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Homéopathie: y croire ou pas?

«L’homéopathie est inefficace.» Il y a quelques mois, la nouvelle a fait le buzz dans la plupart des pages santé des journaux à travers le monde. L’origine: un nouveau rapport (portant sur 225 études) mené par le conseil australien de la santé et aboutissant à cette conclusion. De quoi semer la panique un peu partout dans le monde, où cette médecine alternative figure parmi les plus populaires. Notamment chez nous: plus de 6% de la population y a recours, ce qui fait des Suisses les premiers adeptes européens de l’homéopathie. En 2009, ils se sont d’ailleurs massivement prononcés pour sa réintroduction dans l’assurance de base – remboursée depuis janvier 2012.

Si ce rapport australien a vite trouvé un puissant écho dans les médias, c’est aussi parce qu’il semblait mettre fin à un débat passionné et aussi vieux que le terme lui-même, inventé en 1796 par l’Allemand Samuel Hahnemann. Enfin, partisans de l’homéopathie et de l’allopathie (notre médecine dite «classique») allaient pouvoir enterrer la hache de guerre! Sauf que, loin d’apaiser les esprits, ce rapport à la qualité méthodologique discutable n’a fait que raviver les polémiques.

Beaucoup d’a priori

Chercheur et enseignant au CHUV sur les médecines complémentaires, le Dr Pierre-Yves Rodondi l’a lu attentivement. Et il a constaté, entre autres, que «ce rapport a «oublié» de prendre en compte des études positives, notamment celles qui portent sur moins de 150 patients. Et seule une soixantaine de problèmes de santé y a été considérée, ce qui ne permet pas d’aboutir à une conclusion aussi générale que «l’homéopathie est inefficace.» Selon lui, il ne fait aucun doute que ce rapport se fonde sur des a priori.

Peu d’études à ce jour

Certes, Pierre-Yves Rodondi est lui-même homéopathe. Mais il est avant tout médecin chercheur, pragmatique et attaché aux preuves scientifiques: «Je me suis toujours dit que le jour où l’inefficacité de l’homéopathie me sera scientifiquement prouvée, j’arrêterai de la prescrire.» Et malgré les polémiques régulières, ce jour n’est toujours pas arrivé. Car «en réalité il existe trop peu d’études de bonne qualité sur le sujet». Les raisons? Le coût, le déni traditionnel de cette science (ou pseudoscience pour certains) par la recherche et «le fait que personne n’arrive à s’entendre sur la méthodologie dont il faudrait user. Par exemple, s’il y a un homéopathe dans les auteurs d’une étude, les allopathes critiquent l’étude en raison d’un conflit d’intérêts, et s’il n’y en a pas, les homéopathes critiquent la méthodologie qui, selon eux, ne correspond pas aux principes de leur pratique. Pour avancer, il faudrait que tous se réunissent autour d’une table et définissent ensemble une logique de recherche acceptable pour tous.»

Une mémoire de l’eau?

Le cœur du débat est le mécanisme d’action de l’homéopathie. Pour rappel, celui-là repose sur le principe de similitude et le processus de dilution. Suivant le premier, une personne malade peut être soignée grâce à une substance produisant chez une autre (en bonne santé) des symptômes équivalents à ceux de ladite maladie. La solution homéopathique est le résultat de très nombreuses dilutions de cette substance d’origine minérale, végétale ou animale. Dont il reste quoi, au final? Cette question a été au cœur d’une polémique mondiale née dans les années 80 autour du médecin immunologue Jacques Benveniste et de sa théorie sur «la mémoire de l’eau», selon laquelle l’eau ayant été en contact avec des substances conserverait les «informations» qu’elles contiennent. Reprise notamment par le professeur Luc Montagnier (Prix Nobel de médecine pour la dé couverte du VIH) qui, l’an dernier encore, rendait publique une expérience troublante, cette thèse a autant de contradicteurs que de défenseurs. Si bien qu’après trente ans le débat fait toujours rage.

Parmi les études cliniques «qui ont été sérieusement menées, certaines ont des conclusions négatives, d’autres des positives», résume Pierre-Yves Rodondi. Difficile, donc, de trancher. «Je sais seulement que mes patients m’en relatent les effets positifs et qu’ils sont très demandeurs.» Mais pourquoi? Cela reste un mystère pour le commun des mortels, puisque les scientifiques eux-mêmes se déchirent à ce sujet.

«Peut-être n’est-ce qu’un excellent placebo, poursuit le médecin, et dans ce cas: pourquoi pas? Si l’on soigne bien avec une méthode douce, nous aurions tort de nous en priver.» A cet argument d’efficacité s’ajoute l’argument économique: «Certaines études montrent que ce mode de soin coûte finalement moins cher à la société. Mais là encore les études de bonne qualité, quoique cruciales, manquent.» Investir dans ces recherches, les mener de façon toujours plus sérieuse, rationnelle et dénuée de préjugés de part et d’autre: tel est certainement l’enjeu pour l’avenir de cette médecine complémentaire. Et de ceux à qui, effet placebo ou pas, elle continue de faire du bien.

3 livres pour tout savoir sur l’homéopathie

«Guide familial de l’homéopathie», du Dr Alain Horvilleur, Ed. J’ai Lu, 2013 Cet ouvrage est LE grand classique consacré à cette médecine douce. Classés par ordre alphabétique, tous les symptômes que l’on peut repérer chez les enfants et chez les adultes y trouvent leurs réponses homéopathiques. Clair et accessible.

«Homéo bébé», de Thierry Joly, Ed. Hachette Pratique, 2014 Pédiatre, diplômé de l’Ecole française d’homéopathie, l’auteur délivre ici ses conseils pour soigner les enfants de la naissance à leurs premières années, avec l’homéopathie. Trouver le bon spécialiste, administrer les doses, se concocter une pharmacie de base et, bien sûr, reconnaître et soigner tous les maux du quotidien.

«Guide pratique d’homéopathie chez le chien, le chat et les NAC», de Marie-Noëlle Issautier, Ed. du Point Vétérinaire, 2015 Nos animaux aussi ont droit aux médecines naturelles! Destiné en priorité aux vétérinaires, ce guide très complet sera aussi utile aux propriétaires de chiens, chats, oiseaux, rongeurs et autres NAC. Il expose notamment les principes de l’homéopathie dans le soin des animaux et suggère des remèdes.

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