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    «Choisir de ralentir»: 5 conseils pour retrouver le temps de vivre

    Dans son ouvrage publié le 27 septembre 2017, Nelly Pons évoque la dangereuse accélération de nos rythmes de vie, un phénomène qui nous empoisonne l’existence à coups de stress et d’angoisses perpétuels. C’est décidé: il est grand temps de réapprendre à… prendre le temps!

    Publié le 
    28 Septembre 2017
     par 
    Ellen De Meester

    N’avez-vous pas l’impression de «sans cesse courir après le temps?» De foncer, toujours plus vite, à la poursuite d’un instant de tranquillité qui n’arrive jamais? Nelly Pons, auteure du livre «Choisir de ralentir», s’étonne de l’incroyable accélération qui s’est brutalement emparée de nos vies. Et pourtant, constate-t-elle, celle-ci intervient à une époque où, justement, nous devrions disposer d’une abondance de temps. Ainsi, nous avons «rallongé notre espérance de vie, obtenu des congés payés, la retraite, […] inventé des quantités d’engins pour aller plus vite et alléger notre quotidien…»

    Cela n’empêche pas qu’aujourd’hui, plus personne n’ait le temps de rien. Et pour l’auteure, la vitesse de notre paradoxale modernité a fini par s’accompagner de sérieux dommages collatéraux. Un jour, en 2013, son corps a dit «stop». C’en était trop. Très secouée par ce burnout, elle a décidé de ralentir afin d’échapper à la course fiévreuse que nous nous imposons sans vraiment savoir pourquoi. Riche de son expérience et de ses nombreuses recherches, Nelly Pons nous livre les clés de la décélération, le seul moyen d’ouvrir les yeux, d’accueillir le présent et de renouer avec le bonheur. 

    Toutefois, comme nous le rappelle l'auteure, il ne s'agit pas de suivre des «recettes toutes faites» au risque de se «laisser fourvoyer par de petites résolutions de surface: la réalité est bien plus complexe et plus subtile». S'il est toujours utile de tenter de se donner un cap et de réfléchir à des actions à mener pour augmenter son bien-être, Nelly Pons insiste néanmoins sur le fait que «ralentir» questionne à la fois nos modes de vie et notre société, en profondeur: «alors se faire du bien, oui, mais n'oublions pas de prendre de la hauteur!». Ainsi, sans tomber dans la «to-do list» scrupuleusement appliquée, voici quelques idées que propose l'ouvrage: 

    1. S’entourer d’êtres chers (et leur consacrer du temps)

    Le souci: «Sans les autres, nous ne sommes pas grand-chose», souligne l’auteure, citant une étude américaine selon laquelle la plupart d’entre nous puise le bonheur dans son entourage proche et son foyer. En effet, l’accélération de nos vies nous empêche parfois d’accorder suffisamment de temps à nos proches: nous leur promettons un rendez-vous «lorsque nous serons moins sous l’eau», mais ce moment-là se fait constamment attendre. Puis, quand finalement nous les retrouvons, nous affichons une mine maussade ou «épuisée».

    La solution: s’offrir quotidiennement un instant de repos, une transition paisible entre le travail et la maison. Selon l'ouvrage «Choisir de ralentir», lire un livre, écouter de la musique ou pratiquer une demi-heure de sport nous permet de retrouver nos proches l’esprit plus disponible. Et quand on se retrouve en famille, en amoureux ou entre amis, on bannit tous les écrans!


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    2. Faire du tri (dans le placard et dans la tête)

    Le souci: Aujourd’hui, l’abondance du temps que nous ne prenons pas est à la hauteur de l’excès matériel dont nous sommes tentés de nous entourer. Nos foyers sont souvent remplis d’objets que nous n’avons jamais vraiment utilisés, de livres non-feuilletés, de vêtements jamais portés… pas étonnant que nous nous sentions bouleversés: impossible de cerner l’essentiel parmi ce gargantuesque pêle-mêle!

    La solution: Une fois par an, l'auteure conseille de se débarrasser (en recyclant ou en donnant, bien sûr) des objets dont on ne se sert plus, afin de créer de l’espace. Son astuce: revenir aux bons vieux objets du passé, comme  les agendas papier, les montres et les réveils à aiguilles. 

    3. Oser déconnecter: ce n’est pas si urgent que ça!

    Le souci: Dans son ouvrage, Nelly Pons souligne que nous sommes toujours à la recherche de la perfection. Toujours plus exigeants envers nous-mêmes, nous souhaitons exceller dans tous les domaines. Et lorsque l’imperfection humaine réapparait, inévitable, nous nous sentons coupables et tentons de la dépasser. Des dizaines de tâches que nous n’avons pas eu le temps d’accomplir (puisque nous ne disposons que de vingt-quatre heures par jour!) obstruent nos pensées…

    La solution: Afin d’éviter le «surengagement professionnel» qui peut mener au burnout, l'auteure recommande de limiter notre temps de connexion. Par exemple, le matin, on attend d’avoir pris tranquillement un petit-déjeuner avant de lancer Instagram ou Facebook. Plutôt que de vivre greffés à nos smartphones, on s’accorde deux ou trois moments par jour pour lire tous nos messages. Le soir, comme le week-end, on désactive toutes les notifications (si c’est urgent, on nous appellera).


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    4. S’accorder du repos et du «farniente»

    Le souci: «La vitesse agit sur nous comme une mini-tornade», écrit l’auteure, si bien que nous n’avons même pas le temps de nous poser ces questions qui dérangent: «A quoi est-ce que j’occupe ce temps gagné? Pourquoi suis-je si pressé?». Une conséquence dangereuse de l’accélération est le manque de sommeil, l’abandon des loisirs au profit du travail, l’incapacité à écouter son corps… résultat: notre cerveau ne se repose jamais.

    La solution: On diminue ce que Nelly Pons appelle la «dette du sommeil» en sachant écouter les signes de la fatigue, et en s’octroyant des siestes. Apparemment, dix à vingt minutes par jour suffisent! Par ailleurs, de temps en temps, on ne fait rien. Rien du tout! Notre cerveau en a besoin pour se régénérer et pour garantir un bon fonctionnement.

    Que nous ayons déjà conscience de cette vitesse effrénée ou que nous préférions l’ignorer, une chose est sûre: il va falloir que les choses changent. Car si nous continuons comme ça, nous finirons par courir plus vite que la vie. Alors on se dépêche de dévorer ce bouquin et d’appliquer ses conseils, en se souvenant que «ralentir» de signifie pas du tout «vivre au ralenti». Il s’agit plutôt de recommencer à vivre tout court. 

    3 questions à Nelly Pons, auteure de «Choisir de ralentir»

    FEMINA Qu’est-ce qui vous a poussée à consacrer un livre au besoin de ralentir la vitesse effrénée de notre rythme de vie actuel ?
    Nelly Pons Nous entendons de plus en plus parler des conséquences de nos modes de vie modernes sur l’état de notre planète. Si les écologistes ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme - sans parvenir à être entendus pendant de longues décennies -, aujourd’hui, le constat est bien là: épuisement des ressources naturelles, perte de biodiversité, changement climatique, etc. Mais si on regarde bien, l’épuisement dont il est question ne concerne pas uniquement les ressources naturelles. Il s’agit du vivant dans son ensemble. Or, ne faisons-nous pas partie de cette nature dont nous usons et abusons?

    Epuisement de la planète donc, mais aussi épuisement humain. Dans nos sociétés occidentales, nous assistons à une montée du stress et de ses troubles associés, d'une forme d'épuisement pouvant mener au burn-out. C’est un véritable épuisement physique et psychique qui fait de plus en plus parler de lui. L’ayant connu un moi-même et voyant autour de moi le nombre de personnes qui souffrent de sentir que tout va trop vite sans réussir pour autant à lever le pied, j’ai eu envie de partager les fruits de ma réflexion et de mon expérience sur la question.


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    Dans votre ouvrage, vous comparez la lenteur à un petit farfadet dont la piqûre vous a sauvé la vie: de quelle façon votre rapport aux choses a-t-il changé depuis cette piqûre de rappel?
    De manière collective ou individuelle, nous attendons souvent d’être au pied du mur pour réagir. Il y a bien cette petite voix qui nous rappelle à l’ordre de temps en temps, qui nous interpelle, mais à laquelle nous répondons la plupart du temps: «Je verrai ça plus tard» Cette piqûre a d’abord été violente et douloureuse pour moi, mais elle a eu le mérite de m’obliger à me regarder en face. Nous sommes nombreux à penser que tout va trop vite, que nous ne sommes pas en phase avec la marche du monde, que nous souhaiterions faire quelque chose… mais quoi? Comment? Et surtout quand? Car le temps nous manque. Ralentir revient à questionner sa vie, ses priorités, mais aussi la société dans laquelle nous évoluons. Nous avons beaucoup plus de marge de manœuvre que ce que nous voulons bien croire. Notre vie est en grande partie le résultat de choix que nous faisons dans un contexte donné (et pas franchement équitable), mais nous avons toujours une carte à jouer.

    J’aime penser que je ne fais pas que subir ma vie. J’en suis l’actrice principale et j’essaie de ne pas perdre de vue ma part de responsabilité dans ce que je vis.

    Vous écrivez que «Choisir de ralentir, c’est refuser que la peur guide nos vies»: en quoi «l’accélération dangereuse» que vous évoquez est-elle le résultat d’une forme de peur ?
    La peur est, avec l’égo, un des grands facteurs intérieurs qui nous poussent à accélérer ou nous empêchent de ralentir, même lorsque c’est notre souhait. Peur du chômage, de la précarité, du décrochage social. Peur d’être marginalisé, isolé. Il n’est pas facile de sauter d’un train en marche, d’aller à contre courant de la plupart des gens. Et si je restais à la marge?

    Selon une idée reçue qui est de plus en plus tenace à mesure que nous accélérons, ralentir serait réservé aux poètes, aux bohèmes, aux rêveurs, aux artistes; ceux qui ont «la tête sur les épaules et les pieds sur terre» ne sauraient y aspirer. Pourtant, ralentir ne veut pas dire être au ralenti. Ralentir, c’est savoir aller vite quand c’est nécessaire, être dynamique, vif, curieux, tout en renouant avec une qualité de vie qui, paradoxalement, nous fait tant défaut.

    Ralentir est un droit; celui d’arrêter de courir, de vivre dignement, pleinement, tout en prenant le temps de vivre. C’est donc arrêter d’avoir peur, oui. De tout. De la vie. De la mort. C’est se réapproprier sa vie pour simplement retrouver du temps, de l’esprit critique et du calme intérieur. Un luxe à notre époque.

    Pensez-vous qu’une certaine tranche de la population est plus sujette à cette «accélération foudroyante» qui peut mener au burn out?
    L’accélération de nos vies touche aujourd’hui tout le monde, et pas uniquement les personnes en risque élevé de burn out. Même les retraités le disent: ils n’ont plus une minute à eux! Notre vitesse est implicitement liée à notre société de consommation et de loisirs. La démocratisation des nouvelles technologies, par exemple, a profondément modifié notre rapport au temps qui passe. Les réponses aux messages sont attendues dans les heures voire les minutes qui suivent. Ce matin, j’ai pris le bus pour me rendre à la gare. Toutes les personnes qui attendaient le car, toutes, sauf exception, consultaient leur smartphone. Notre champ de vision se réduit ainsi, dans ces longs moments-là, à un carré sous nos yeux, tête penchée, dos courbé. Nous consultons des données provenant du monde entier mais, dans le même temps, qu’en est-il de notre conscience de ce qui nous entoure réellement: le paysage, le temps qu’il fait, les gens autour? Et que devient notre capacité à contempler, à rêver, à entrer en relation?

    Je crois qu’au-delà des causes tangibles de cette accélération, il y a aussi une philosophie, des croyances, une façon de voir le monde qui, de mon point de vue, atteignent leurs limites. Dans le remplissage de nos vies, de nos placards, de nos agendas, nous semblons fuir le sens même de la vie. Nous en oublions de simplement être au monde.

    Informations pratiques

    «Choisir de ralentir» de Nelly Pons, illustré par Pome Bernos, publié aux éditions Actes Sud. En librairie dès le 27 septembre 2017, 12 fr. 40 chez Payot


    © Ed Actes Sud, Pome Bernos, Nelly Pons

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