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    Et si la vie réelle était exactement comme sur Facebook?

    Le 28 février, journée mondiale sans Facebook, est dédiée chaque année à la réflexion quant à notre addiction aux réseaux sociaux, et à l’usage qu’en font les annonceurs publicitaires. Pour l’occasion, nous nous sommes demandé à quoi ressemblerait notre société si ses codes étaient identiques à ceux du Web…

    Publié le 
    28 Février 2017
     par 
    Ellen De Meester

    Rien que de penser à tous les termes qui ont intégré ce pauvre dictionnaire depuis la création de Facebook, en 2004, nous blêmissons légèrement… «Liker» (entendez «je like», «tu likes», «il like», «nous likons», vous «likez»…), «tagger», «defriender», «inboxer», «partager»… La liste est longue et quelque peu impressionnante, tant ces mots se sont subtilement glissés dans notre lexique quotidien. («Non, mais j’y crois pas, je l’ai addé l’autre jour, il a liké toutes mes photos de profil, m’a ajoutée à des events et ensuite il m’a carrément defriendée, quoi!»)

    Avouons qu’il est plutôt difficile de se remémorer le temps où Facebook n’existait pas. Car en plus de douze ans, nous avons eu tout le loisir d’assimiler ses petites lois: les plus de 1,7 milliards d’utilisateurs connaissent parfaitement les codes et savent ce qui est ringard, trendy ou dangereux. Et si les règles 2.0. s’appliquaient également à la vie réelle? Nous avons imaginé le phénomène… (Scénaristes de «Black Mirror», vous êtes là?)

    Une journée dans l’univers Facebook

    Matin

    6 h 35, le réveil sonne. Notre douce moitié, allongée à nos côtés, nous annonce d’une voix automatisée: «Coucou, il y a exactement un an, tu étais à Biarritz, vêtue d’une marinière trop grande pour toi, en compagnie de Léa Dr, de Lucie Zou et de Caro Line. Tu as envie de partager ce souvenir?» Après une brève réflexion, nous répondons instinctivement: «Non merci, je préfère le garder pour moi. C’est plus chic de conserver sa vie privée…» A peine avons-nous terminé cette phrase que, depuis la table de nuit, le radio-réveil nous annonce: «Bonjour Jeanne. Il fait beau aujourd'hui!»

    Une fois extirpée du lit, nous ouvrons notre placard, prêtes à choisir notre tenue du jour; il s’agit d’une étape cruciale de la journée, car dans l’univers Facebook, il convient d’être toujours impeccable, parfaite et souriante. Cela va de soi, non? Sinon, personne ne nous aimera, et nous n'aurons aucun ami. 

    Autour de notre cou, nous portons h-24 une immense médaille en forme de cœur, sur laquelle ont été gravés les mots: «En couple avec…», suivi du nom de l’être cher. Naturellement, ce dernier porte exactement la même, histoire que tout le monde sache que nous sommes ensemble (et, selon les cas, depuis quand nous nous connaissons). On ne voudrait tout de même pas que des inconnues mal intentionnées s’approchent de lui dans la rue pour lui demander «Salut, tu veux être mon ami?» Rien que l’idée nous fait frissonner de peur…

    Encore un peu hébétées par le sommeil, nous choisissons un T-shirt parmi notre collection. Il est très joli, mais sur le devant sont toujours cousus ces mêmes mots: «Jeanne Dupont, habite à Lausanne, née le 17 novembre, a étudié la psychologie à l’Université de Genève, a 567 amis…» A défaut d’être stylé, c’est plutôt pratique, non? Ben oui, comme cela tout le monde sait déjà tout. Nul besoin de poser des questions ou de converser…

     

    Midi

    A peine sommes-nous arrivées au travail que notre collègue aperçoit notre joli T-shirt. Elle s’approche d’un pas décidé, lève le bras et brandit un pouce levé. «J’aime!» affirme-t-elle avec enthousiasme. Puis, elle s’en va.

    Nous arrivons vers notre bureau, à côté duquel est déjà installé un autre collègue. Plutôt que de nous lancer un simple «Salut, ça va?» il rétorque un sec «Exprimez-vous». Soudainement envahie de la pression que représente cette demande, nous cherchons une façon drôle, intelligente et originale de résumer notre journée tout à fait banale, sans raconter notre vie, ni risquer de lancer d’interminables débats politiques. Ah, et en plus, il faut que tout le monde puisse s'y reconnaître.

    Fébriles, nous finissons par répondre un adage du genre «Quand on est lundi et que tu as déjà envie d’être à vendredi…» Il ne nous reste ensuite plus qu’à attendre. Le suspense est intenable… «J’aime!» finit par hurler le patron, depuis son bureau. «J’aime!» acquiesce également son assistante. «J’adore!» ajoute une amie, depuis la machine à café. «Grrrrr» grommelle finalement notre voisin de table. Nous, nous sommes infiniment soulagées; car après s’être exprimé, rien n’est pire que le silence.

    Après-midi

    Nous prenons enfin une petite pause lorsque notre téléphone sonne. «Allô?» C’est notre amie, Sarah. Elle est très, très énervée, car nous ne nous étions pas souvenues qu’aujourd’hui était notre «amiversaire». Courroucée, elle hurle dans le combiné: «Mais enfin, Jeanne, comment as-tu pu oublier que nous sommes devenues amies il y a exactement cinq ans? Tu étais ma 214e amie, en plus!» Culpabilisées, nous pensons à lui envoyer un petit bouquet de fleurs. (Virtuelles, les fleurs; et expédiées via Messenger, évidemment.)

    Deux minutes plus tard, alors que nous reprenons gentiment le chemin du bureau, un inconnu s’approche de nous dans la rue. «Je peux vous ajouter à ma liste d’amis?» Agacées, nous lui répondons poliment que non, car nous ne le connaissons pas. «Mais enfin, Jeanne, nous avons quinze amis en commun! Il faut bien m’accepter, là!» Prises de panique, nous fuyons en courant.

     

     

     

    Soir

    Rentrées à la maison, nous tombons sur notre chat, couché à même le sol dans une position absolument hilarante. Immédiatement, nous nous disons: «Ça, il faut que je le partage!» Et sans plus attendre, nous nous dirigeons vers la fenêtre, que nous ouvrons afin d’accéder au balcon. Conscientes que 18 h est un horaire très propice au trafic d’amis et d’abonnés potentiels, nous scrutons avec satisfaction les passants qui déambulent dans la rue, avant de hurler à pleins poumons: «Mon chat vient de faire un truc trop marrant, regardez!» Ils sont quarante-deux à venir voir. Plutôt pas mal comme score, non?

    Vers 20 h, notre douce moitié nous annonce qu’elle nous quitte. Ah, mince... A présent, il faudra impérativement casser notre médaille, celle que nous portions autour du cou depuis 674 jours. Il va aussi falloir changer tous nos T-shirts, sur lesquels nous avions eu le malheur de faire inscrire les mots «en couple avec…». Et ensuite, nous devrons appeler tous nos amis en commun pour leur annoncer qu’à présent nous ne les connaissons plus. En fait, dans l’univers de Facebook, il est plus simple de vivre seul… Ou dans une grotte.


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