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    Zombimania: décryptage d'un éternel retour

    Films, séries, jeux ou appli, les zombies se portent bien, merci pour eux. Mais d’où viennent-ils et pourquoi les aime-t-on autant? Explications.

    Publié le 
    2 Mars 2017
     par 
    Saskia Galitch

    On croyait l’année 2017 enterrée sous des flots de guimauve en cinquante nuances de rose; noyée dans des océans de thrillers politiques et étouffée par des vagues de biopics musicaux. On se trompait. Et plutôt lourdement, à vrai dire. Car, dans les faits, cette année est à nouveau marquée par le rouge sang, mâtiné de verdâtre, de nos inusables amis les zombies. Si, si, absolument.

    Plus vigousses que jamais, ces vilaines choses s’offrent d’ailleurs un festival tous écrans particulièrement appétissant. Qu’il s’agisse de films, dont «Zombiland 2», «Swiss Army Man», «Resident Evil: The Final Chapter», «Orgueil et Préjugés et Zombies»; de séries, comme «Santa Clarita Diet», «iZombie», «The Walking Dead»; de jeux vidéos et d’applis de type «Zombie Run» ou de la toute récente «Zombie Tsunami», il semble impossible de leur échapper. Mais qui sont-ils? D’où viennent-ils? Et comment expliquer qu’ils réussissent à nous canibaliser la tête depuis si longtemps? Autopsie d’un phénomène drôlement vivace.

    Les origines

    Descendants plus ou moins directs des ancestraux esprits Mvumbi, du Congo, et Zan Bii, du Ghana et du Togo, les zombies, tels qu’on les connaît, sont nés en Haïti dès le XVe siècle. Particulièrement importants dans les cultures antillaise et vaudoue, ces êtres sans volonté propre, déshumanisés, déconscientisés et décervelés sont des morts ramenés à la vie par les soins d’un sorcier, qui en fait des serviteurs corvéables à merci. Métaphoriquement, ce concept sert surtout à dénoncer l’asservissement des esclaves.

    L’évolution

    Après avoir été transmise oralement pendant près de deux siècles, la notion de zombie finit par apparaître dans la littérature francophone via «Le zombi du grand Pérou ou la comtesse de Cocagne», de Pierre-Corneille de Blessebois. Publié en 1697, cet ouvrage fondateur fait référence en la matière deux-cent cinquante ans durant. De fait, même si les morts-vivants intègrent la culture occidentale dès les années 1930, notamment grâce au film «White Zombie», ce n’est qu’en 1954, dans le récit «Je suis une légende», de Richard Matheson, qu’ils se transforment radicalement.

    White Zombie

     

     

    Devenus une nouvelle figuration du fantôme, comme le note l’historien d’art et sociologue Maxime Coulombe dans sa «Petite philosophie du zombie», ces êtres désincarnés sont, par exemple, affranchis des relations dominatrices de type maître-serf des origines: on ne devient plus zombie par magie (noire), mais par contamination, après avoir été mordu, comme chez les vampires.

    A noter que l’aspect physique est également revu et corrigé: d’êtres «simplement» vidés de leur humanité, les zombies se transforment en «bestioles» laides à faire peur: purulentes et à moitié décomposées, ils ont des yeux soit rouges, soit blancs, mais dans tous les cas exorbités. Et, grande innovation, ils se nourrissent désormais de chair humaine. Cette représentation macabre est fixée définitivement en 1968, par le film «La nuit des morts-vivants», de George A. Romero. Enfin quand on dit «définitivement»... Ces dernières années, cette image est régulièrement revisitée. Notamment dans des séries TV comme «iZombie» ou «Santa Clarita Diet», par exemple, qui présentent des créatures non seulement tout à fait présentables, mais même carrément ravissantes.

    iZombie

     

     

    Santa Clarita Diet

     

     

    La route du succès

    Bien que très présents au cinéma, les zombies sont longtemps restés confinés dans un caveau estampillé «horreur» ou séries… Z, leurs aventures n’intéressant que quelques gourmands friands de scènes gore et sanguinolentes. Tout change cependant en 1983, quand Michael Jackson sort le clip «Thriller», qui leur offre une renommée mondiale. Pour le coup, ce drôle de monde se met à inspirer toutes sortes d’auteurs, qui sortent des romans, des BD, des téléfilms et des séries ou encore des longs-métrages – dont «Les contes de la crypte», film à sketches hilarant et succulent, scénarisé par un certain Stephen King.

    Bref, le succès attirant le succès, l’épidémie se propage et les monstres vaudous entrent dans l’imaginaire collectif. Puis, par l’intermédiaire de jeux vidéo comme «Resident Evil» et «The House of the Dead» (vers 1996), ou du best-seller «World War Z», de Max Brooks, en 2003, ils accèdent carrément au statut de mythe.

    World War Z

     

     

    Ce qu’ils disent de nous

    Loin d’être un simple mouvement de mode, la zombification de l’espace culturel est révélatrice des incertitudes et/ou des angoisses actuelles et fait écho à l’actualité, comme le souligne Benjamin Rocher, réalisateur de «La horde». Spécialiste de cet univers de l’entre-vie-et-mort et administratrice du site Zombiesworld, Mélanie Paziault estime pour sa part qu’après «le 11 septembre 2001, la crise de la vache folle ou la catastrophe de Fukushima la société a peur (…). Le zombie catalyse toutes ces craintes-là.»

    Pour Maxime Coulombe, la vogue zombiesque est effectivement à mettre en lien avec la période spécialement anxiogène que traverse l’humanité.

    On ne cesse de nous menacer de la fin des temps par le réchauffement climatique, l’effet de serre, le nucléaire ou les épidémies. Or, le zombie n’existe que dans un contexte apocalyptique et illustre bien ces craintes, précise-t-il.

    A ses yeux, incarnant à la fois la mort – «l’un des plus grands tabous de nos sociétés occidentales» – la décrépitude du corps et le chaos social, les zombies représentent nos pires terreurs. Pourtant, à l’en croire, il n’y a pas de quoi désespérer. Du moins pas complètement: l’apparence grotesque de ces créatures, qui prête plutôt à rire, permet d’apprivoiser et de dédramatiser les anxiétés liées à ces fléaux.

    Pascal Vaillancourt, de l’Université de Montréal, partage cette analyse du «monstre». Dans le cadre d’un colloque consacré aux morts-vivants, qui s’est tenu en 2013, il allait toutefois plus loin, ajoutant une donnée politico-économique au phénomène:

    Les zombies sont reliés à la question de la surconsommation, au fait d’être soumis à ses instincts primaires. Même s’ils ne sont plus esclaves, comme dans la culture vaudoue, ils demeurent esclaves de leur consommation!

    Comme le résume le sociologue Vincent Paris: «Ils sont la société!» Comment, il n’y a pas de quoi se réjouir?

    Et pour la bonne bouche… quelques lancements de séries ou films fraîchement sortis ou à sortir prochainement. A dévorer sans modération.

    Resident Evil: The final Chapter, avec Milla Jovovich, Ruby Rose et Iain Glen - en salles depuis le 25 janvier 2017

     

     

    Orgeuil et Préjugés et Zombies, avec Lily James - sortie en Blu-Ray le 29 mars 2017

     

     

    Zombiland 2, date de sortie non encore annoncée

     

     

    Swiss Army Man, avec Daniel Radcliff - sortie prochaine

     

     

    The Girl with all the Gifts, avec Glenn Close et sortie prochaine 

     

     

    Patient Zero, avec natalie Dorner et Stanley Tucci - sortie prochaine 

     

     

    Accidental Zombie (named Ted), avec Naomi Grossman - pas de date annoncée

     

     


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