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Si les héroïnes de l'histoire vivaient en 2021: le regard de Jane Austen

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«Aujourd’hui, plus de problème pour trouver un homme à marier, il existe des catalogues que l’on consulte sur son téléphone portable, en général en regardant simultanément sa TV. La photo apparaît avec un prénom et quelques infos de base, une biographie que beaucoup se sentent dispensés de rédiger.» Jane Austen en 2021, selon les mots de Valérie Fournier

© Palm Illustrations

Londres, 2021. Mon Dieu, mais comment font les Anglais pour supporter cette pollution, atmosphérique, sonore, visuelle? Et ces odeurs? Dire qu’on reprochait aux gens de mon époque de ne prendre qu’un bain par année (j’exagère à peine). J’essaie de me repérer dans cette ville devenue tentaculaire pour trouver l’adresse de mon Air B’n’B. C’est un genre de location bien pratique et plus glamour que de devoir crécher chez une vieille tante quand on n’a ni manoir, ni rente annuelle. Je dois me préparer, ce soir, j’ai un rendez-vous galant.

J’ai 41 ans, et tout le monde sait que je suis morte célibataire et sans avoir vu le loup, alors que j’ai écrit les plus belles histoires d’amour du siècle.

Bon, compliquées, les histoires, raisons et sentiments, orgueil et préjugés, l’amour prend les chemins qu’il a bien envie de prendre.

Et je ne vais tarder à découvrir que rien n’a changé dans ce siècle, malgré la libération de la femme et des mœurs!

Fan de mon biopic

Ma biographie dit que j’ai succombé à un mal que les médecins de l’époque n’ont pas identifié, mais j’avais déjà un âge vénérable pour 1817. Je découvre qu’aujourd’hui, 40 is the new 20, je suis donc jeune et désirable!

En plus, je suis riche, grâce aux six cents adaptations de mon œuvre (les Chinois adorent). Jolie, cette petite Anne Hathaway qui m’interprète dans mon biopic… et mon fiancé dans le film est plus hot que dans mes souvenirs. Il s’appelle James McAvoy, m’apprend Wikipédia, une incroyable encyclopédie en ligne gratuite et infinie qui n’aurait jamais tenu dans la bibliothèque de mon cher père. Jadis, nous n’avons pas pu convoler en justes noces car ce pauvre Thomas (son nom dans la vraie vie) était trop pauvre. J’ai bien envisagé de m’enfuir avec lui mais c’était me condamner à une existence de misère.

Je suis sapiosexuelle, et alors?

Aujourd’hui, plus de problème pour trouver un homme à marier, il existe des catalogues que l’on consulte sur son téléphone portable, en général en regardant simultanément sa TV. La photo apparaît avec un prénom et quelques infos de base, une biographie que beaucoup se sentent dispensés de rédiger. Si le spécimen nous plaît, on le fait glisser avec son pouce sur la droite, en espérant que le monsieur fasse pareil et que la magie de l’univers nous connecte. C’est alors un match, comme on dit. Dans le cas contraire, on le fait glisser sur la gauche et il disparaît dans le néant du monde virtuel. C’est très addictif, depuis que j’ai testé, je n’arrive plus à m’arrêter, je swipe compulsivement à gauche et à droite des soirées entières.

Et donc, dans quelques heures, j’ai un date (un rendez-vous galant dans la langue de Molière) avec Mark, 45 ans, enseignant le jour et guitariste de jazz la nuit. J’ai des papillons dans l’estomac mais j’ai assez confiance, nous avons beaucoup chatté avant de convenir d’un rendez-vous. C’est que je suis sapiosexuelle, moi, j’ai quelques exigences intellectuelles quant aux gens que j’ai envie de fréquenter. Cela tombe bien, lui aussi, et après quelques mauvaises expériences avec ce genre de sites, il est aussi prudent que moi. Au fur et à mesure de nos échanges, nous nous sommes découvert des centres d’intérêt communs et avons réalisé que finalement, nous nous ressemblions beaucoup. Je suis quand même sceptique, j’ai lu de nombreux articles sur les applis de dating et notamment la plus populaire, Tinder, qui promet quelques surprises cocasses. Les écrivains d’aujourd’hui en ont même fait un de leur sujet de prédilection. C’est qu’il y a visiblement de quoi écrire des romans et des romans sur l’amour et ses mystères au XXIe siècle, dans un monde digitalisé où tout est objet de consommation.

Bref, c’est l’heure du thé. Je le commande dans une chaîne de boissons chaudes comme il y en a des milliers dans les pays développés. On vous le met dans un grand gobelet en carton avec un couvercle en plastique et on écrit votre nom dessus, au cas où vous seriez frappée d’amnésie. Je découvre qu’en 2021, le lait ne vient plus des vaches mais de l’amande ou du soja! Encore un truc de fous. Les magasins ne proposent plus que des produits gluten free ou sans lactose, je n’y comprends rien! Quand j’étais petite, un cookie et un verre de lait étaient le sommet du luxe pour la collation du soir.

Il était mieux en photo

Une fois le sacro-saint rituel du five o’clock tea accompli, je m’accorde du temps pour me pomponner avant ma soirée romantique. Culotte gainante comme Bridget Jones, petite robe sexy mais pas trop, maquillage léger et parfum discret, je suis prête à rencontrer le prochain homme de ma vie… ou d’une nuit!

Je hèle un fiacre moderne, on appelle ça un Uber, soit un chauffeur privé qui, comme les fiancés potentiels, se commande en appuyant avec son doigt sur son écran.

J’arrive pile à l’heure dans un gentlemen’s club où les femmes sont désormais admises, un lieu où boire des cocktails dans des fauteuils confortables avec une lumière flatteuse et une musique de fond insipide. Mark est déjà là. Il se lève pour m’accueillir. Il est plus petit que je le pensais, son sourire est bizarre et il n’a fait aucun effort vestimentaire. Déception. Il paraît que c’est normal. Je tiens quand même mon rôle de femme spirituelle et enjouée jusqu’au bout, enchaînant les sujets de discussion à la mode (l’écologie, la pandémie, le burn-out qui nous guette tous). Je survole mes traumas affectifs passés pour me montrer humaine mais pas neurasthénique, puis je prends congé poliment en disant que je le rappellerai. Ce que je ne vais pas faire, bien sûr.

De retour chez moi, je reprends mon téléphone et me remets à swiper. Une fois à droite, cent fois à gauche. Allez, le prochain sera le bon. Ou pas. Finalement, ce n’était pas si mal quand nos familles arrangeaient nos mariages dans le but avoué d’optimiser notre patrimoine, sans se préoccuper de nos affinités réelles. Avec un peu de chance, on pouvait espérer une union heureuse. Oui, la chance, c’est sur elle qu’il faut compter, car l’amour est une loterie. Encore et toujours.

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