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Les nouvelles technologies nous font gagner énormément de temps. Mais, si l’on n’y prend pas garde, elles peuvent se transformer en un engrenage qui fait qu’au contraire, on n'a «plus le temps pour rien». Que ce soit les jeux ultra addictifs de type Candy Crush, les nouvelles applis qui cartonnent (My Idol, suis mon regard) ou les multiples réseaux sociaux, toutes ces activités 2.0 peuvent très vite se révéler chronophages. Catherine Lejealle, auteur de l’ouvrage «J’arrête d’être hyperconnecté» (Ed. Eyrolles) nous livre ses astuces pour réussir à débrancher.

FEMINA Pourquoi y-a-t-il aujourd’hui besoin d’entreprendre une détox digitale?
CATHERINE LEJEALLE
Vous avez tout à fait raison de souligner que nous sommes désormais arrivés à une démocratisation et à une maturité des usages des nouvelles technologies si bien que c’est justement le bon moment pour se poser et remettre en question nos pratiques. Les devices permettant de se connecter (mobile, tablette, ordinateur) sont devenus plus performants et plus polyvalents (appareil photo, lecteur MP3, console de jeu, accès aux médias sociaux…). En parallèle, les forfaits illimités sont désormais très accessibles financièrement et la qualité de réseaux est excellente. Au domicile, nous avons aujourd’hui 6,5 écrans par foyer, soit autant de tentations de se connecter. Cette conjonction de facteurs financiers et techniques fait que, insidieusement, tout au long de la journée, dans toutes les sphères de nos vies, nous avons pris l’habitude de nous reposer sur ces outils pour gagner du temps mais aussi de nous connecter pour passer le temps qu’ils nous font gagner! Les verbatim des jeunes (et moins jeunes) que j’ai interrogés sont éloquents: «Sans mon mobile, je suis mort» ou «Si on me retire mon portable, c’est comme si on m’amputait du bras».

Que faire pour réussir à se déconnecter?
Il est opportun de réfléchir à nos usages, pour les optimiser en limitant ceux qui riment avec stress et fatigue, en privilégiant ceux qui nous font gagner du temps ou du plaisir et en découvrant de nouveaux usages qui peuvent nous rendre la vie plus facile ou plus douce. Ainsi, à travers des jeux, des explications théoriques (car maîtriser c’est d’abord comprendre), des défis à relever entre proches, le programme de 21 jours que j’explique dans mon ouvrage permet de mettre en place de nouvelles routines et de se préparer aux innovations à venir.

Et si la vie réelle était exactement comme sur Facebook?

Parlez-nous plus en détail de votre méthode.
La philosophie du programme, dans le plaisir et sans culpabilité, vise à nous remettre nous en tant que personne digne de respect au centre du tableau. Il s’agit de comprendre que nous nous imposons une certaine fatigue lorsque nous répondons du tac au tac à tous les messages que nous recevons (courriels, SMS, Snapchat, notifications sur Facebook…), que celle-ci se fait au prix d’une fragmentation de notre activité, d’une surcharge cognitive car nous nous obligeons à zapper d’un contexte à un autre. Certains enquêtés se sentent comme les domestiques de Feydeau, dressés à accourir à la moindre interpellation. Ce n’est rien d’autre que ce disait déjà Thorstein Veblen, penseur du XIXème siècle: la maîtrise de son temps est signe de pouvoir… J’ajouterai de «respect de soi».

Pourtant nous nous sentons plutôt satisfaits de toutes ces possibilités. N’est-ce pas paradoxal?
Vous avez parfaitement raison, l’euphorie du partage et de l’échange nous donne la sensation d’exister encore plus pleinement. Cette accélération du temps, cette boulimie d’information que nous survolons en nous sentant présent au monde est encore plus marquée chez les générations Y et les Z. Cette griserie de participer à cent mille choses à la fois conduit à la Fear of Missing Out (FOMO), c’est-à-dire le sentiment qu’il y a une soirée, une info ou un événement que nous sommes en train de manquer.

Quels sont les dangers de l’hyperconnection pour la santé?
Sans nous en rendre compte, cette connexion permanente sur plusieurs registres (ou scènes) génère une fatigue chronique car notre cerveau ne sait gérer que deux activités en parallèle et sature. Nous nous plaignons parfois d’un manque de concentration et d’attention voire d'un petit burn-out alors qu’un travail séquentiel et des pauses régulières résoudrait le problème. Renonçons à tout voir, tout savoir, tout connaître en constatant que depuis sa création jusqu’en 2003, le monde a produit autant d’informations que ce qui se crée aujourd’hui tous les deux jours. Octroyons-nous des moments de pause entre deux activités sans nous sur-stimuler et essayons d’entrer en méditation pleine conscience, c’est également très tendance!

La rupture amoureuse selon Facebook

Ces mesures concernent davantage le registre professionnel. Quelles autres règles peut-on mettre en place dans sa vie personnelle?
Dans le registre privé, le programme invite à ralentir l’exposition de soi et l’exigence de nourrir notre lectorat de selfies et contenus, en nous autorisant à profiter de moments sans nécessairement les documenter sur le web. Il s’agit de retrouver pleinement des sensations pour s’immerger dans un dîner en amoureux, un bain moussant, un trajet où l’on admire le paysage sans l’exigence d’être ici et ailleurs. Sans compter que dans quelques années, nous risquons de regretter certaines images trop vite envoyées.

Quels sont, selon vous, les avancées technologiques qui nous attendent? Comment vont-elles bousculer nos modes de vie?
Demain et aujourd’hui déjà dans une moindre mesure, sous certaines conditions, les connexions offrent un gisement d’efficacité et de partage inégalé, notamment en exploitant les MOOC pour acquérir de nouveaux savoirs, rencontrer de nouvelles personnes pour partager une sortie de géocaching ou de science participative, ou encore de tisser des liens autour d’une passion. Les Airbnb, Uber, Coach surfing et autres sites de crowdfunding s’annoncent comme une tendance de fond permettant à la génération Y (celle des Pourquoi) et surtout à la Z (celle des Pourquoi pas) d’inventer un futur plus collaboratif, plus inventif, plus centré sur le partage et la co-création. Nous réaliserons ensemble nos rêves les plus fous, deviendrons à la fois consommac’teur, producteur, relais et pleinement concernés par la valeur de l’expérience de consommation que nous co-créons en ligne ou hors ligne avec ceux rencontrés ici et ailleurs.

J'ai testé: 40 jours sans Facebook

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