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Elles visibilisent le quotidien et les défis des avocates

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«Défendre un criminel, ce n’est ni excuser ni adhérer à l’acte. C’est comprendre ce qui s’est passé, retourner «l’objet» pour en voir tous les angles.» - Deborah Hondius, avocate.

© ANOUSH ABRAR

Avocates de renom, Valentine Bagnoud et Deborah Hondius aiment passionnément leur métier. Un jour, par envie tout à la fois de rendre hommage à des femmes pénalistes et d’en savoir plus sur elles, elles ont décidé de partir à leur rencontre. Il en résulte Paroles d’avocates (Éd. Favre), un recueil de six portraits-témoignages qui permettent notamment de découvrir les coulisses des prétoires. Rencontre avec les deux auteures.

FEMINA Pourquoi avoir choisi un angle résolument féminin?
Deborah Hondius
D’abord, étant nous-mêmes avocates, c’était assez naturel de nous intéresser à des consœurs. Ensuite, nous avions envie de donner de la visibilité au versant féminin de la profession: nous sommes très nombreuses à la pratiquer mais parfois moins mises en lumière que nos confrères! Par ailleurs, nous avons choisi ces personnalités, qui peuvent être des modèles, pour comprendre non seulement ce qu’elles ressentent mais aussi comment elles fonctionnent et gèrent leur vie «d’à côté», les «nuits d’intranquillité».

Vous avez rencontré des avocates connues et exemplaires: Lorella Bertani, Dina Bazarbachi, Eve Dolon, Yaël Hayat, Catherine Hohl-Chirazi et Fanny Margairaz.
Deborah Hondius
Il est vrai que ces personnalités sont connues parce qu’on les associe à des procès très médiatisés. Mais que sait-on vraiment d’elles? De leurs ressentis? Or, c’est vraiment cet aspect-là qui nous intéressait! Elles ont chacune des profils très différents: quand certaines sont exclusivement du côté des victimes, d’autres n’hésitent pas à assurer la défense de «bandits de grand chemin», de criminels et de pédophiles…
Valentine Bagnoud
En effet, nous tenions à proposer un échantillon représentatif de tout ce qui se fait dans la réalité – et de voir comment ça peut être fait.

Malgré leurs engagements différents, ont-elles des points communs?
Deborah Hondius
Oui. Outre le fait qu’elles se sont ouvertes plus facilement que nous ne le pressentions et qu’elles ont énormément de courage, toutes, au moment où nous les avons rencontrées, avaient la conviction absolue de ne pas vouloir exercer un autre métier. Ce qui m’a permis de comprendre d’où venait leur énergie pour défendre!

En même temps, leurs récits montrent bien qu’on ne naît pas avocate: au-delà de la vocation, vaincre sa peur, se rendre en prison ou parler en public et avec éloquence sont par exemple des choses qu’il faut apprendre… et qu’elles continuent à apprendre.

Valentine Bagnoud Elles ont aussi un intérêt fondamental pour l’humain et ont le courage d’être elles-mêmes: chacune s’est faite à sa manière. D’ailleurs, ce que vous raconte l’une peut être en totale opposition avec ce que vous dit l’autre.

Vous dites qu’il n’y a pas de «formule magique» pour être pénaliste. Mais faut-il être fait d’un bois particulier?
Valentine Bagnoud
Le droit pénal est un monde à part, intrinsèquement hors norme. Donc, oui, je pense qu’il faut avoir la fibre. Tout comme une urgentiste doit l’avoir pour supporter la vue du sang et les horaires de dingue.
Deborah Hondius Ce qu’on a constaté, nous, c’est une capacité à la fois d’indignation et de résistance. Dans chacun des combats qu’elles nous ont racontés, on voit ce à quoi elles sont confrontées: le procureur et la partie adverse, évidemment, mais aussi l’opinion publique, parfois même les politiques…

Oui, mais elles défendent parfois ce qui semble indéfendable, non?
Valentine Bagnoud Pour elles, l’équation ne se pose pas en ces termes: elles cherchent ce que Yaël Hayat appelle «les points blancs dans un espace d’une certaine noirceur».

Autrement dit, un humain ne se résume pas à un acte commis. Par ailleurs, ce n’est pas parce que quelqu’un a perpétré les pires crimes qu’il n’a plus des droits de procédures.

Deborah Hondius Défendre un criminel, ce n’est ni excuser ni adhérer à l’acte. C’est comprendre ce qui s’est passé et retourner «l’objet» pour en voir tous les angles afin de porter la vérité du dossier!

Le fait d’être femme ou homme change-t-il l’exercice de la profession?
Deborah Hondius
Dans les cas de violences sexuelles, les victimes auront plus facilement tendance à se confier à une avocate. Mais au-delà de ces causes spécifiques, je vois les mêmes capacités d’indignation de part et d’autre. Avec une vision parfois différente mais complémentaire.
Valentine Bagnoud
Cette complémentarité peut être un vrai atout, raison pour laquelle on voit d’ailleurs de plus en plus souvent des collèges de défense «mixtes».

Ce qui nous amène au sexisme. Est-ce un problème dans le métier et constatez-vous une évolution depuis MeToo?
Deborah Hondius Même si, en pénal, il est encore assez fréquent d’être la seule femme à une table de réunion, je n’en ai pas subi. Mais évidemment, Lorella Bertani, ou d’autres avocates qui pratiquent depuis plus longtemps que nous, ne vous raconteront pas la même histoire! Cela dit, les choses évoluent, des mesures sont prises autant au niveau de l’Ordre des avocats que dans les études et la parole s’est libérée, qu’il s’agisse de harcèlement en général ou sexuel en particulier.
Valentine Bagnoud
Il y a évidemment des irréductibles qui ne changeront pas, mais je pense que ce n’est pas propre à notre métier: c’est à l’image de ce qui se passe dans la société.

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