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    Fin du monde: et si la sience-fiction avait déjà tout prédit?

    Les réserves en pétrole? Bientôt épuisées. La biodiversité? En danger. L'économie? Au bord de l'implosion. Et si, demain, notre civilisation s'effondrait? Bienvenue dans le monde merveilleux de la collapsologie.

    Publié le 
    11 Juin 2018
     par 
    Julien Pidoux

    Votre fin du monde, vous la prendrez sous forme de catastrophe écologique, d’effondrement économique ou d’apocalypse nucléaire?

    Autrefois réservé aux extrémistes de tous bords et à quelques farfelus, l’intérêt envers la fin du monde est en train de gagner ses lettres de noblesse. Bienvenue dans le monde merveilleux de la collapsologie, l’étude de l’effondrement de notre société. Un néologisme inventé par Pablo Servigne, auteur, avec Raphaël Stevens, de Comment tout peut s’effondrer (éditions Seuil, 2015). Vous voulez une date? les plus pessimistes parlent de 2020, c’est dire l’urgence. Avant de faire de la place dans votre abri antiatomique et de vider le rayon conserves de la Migros, prenez le temps de lire ces quelques lignes, elles pourraient vous servir.

    D’abord, que les choses soient claires: on ne parle plus de la fin DU monde, mais de la fin D’UN monde. En gros, le nôtre, fait d’énergies fossiles, d’internet à tous les étages et de systèmes politiques plus ou moins stables.

    Pour tous ces spécialistes en collapsologie – ils sont nombreux et officient dans des domaines très variés – notre civilisation est en train de surchauffer, comme une voiture lancée à plein régime que l’on n’arrive plus à arrêter et dont le moteur commence à donner des signes de fatigue. Réchauffement climatique, raréfaction des énergies fossiles, déclin de la biodiversité, déforestation, fragilité de l’économie… les signes sont là. Beaucoup, toutefois, refuseraient de les voir ou, à tout le moins, de réaliser l’interdépendance de tous ces facteurs. «Aujourd’hui, l’utopie a changé de camp: est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant, déclare Pablo Servigne dans son Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (c’est son sous-titre). L’effondrement est l’horizon de notre génération.»

    Aujourd’hui, l’utopie a changé de camp: est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant

    Car oui, il est trop tard, c’est la mauvaise nouvelle que ces collapsologues colportent désormais urbi et orbi à grands coups de conférences. Les éoliennes et autres panneaux solaires que l’on installe ne suffiront pas à faire marche arrière. Brace for impact.

    Une révélation comme un uppercut

    Julien Wosnitza fait partie de ceux qui ont reçu l’information comme un uppercut, alors qu’il étudiait encore la finance à l’université. «J’ai compris que le système financier était complètement hors-sol: rien n’est lié aux ressources limitées de la planète.» La lecture du livre de Pablo Servigne est un électrochoc. «A partir de là, j’ai tout quitté pour m’engager avec Sea Sheperd, dans des actions de blocages d’abattoirs, de sauvetages d’animaux, dans des ZADs [ndlr: pour Zones à défendre, un néologisme militant qui évoque des occupations de terrains], et plus récemment contre le plastique polluant les océans.»

    Il n’est pas le seul à parler de cette prise de conscience comme d’un deuil, avec ses différentes étapes – tristesse, colère, quête de sens puis sérénité. Le deuil d’une certaine image du futur. «Je ne sais pas si je suis serein, mais en tout cas je cherche à mettre du sens dans ma vie.» Le jeune homme a publié un pamphlet, Pourquoi tout va s’effondrer. Totalement subjectif – et à dessein – il énumère en quelques pages les raisons de se faire une raison, mais de ne pas désespérer pour autant.

    «L’effondrement peut également être une formidable opportunité de transition écologique», assure-t-il dans son ouvrage qui vient de paraître aux éditions Les liens qui libèrent.

    Car la grande différence entre les collapsologues et les survivalistes est là. Alors que ces derniers se préparent un peu égoïstement à faire face au jour d’après en apprenant à tuer des animaux à mains nues ou à faire du feu sans allumettes, les collapsologues observent et compilent tous les signes avant-coureurs et proposent des pistes pour atténuer le choc. Un brin plus optimistes que leurs confrères, donc. Il y a les mesures que pourraient prendre les pouvoirs publics – isolement des logements à grande échelle, fermeture de la plupart des aéroports, interdiction de la pêche… – et ce que nous, quidams, pouvons entreprendre. «Au quotidien, le changement d’alimentation est ce qui serait de loin le plus efficient», insiste Julien Wosnitza. Autant dire que le végétarianisme a trouvé là des alliés de poids.

    Deux enfants, pas plus

    Mais délaisser la côte de bœuf et se mettre aux choux et aux asperges (quand c’est la saison) ne va pas suffire. «La fin du monde, on y est déjà, clairement», martèle Dominique Bourg. Un hurluberlu qui crie au loup? Oh que non. L’homme est philosophe, professeur à l’institut de géographie et de durabilité de l’Université de Lausanne, et préside par ailleurs le conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l’homme, créée par Nicolas Hulot. «Penser à l’effondrement, c’est une sorte d’évidence à l’horizon de notre société», continue-t-il.

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    Effritement des démocraties, crise de la modernité, délitement social et menaces environnementales: pour lui, c’est ce cumul inédit qui aura raison de notre résilience.

    «Mais il n’y a rien de nouveau: regardez le rapport Meadows! En 1972 déjà, on annonçait que toutes ces courbes de croissances exponentielles allaient commencer à s’inverser entre 2020 et 2040.»

    Le rapport Meadows: la Bible des collapsologues. Rédigé à la demande du Club de Rome, il estimait que la croissance de notre société devait être davantage encadrée – via certaines mesures qui avaient été décriées comme la limitation à deux enfants par famille – pour être viable au-delà du XXIe siècle.

    Pour l’heure, ses prévisions ont plutôt visé juste. «Cette thématique de l’effondrement est revenue à la mode au milieu des années 2000, quand on a commencé à comprendre que l’on avait un problème avec l’accumulation des gaz à effet de serre», précise Dominique Bourg.

    Calendrier maya et autres bugs

    Reste qu’imaginer la fin de la civilisation semble faire partie des passe-temps préférés de l’homme tout au long de l’histoire. Calendrier maya (rappelez-vous, la fin du monde était agendée au 21 décembre 2012), bug de l’an 2000, astéroïdes divers et variés qui se rapprochent de la terre, etc.

    Par ailleurs, la plupart des religions ont leur chapitre consacré à une apocalypse quelconque. «Je ne pense pas que la peur – ou l’espoir, c’est selon – de la fin du monde ait plus de succès aujourd’hui que dans le passé, estime Andrea Boscoboinik, maître dʹenseignement et de recherche en anthropologie sociale à lʹUniversité de Fribourg.

    Cette notion apparaît le plus souvent dans des périodes de crises, lorsqu’on a l’impression que rien ne va plus et qu’un changement important s’impose. Il y a donc des périodes qui sont simplement plus favorables que d’autres pour faire renaître les peurs de fin du monde.»

    La théorie du big bang

    Reflet déformé de ces peurs cycliques, la science-fiction, qui plonge avec délectation dans ce réservoir sans fins à idées.

    «Depuis qu’on a découvert le Big Bang, on sait que l’univers a un début, il peut donc avoir une fin», résume Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs à Yverdon et maître d’enseignement et de recherches à la faculté de Lettres de Lausanne.

    «Une limite à la fois impensable, fascinante, révoltante. Et, comme on a de la peine à pouvoir l’appréhender, les auteurs de SF l’ont imaginée pour nous.»

    Chaque époque a ainsi transcendé ses angoisses contemporaines dans ces récits. Apocalypse nucléaire au temps de la guerre froide, soulèvement des machines lors de la mécanisation de l’industrie puis de l’avènement des intelligences artificielles, méga catastrophes écologiques depuis le milieu des années 1990, et enfin craintes de pandémies depuis les apparitions des SRAS, H1N1, Ebola et autres H5N1...

    «Tout, dans la SF, est métaphore de ce qui existe déjà, ajoute Marc Atallah. Que cela arrive dans 5, 10 ou 20 ans, on s’en fiche. On doit aborder la SF comme une lecture métaphorique du présent, pas du futur.»

    Reste que, désormais, les ouvrages traitant de collapsologie ne se trouvent pas au rayon littérature, mais économie, écologie et sociologie…

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    Un peu de culture

    La fin du monde est proche, certes. Mais de quelle fin du monde parle-t-on exactement? Les auteurs de science-fiction ont pris un peu d’avance et imaginé différents scénarios, qui résonnent à chaque fois avec les préoccupations du moment. Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs et grand spécialiste de la SF, nous a aidé à faire notre choix.

    Apocalypse nucléaire

    Tous les films qui mettent en scène Godzilla, ce fameux reptile préhistorique qui s’énerve et se réveille à la suite de bombardements nucléaires, nous parlent en fait du traumatisme vécu par la société japonaise d’après-guerre.

     

     

    Le roman «Niveau 7» (Level 7) de Mordecai Roshwald, publié en 1959. Il est écrit sous la forme du journal d’un soldat enterré dans un sous-sol blindé et censé surveiller des installations nucléaires permettant de déclencher une troisième guerre mondiale.

    Catastrophe biologique

    «La Planète des singes: les origines» (2011), avec James Franco dans le rôle du gentil scientifique qui veut créer un médicament contre la maladie d’Alzheimer et finit par rendre un singe, César, très (trop) intelligent. Une métaphore des dangers de la surmédication.

     

     

    «Les fables de l’Humpur», de Pierre Bordage, écrit en 1999, qui raconte l’hybridation entre les hommes et les animaux. Au gré des générations, ces êtres perdent petit à petit de leur humanité. Vous avez dit peur des manipulations génétiques?

    Révolte robotique

    «Terminator», de James Cameron, forcément. Précurseur à l’époque de la sortie du premier opus (1984), mais beaucoup de nos inquiétudes face à la montée des intelligences artificielles qu’il évoque sont aujourd’hui totalement d’actualité.

    «R.U.R.», de Karel Capek, né en Tchécoslovaquie en… 1890. C’est la première fois que le mot robot apparaît dans la littérature. Ou quand des androïdes fabriqués dans une usine finissent par se révolter. C’est cette pièce de théâtre qui a inspiré le Cycle des robots d’Isaac Asimov et le célèbre Métropolis de Fritz Lang.

    L’arrivée des zombies

    Séries, films, romans… c’est la nouvelle façon d’imaginer la fin de notre civilisation. Parmi les films, «World War Z», avec Brad Pitt, qui peut se lire aussi sous l’angle de notre dépendance à internet (le nom du film évoque d’ailleurs le fameux www).

    En littérature, «Je suis une légende» («I am Legend»), écrit en 1954 par Robert Matheson.

    Drame écologique

    «Interstellar», de Christopher Nolan (2014) utilise comme toile de fond la raréfaction des plantes comestibles (céréales). Un long métrage qui résonne étrangement avec l’actualité: selon une étude de l’Université de Washington, le riz est en train de perdre de ses qualités nutritionnelles en raison du réchauffement climatique.

    Critique: «Interstellar», le dernier film de Christopher Nolan

    «Le roman La route», de Cormac McCarthy, suit le voyage d’un homme et de son fils sur une planète dévastée.

    Le petit guide du shopping survivaliste

    Ils se sont donné différents petits noms, mais ils ont comme point commun la certitude que le jour venu, ils seront les moins démunis face à la catastrophe, quelle qu’elle soit. Survivalistes, preppers (car ils se préparent), ou doomers (de doom, la ruine), ils ont créé leur communauté, et ont carrément leurs sites de vente online, sortes de Zalando de l’apocalypse. Parmi leurs best-sellers, outre les tonneaux de nourriture lyophilisée, on trouve:

    Les préservatifs. Comme il faudra bien repeupler la planète, les condoms seront destinés à d’autres utilisations que la contraception: ils feraient en effet d’excellents filets de pêche, gourdes, lance-pierre, voire allume-feu. Les tutos vous expliquant comment bien manier ce petit bout de latex sont légion sur YouTube.

     

     

     

    Les go bags (ou B.O.B., pour Bug Out Bag, le sac d’évacuation). Soit un sac à dos rempli de tout l’indispensable pour survivre aux premiers jours… de la nourriture pour 72 heures, des tablettes de purification de l’eau, une lampe de poche, une trousse de premiers secours, une pelle et un couteau. Des sites spécialisés au ton plus ou moins paranoïaque (beprepared.com, survivallife.com, mypatriotsupply) en proposent de différentes tailles, mais les plus traditionnels Amazon ou eBay en vendent aussi.

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