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Droits des travailleuses du sexe: Grisélidis Réal, l'esprit libre

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Grisélidis Réal est l’une des 100 femmes dont le parcours est recueilli dans un très beau livre intitulé 100 Elles, pour une féminisation de la mémoire collective genevoise.

© Tribune de Genève

C’est qui?

Activiste pionnière avant tout, Grisélidis Réal a choisi d’unir sa voix à celles qui, dès la fin des années septante, s’élevaient pour défendre les droits des travailleuses du sexe. Ayant elle-même eu recours à la prostitution pour subvenir à ses besoins, elle souhaitait transformer le regard porté sur ce métier.

Diplômée de l’Ecole des arts décoratifs de Zurich, en 1949, elle se marie, puis divorce, fréquente les milieux artistiques, peint et expose. Les revenus sont maigres, elle cumule les jobs alimentaires. Elle aura quatre enfants, se bat pour les assumer, mais deux seront placés: «On m’avait appris que le meilleur chemin c’était de se marier, faire des gosses et être heureuse. Et bien c’est pas évident d’être heureuse si vous vous mariez et que vous faites des gosses.» En 1960, elle part pour Allemagne avec son compagnon et les deux enfants encore à sa charge. Une période très dure, mais également «pleine d’animations, d’imprévus, d’aventures». Précarisée, elle commence à se prostituer par nécessité. Arrêtée quelques années plus tard pour trafic de drogue, elle passera 6 mois en prison et se lance dans l’écriture. De retour en Suisse, elle tentera à nouveau de vivre de son art, mais les ventes ne décollent pas. Elle continue de se prostituer.

Pourquoi elle lutte?

En 1974 l’émission Temps Présent consacre un sujet à la prostitution et lui demande de témoigner.

Elle n’y affirme pas encore que ce métier est «un art, un humanisme et une science à condition d’être pratiqué volontairement et dans de bonnes conditions», mais suggère déjà qu’il devrait être envisagé différemment.

Paris, 1975, une manif des travailleuses du sexe attire son attention. Elle s’engage dans la lutte pour la défense des droits des prostituées et ne la quittera plus, défendant jusqu’à la fin de sa vie le rôle social de la prostitution comme refuge de la misère sexuelle, sans en nier les aspects violents ou sordides. Elle envisage même la prostitution comme acte de rébellion. En 1982, elle fonde l’association Aspasie pour la défense des droits des travailleuses et travailleurs du sexe et publie plusieurs ouvrages. Elle se qualifiera de courtisane révolutionnaire: «On ne va pas dire ex-boulanger, ex-couturière. Vous restez pour toujours ce que vous avez exercé, réalisé, créé. J’estime donc que je suis une prostituée ad aeternam.»

Pourquoi on en parle?

Elle est l’une des 100 femmes dont le parcours est recueilli dans un très beau livre intitulé 100 Elles, pour une féminisation de la mémoire collective genevoise. Scientifiques, écrivaines, artistes, syndicalistes, 100 biographies de femmes ayant contribué à construire l’identité genevoise sont réunies dans cet ouvrage rédigé par des historiennes de l’Université de Genève et illustré par 10 artistes genevoises. Ce n’est en tout cas pas sans Grisélidis Réal que cette histoire se racontera.

100 Elles, pour une féminisation de la mémoire collective genevoise, L’Escouade, éd. Georg.

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