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L’armée taillera des uniformes pour les soldates

Larmee suisse taillera de nouveaux uniformes pour les femmes soldates

«A professions égales, il ne suffit pas d’adapter les uniformes masculins au féminin, ça ne peut plus être tabou.» - Marianne Binder-Keller, conseillère nationale (Le Centre/AG)

© Dominic Steinmann / Keystone

SMHE. Quatre lettres pour briser une logique militaire bien datée: depuis 1848, en effet, la soldate s’adapte au matériel conçu pour le soldat. Mais ça va enfin changer. L’armée a mandaté Armasuisse, l’office fédéral chargé des achats militaires, pour mener un nouveau projet: le Système modulaire d’habillement et d’équipement pour les engagements militaires. Et pour la première fois, la dualité femme-homme a été prise en compte, de la culotte au système d’hydratation, en passant par la tenue de combat, le gilet pare-balles et le sac à dos. «Les uniformes et les équipements de l’armée sont trop peu ou pas du tout adaptés aux besoins spécifiques des femmes», reconnaît ainsi Sievert Kaj-Gunnar, chef de communication d’Armasuisse. Il assure toutefois que «ce point important a été pris en compte dans les travaux en cours, qui couvrent à la fois la formation et le déploiement».

Lara*, une gradée, se souvient en souriant: «Il m’est arrivé de disparaître à l’intérieur de mes habits et de ressembler à un enfant déguisé.» Une gêne qu’elle a ressentie à plusieurs reprises depuis son engagement au moment de recevoir le matériel. La soldate a fait partie des personnes consultées pour le projet SMHE. Début avril 2021, elle pourra même tout tester en vrai:

«Ça va être incroyable de sentir les changements ergonomiques. C’est une formidable perspective d’amélioration du travail quotidien.»

Objectif: optimisation

«Il n’a pas toujours été facile d’être entendue sérieusement pour sa différence», confie Anne*, une gradée elle aussi, qui juge «les plus petits habits disponibles bien trop grands». A l’arsenal, lorsqu’elle demande une taille appropriée, elle reçoit parfois ce retour: «Ce n’est pas un concours de beauté, Madame!» et regrette «qu’on fasse ressentir aux femmes que le problème vient d’elles».

De son côté, le major Tamara Moser, cheffe du projet Armée et inclusion des femmes, et première femme élue au comité de la Société suisse des officiers, espère une évolution: «L’armée n’a pas pris les mesures nécessaires structurellement et culturellement à ce jour pour inclure les femmes. Ça se reflète également dans la question des équipements et des vêtements.»

Delphine Allemand, porte-parole de l’armée, confirme que «des personnes des deux sexes ont été utilisées dans les différentes séries de tests». Et de préciser: «L’objectif n’était pas de mettre l’accent sur l’apparence spécifique au sexe, mais de concevoir de manière optimale les sous-vêtements fonctionnels pour différentes formes et tailles de corps en particulier. La priorité est mise sur le confort et la fonctionnalité des vêtements, indépendamment du sexe. Les propriétés biomécaniques, thermophysiologiques et ergonomiques ont pu être améliorées par rapport aux anciens uniformes.»

La tenue de sortie

A terme, les changements vont aussi toucher la tenue de sortie gris souris, dite tenue A. Pour Lara*, «elle remplit son rôle, mais n’a aucune allure. Il est rare d’entendre un: Waow, génial! J’opte toujours pour la version avec jupe – c’est le seul moment où on peut exprimer sa féminité.»

La modernisation de la tenue A tarde pour la conseillère nationale Marianne Binder-Keller (Le Centre/AG), qui a déposé un postulat en ce sens le 11 mars:

«A professions égales, il ne suffit pas d’adapter les uniformes masculins au féminin, ça ne peut plus être tabou. Un bel uniforme ne suffit pas à attirer une femme dans l’armée, mais un mauvais uniforme la rebutera certainement.»

Étonnamment, le dernier achat d’uniformes remonte au milieu des années 80. Les pionnières se souviennent d’un temps plus lointain encore. Inès Mottier, 77 ans, se rappelle de sa première tenue, en 1964, date de son engagement dans le service des pigeons voyageurs (supprimé en 1996). A l’époque, l’uniforme des femmes était taillé dans le tissu de celui des facteurs – une gabardine solide, bleu foncé – qui les distinguait des hommes. «Il était formidable, fabriqué en Suisse.»

Elisabeth Copt, 79 ans, engagée dans la même section et la même année, l’évoque avec fierté tout en avouant: «On n’était pas très coquettes, mais ça nous allait.» La Valaisanne sourit: «Les Romandes étaient beaucoup plus relax que les Alémaniques.» Elle raconte ces moments où les collègues masculins profitaient de leur grande capote pour faire entrer illégalement de l’alcool: «On cachait autour de la ceinture 4 ou 5 bouteilles de vin.» C’était la fête tous les soirs alors? «Bon, ils faisaient la fête entre eux. Mais on était d’accord avec ça.»

* Noms connus de la rédaction

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