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Malgré les crises, l'envie de voyager des Suisses-ses est toujours plus forte

Les Suisses et le voyage LUCAS WESNEY UNSPLASH

D’après un sondage de l’Office fédéral de la statistique de 2020, environ 80% des Suisses voyagent régulièrement.

© LUCAS WESNEY/UNSPLASH

Les statistiques le montrent: même s’il n’atteint pas les niveaux d’avant la pandémie, le tourisme mondial retrouve des couleurs. Et Suisses et Suissesses y contribuent. Mais… Covid-19, grandes questions environnementales et guerre en Ukraine ont-ils fait évoluer leur manière de voyager? Le point avec Rafael Matos-Wasem, géographe et enseignant en tourisme à la Haute École de gestion de la HES-SO Valais.

FEMINA Vous dites que les Suisses et Suissesses sont de grands voyageurs…
Rafael Matos-Wasem En effet. En raison de salaires moyens qui le leur permettent, ils le sont même beaucoup plus que les Français, les Allemands ou les Italiens. D’après un sondage de l’Office fédéral de la statistique de 2020, environ 80% des Suisses voyagent régulièrement, pratiquant aussi bien du tourisme domestique qu’international, en se déplaçant en voiture, en train ou en avion. Côté dépenses, en 2020 toujours, les personnes ont dépensé en moyenne 128 francs par jour lors des voyages privés avec nuitées.

Qui sont ces oiseaux migrateurs?
On ne peut pas dresser de catégories précises. Et ce d’autant moins qu’un touriste suisse n’est pas monolithique; il pourra faire différents types de voyage au cours de la même année: un saut de puce à Lucerne ou à Zurich, une semaine de ski en montagne, un week-end shopping à Londres, une escapade culturelle à Paris, une quinzaine au soleil des Tropiques pour couper l’hiver, un séjour balnéaire en famille, une virée en camping-car, un retour au pays pour voir sa famille s’il vient d’ailleurs… les possibilités sont multiples.

Toutefois, de manière générale, il y a en Suisse une vraie envie de découvrir des endroits, une espèce de collectionnite de type Les 1000 lieux qu’il faut avoir vus avant de mourir: j’ai fait le Pérou ou le Sri Lanka, Naples, Lisbonne…

Comment expliquer cette «voyagite»?
Outre l’envie légitime de découverte et de dépaysement, il y a un impact réel du marketing, qui a su créer ce besoin. Et puis, il ne faut pas oublier que le tourisme est aussi un marqueur social, une manière de montrer aux autres qu’on dispose d’assez de moyens pour voyager, s’offrir notamment de l’ailleurs: aujourd’hui, Chypre ou l’Égypte, ça n’en jette plus tellement. En revanche, le Rwanda, du Kenya, de la Bolivie ou du Pérou… Du moment que c’est exotique, difficile d’accès et relativement cher, on peut se distinguer des autres – cette fameuse distinction sociale dont parlait Bourdieu et qui joue encore et toujours un rôle!

Certes. Mais ça, statistiquement, c’était avant. La pandémie, l’écologie devenue centrale et la guerre en Ukraine n’ont-elles pas fait évoluer ce comportement?
Oui et non. Avant la pandémie, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) comptabilisait quelque 1,4 milliard d’arrivées touristiques internationales par année (ndlr: l’OMT considère comme «arrivée touristique» tout passage de frontière) et cela a bien sûr fortement chuté pendant ces deux ans. Pourtant, malgré les aléas géopolitiques, économiques et sanitaires actuels, cela a repris… à tire-d’aile! Cela dit, en termes de comportement, on voit des évolutions, surtout en ce qui concerne les déplacements aériens.

Lesquelles?
D’un côté, on a les gens qui ne veulent plus prendre l’avion pour des raisons écologiques – la fameuse honte de voler – et, s’ils veulent quand même s’offrir des escapades, sont très satisfaits du retour en force des trains de nuit. Mais ils sont minoritaires et ne représentent pas plus de 10% des voyageurs. À ce propos, contrairement à ce qu’on pourrait intuitivement penser, pas mal de jeunes (mais de loin pas que!) sont encore relativement peu sensibles à la cause environnementale: ils disent avoir le droit de découvrir le monde et imaginent pouvoir contrebalancer les choses autrement – avec des arguments (faux!) du genre «Je ne mange plus de viande, ça compense mes vols!»

À l’extrême opposé, il y a tous ceux qui veulent impérativement repartir et pratiquent donc le revenge travel: frustrés pendant deux ans, ils estiment devoir rattraper le temps perdu et voyagent autant qu’ils le peuvent.

Qui trouve-t-on entre ces deux pôles bien marqués?
Eh bien… la majorité des gens, dont les pratiques varient d’ailleurs énormément selon différents critères – notamment leur vision du monde. La peur générée par la guerre en Ukraine, par exemple, peut pousser certaines personnes à se demander si c’est une bonne idée de sortir du pays en ce moment, ce qui les conduit à pratiquer plutôt un tourisme domestique, tandis que d’autres choisiront simplement une destination éloignée de ces troubles.

La hausse des prix n’a-t-elle pas d’impact?
Ça dépend! Pour certains, qui ont un emploi garanti et bien rémunéré, comme les profs ou les cadres, ces deux ans de privation ont permis de mettre de l’argent de côté et, pour le coup, inflation liée aux troubles géopolitiques ou pas, ils s’offrent un voyage de luxe. Il y a d’ailleurs beaucoup d’offres de ce type qui sont actuellement très prisées. Pour d’autres, les prix qui prennent l’ascenseur sont clairement un frein, ils y réfléchissent à deux fois, calculent tout et optent pour les solutions les moins chères compte tenu du trajet, du logement et de la nourriture.

Quitte à aller très loin puisque selon ce qu’on recherche, un voyage au long cours peut s’avérer moins coûteux que de rester en Suisse!

Sérieusement?
Prenons par exemple un stage de méditation. Entre les frais de déplacement, d’hébergement et de repas, il peut être moins cher de le suivre au Cambodge qu’à Saint-Moritz, disons! C’est au fond le même principe que le tourisme dentaire ou de chirurgie esthétique. L’un dans l’autre, que ce soit en mode luxe ou en version plus «modeste», il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Si bien que les Suisses peuvent pour l’heure continuer à voyager… et ne s’en privent pas vraiment!

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