation

Pour espérer atteindre le zéro carbone, il s’agit de «sortir de notre dépendance au pétrole et au gaz», note Patrick Hofstetter. Ce qui passe par exemple par la mise en avant de la mobilité douce – marche, vélo, transports en commun, etc. Ainsi que par la piétonnisation pure et simple des zones urbaines, ajoutent tant Johann Recordon que Nelly Niwa, architecte urbaniste EPFL et directrice du Centre de compétences en durabilité de l’UNIL, ou encore l’écologue urbaine et chercheuse en sciences de la vie à l’Université de Zurich Nathalie Baumann. Une ville sans trafic? L’idée peut faire bondir – elle a pourtant tout bon, relève Nathalie Baumann:

«Imaginer des routes sans circulation ouvre de nouvelles perspectives, aussi bien en termes d’atténuation des émissions de GES que d’adaptation au réchauffement.»

C’est-à-dire? Comme le bitume capte la chaleur, il s’agit de l’enlever et de le remplacer par des matériaux comme des pavés, par exemple, ce qui permet de facto de baisser un peu les températures estivales. En parallèle, il faut végétaliser ces zones: «On aura ainsi des allées offrant des coins de nature, des ombrages et des points de fraîcheur naturelle dans lesquels évoluer dans une tout autre atmosphère – au propre comme au figuré», remarque Nelly Niwa. À noter que ce type de mesure assure également une meilleure gestion de l’eau et de la biodiversité.

L’Écoparc de Neuchâtel était une friche ferroviaire, près de la gare. De nouveaux bâtiments ont été construits, d’anciens espaces industriels et artisanaux ont été transformés. © YVES ANDRE

Le thermique

Réduire l’empreinte carbone nécessite aussi le remplacement des chauffages classiques par des alternatives respectueuses – comme les pompes à chaleur – tout en repensant parallèlement l’isolation thermique des bâtiments pour éviter des déperditions d’énergie en hiver et des surchauffes en été, celles-ci étant trop souvent contrées par des systèmes de climatisation, grands émetteurs de CO2. Actuellement, tandis que les villes tentent de régler cette double problématique sur leur parc immobilier, il reste à convaincre les propriétaires privés: «Pour l’heure, ceux-ci sont incités à entreprendre des travaux grâce à des subventions ou des programmes d’accompagnement. En parallèle, des mesures contraignantes vont monter en puissance avec l'obligation d'assainir les bâtis les moins performants et l'obligation d'efficacité énergétique des nouveaux édifices», indique Nelly Niwa.

La construction

Autre volet important dans une perspective zéro carbone: la construction – qui génère énormément de GES. Est-ce à dire qu’il ne faudrait plus bâtir? Unanimes, les experts estiment qu’il faudrait en effet l’éviter autant que possible et favoriser les rénovations: «En moyenne, en termes d’émission de GES, une rénovation lourde réalisée de manière bas carbone, ce qu’on sait très bien faire même si les spécialistes sont encore rares, c’est de l’ordre de 500 kilos de CO2 par m2, précise Johann Recordon. Pour une démolition-reconstruction, on compte le double, 1000 kilos de CO2 par m2. Quant à une construction neuve en bas carbone, avec des matériaux comme le béton recyclé, la brique en terre crue, le bois et du verre pensé en fonction de l’exposition solaire, c’est à peu près 650 kilos de CO2 par m2.»

Les divers espaces publics des Vergers, à Meyrin (GE), sont aménagés avec le souci de réconcilier ville et campagne. © LUCIEN FORTUNATI/TAMEDIA

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